Révélée au sein du Quantic Soul Orchestra, Alice Russell sort de l’ombre en sortant son premier album « Under the Munka Moon » en 2004, sorte de compilation de ses premiers projets, titres, maxis et autres collaborations…
« Chapeautée » par TM Juke pour l’album suivant un an plus tard (« My favourite letters »), la jeune chanteuse originaire de Brighton (Angleterre) apporte un son et un timbre de voix qui semblent tout droit sortis des studios Motown de Détroit, pour un album plébiscité par la critique. Un troisième album « Under the Munka Moon II », nouvelle compilation de différents projets, confirme la synergie du duo magique, et donne lieu à une formidable tournée qui va  durer deux ans, avant le dernier album en date « Pot of Gold » sorti fin 2008, son deuxième véritable album, enregistré entièrement live, comme ont pu le faire avant elle Nicole Willis ou Sharon Jones, afin de préserver un son originel qui semble sortir tout droit des années 70. Une véritable réussite qui se manifeste aussi sur scène, dans un concert énergique où Alice Russell, ses « boys », et leur bonne humeur arrivent à transcender un public déjà conquis.  Rencontre avec Alice lors de leur passage à l’Epicerie Moderne de Feyzin en octobre 2009.

Tu as beaucoup travaillé avec Quantic et TM Juke : qu’est-ce que chacun d’eux t’a apporté ?
Ces gars m’ont mis un coup de pied au cul ! C’était bon de travailler avec eux dans le sens où chaque producteur te guide dans une voie différente. Nous étions très proches dans nos relations de travail. Avec Quantic, comme avec TM Juke, nous étions très rapides, nous faisions les choses très vite. Nous nous retrouvions à la maison pour discuter : « Changeons un peu ça, essayons ça, voyons si ça marche, … ». Le Quantic Soul Orchestra a été un excellent terrain d’entraînement, il y avait du live, du studio. Et plus tard il y a eu « Monsieur » TM Juke, avec qui nous avons commencé à écrire les morceaux ensemble.

Comment tes albums sont réalisés musicalement ? Quelle est la part de musiciens « live » et de productions « électroniques » ?
Je pense que le meilleur exemple est mon premier album, produit par TM Juke. « My favourite letters » a principalement été réalisé depuis sa chambre, avec la participation de quelques musiciens live. Alors qu’avec Pot of gold, nous l’avons fait à la façon ancienne école. Nous avons écrit les morceaux avec les musiciens, le groupe qui m’accompagne ce soir. Nous avons enregistré dans une petite pièce, jamais plusieurs morceaux à la fois. C’était finalement comme si nous enregistrions un album live, et je pense que c’est une des meilleures manières d’enregistrer un album.

Un peu comme dans les 70’s ?
Oui, pourquoi changer ? J’espère juste qu’un jour, si nous avons plus argent, nous aurons peut être un orchestre complet … (rires).

Est-ce plus facile ou plus compliqué ?
Ça dépend, mais personnellement je pense que c’est plus facile, car cela capte l’essence de ce que tu essaies de faire, alors qu’en enregistrant séparément, je trouve que tu perds le sens de ce que tu essaies de faire. Mais il y aussi du bon à enregistrer sur des boucles, j’aime les deux manières de travailler mais je pense qu’enregistrer cet album avec le « band » en un minimum de prises était vraiment une bonne chose. Cela dégage vraiment l’essence de notre travail et je pense que c’est plus agréable à l’écoute.

Comment est-ce que tu t’investis dans la production musicale de tes albums ?
Sur ce dernier album, qui est très live, TM Juke reste le producteur dans son ensemble, mais nous avons réalisé le mixage ensemble. Nous devions être là tous les deux pour le faire ensemble, car nous avons chacun nos idées, principalement pour les chants et un peu pour les cordes. Mais je laisse définitivement les batteries à TM Juke, car c’est vraiment son domaine et il sait ce qu’il fait, pas moi !

Pourquoi le titre  » Pot Of gold  » ?
C’est en raison du titre « Turn and run », le dernier titre ajouté à l’album, dans lequel un passage dit « Poor as beggars on a pot of gold » (« pauvre comme des mendiants sur un pot en or »). Ca part de l’idée que tu peux ne rien avoir, mais qu’en puisant à l’intérieur tu as de l’or dans les mains. Avec le groupe, c’est un peu comme un vœu, nous sommes de pauvres mendiants, mais nous  espérons être assis sur un pot en or, et que quoi qu’il arrive nous puissions jouer notre musique. Tant que nous pouvons gagner un peu d’argent avec et en retirer du plaisir, il n’y a plus de problème, c’est un peu l’idée.

Comment décrirais-tu cet album à un sourd ?
Je dirais que la meilleure manière de le décrire c’est que c’est un album à la bonne vieille manière, il y a la batterie, la basse, les chants et les cordes … c’est très organique. Si c’est une personne sourde depuis la naissance et qui n’a jamais connu des sons, j’essaierai de lui faire ressentir le rythme, la vibration … et de lui faire comprendre que c’est un son honnête.

Si tu regardes ton album, l’intérieur, le disque, le son … que préfères-tu et qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?
Tout peut toujours être meilleur, mais il faut bien s’arrêter. Mais selon moi, si tu regardes toujours ce que tu as fait avant, les choses que tu feras par la suite seront toujours meilleures. Je pense que tout le monde est un peu comme ça.

En résumé tu n’es jamais satisfaite !?
(rires) … oui, comme tout le monde !

J’ai entendu que tu l’avais écrit en 2006 ?
Oui, et nous l’avons enregistré l’année suivante, en janvier, en une semaine. C’est allé plutôt vite. Mais nous avions joué les morceaux en live avant, ce qui nous a aidé à savoir où nous voulions aller avec certains titres.

Quelle est la chose la plus étrange que tu aies entendu ou lu au sujet de ta musique ?
Intéressant … il faudrait que j’y réfléchisse, mais c’est sûr qu’il y a eu des choses étranges ! Je vais y réfléchir et on y reviendra !

Comment serait un jour parfait pour toi ?
Un jour parfait … c’est me réveiller tôt au lit … quoi que non, tu parles d’un jour parfait !!! Tu me poses de ces questions auxquelles je ne peux pas répondre !!! Ce serait près de la mer, j’ai besoin d’être près de l’eau, j’aime ça. Etre avec mon homme. Ecouter de la bonne musique, manger de bons plats, boire du bon vin et voir des amis. C’est ça un bon jour.

Pour toutes les personnes qui n’ont pu venir à ton show, peux-tu nous décrire un de tes concerts ?
Dans un sens, ça ressemble à l’album Pot Of Gold, mais avec quelque chose d’un peu plus fou, d’un peu plus électro. Nous sommes ensemble avec le groupe depuis 5 ans, donc je pense qu’on retrouve une certaine énergie sur scène et que le public apprécie.

Comment se passait le travail au sein du label Tru Thoughts ? Comment définirais-tu ce label ?
C’est un beau label, et il le reste réellement. Depuis le départ il y a Quantic et Bonobo, et bien que d’autres s’orientent vers l’industrie du disque, ils restent forts et continuent à sortir des disques de qualité. D’autres sont encore là d’ailleurs, et je pense que peu de labels ont un tel esprit de famille. C’est la meilleure manière avec laquelle je puisse décrire ces gars.

Qu’en est-il du Quantic Soul Orchestra ? Avez-vous d’autres projets ensemble ?
Ce n’est qu’un gars, c’est Will Holland, et il est passé du Quantic Soul Orchestra à Quantic and his Combo Barbaro, qui sonne plus colombien. Il vie maintenant en Colombie, il est marié à une fille adorable. J’ai prévu de lui rendre visite en janvier et d’enregistrer avec lui. Car nous avons écrit deux morceaux ensemble il y a deux ans, quand il vivait ici. Mais c’est tellement difficile de l’attraper quand il vient en Angleterre, et je ne suis pas souvent là non plus. Donc c’est à moi d’aller vers lui, et de le rejoindre dans ses montagnes !

Tu as aussi collaboré avec The Bamboos, as-tu d’autres projets avec eux ?
Quand nous sommes allé pour la 1ère fois en Australie, avec Quantic, nous avons joué là-bas avec leur groupe, et fait d’autres choses ensemble, nous avons une réelle amitié. Nous avons participé à leur album Step It Up, c’était vraiment bien d’enregistrer avec eux, ce sont de grands musiciens.

Quel regard portes-tu sur la scène soul-funk-électro anglaise et l’émergence depuis quelques années de nombreux labels ?
C’est une question très vaste, il y a tant de choses, c’est vraiment difficile à suivre. Il y a tellement de nouveaux artistes maintenant, avec notamment des sites comme myspace. On n’a plus maintenant simplement des collectionneurs de disques, tout le monde peut entendre simplement la musique de n’importe qui d’autre. Tu entends un nom, tu entends que c’est pas mal, tout va très vite. Mais en ce moment la scène anglaise se porte bien, avec beaucoup de producteurs et de musiciens incroyables. C’est juste difficile de se tenir informé de tout, il y a tellement de chose à écouter !

Quels sont les thèmes que tu affectionnes le plus dans tes paroles et pourquoi ?
Un de mes sujets favoris est de tourner autour de ce que nous faisons ici, de la manière dont nous agissons. Je pense que beaucoup de musiciens, ou d’artistes, gravitent autour de la question. Cela consiste à donner du sens à ce que nous faisons ici, car nous ne le savons pas réellement ! Au niveau des émotions, nous nous inspirons de choses qui sont arrivées à chacun des membres du groupe. Je pense que c’est la source d’inspiration la plus forte pour créer nos paroles.

Quel intérêt portes-tu au live ?
C’est plutôt cool, mais c’est parfois beaucoup de travail. Comme par exemple quand nous ne pouvons pas nous permettre de jouter avec les cuivres sur toute la tournée, mais heureusement nous les avons eu pour Paris et Londres. Nous ne pouvons pas nous permettre de les avoir pour de petits shows, ce qui est vraiment frustrant. Ce genre de compromis ne nous plait pas trop, mais nous devons apprendre à être patients. Il y a aussi une autre idée, ou un rêve, qui est d’avoir plus de temps et d’avoir tout le monde réunis pour prendre le temps essayer les titres sous des formes différentes. Mais la réalité fait qu’on ne le peut pas … Le live te fait aussi voyager, voir des endroits incroyables que tu n’aurais jamais imaginer visiter, rencontrer plein de gens … la vie est belle !

Que représente pour toi le vinyle ?
Un bon son, des émotions … J’en ai beaucoup, j’aime mes vinyles. Tu as un objet qui te fait ressentir le poids du travail réalisé. Et le son est meilleur je pense, plus profond.

Ton travail sort d’ailleurs en vinyle …
Oui souvent, mais il y a une contrainte ennuyeuse due à l’argent … je hais l’argent … mais oui il y a eu différentes sorties en vinyle. Nous sortons des « 12 inches » et de petits « 7 inches ».

On te compare de plus en plus à des artistes plus « médiatiques », comme Amy Whinehouse ou Duffy : qu’en penses-tu ?
Je pense que les gens comparent tout le temps les gens entre eux … mais je les laisse faire ce qu’ils veulent, j’ai l’habitude. Mais je pense que les albums d’Amy Whinehouse ont permis d’amener le son « soul » dans le mainstream. Même si les gens aimaient déjà Sharon Jones & The Dap Kings, ou d’autres qui font ça depuis longtemps, les albums d’Amy Whinehouse ont permis d’amener la soul vers une audience plus large.

Retour à la question de tout à l’heure : quelle est la chose la plus étrange que tu aies entendue ou lue au sujet de ta musique ?
Pas facile … Les gens appellent notre musique « new soul » ou « blue eyed soul », alors que j’ai les yeux verts !!! Ce n’est pas facile de répondre car je n’aime pas trop lire … Non sérieusement, je ne trouve pas, mais j’y réfléchirai et je contacterai !