Au Bazar Chik, c’est une bande de saltimbanques parisiens qui s’est faite découvrir en 2012 avec un bon mini album de 7 titres. S’ils se décrivent eux-mêmes comme « un pianiste toxicomane, un guitariste un peu punk, un bassiste breton, un batteur rastafari, un DJ cher Hip Hop, un violoncelliste basané, une flûtiste super bien roulée, et un rappeur gangsta refoulé », leur musique s’avère un savant métissage de sonorités variées, mais elle peut se résumer sans crainte comme jazzy hip-hop.

L’histoire commence en 2003 entre les deux frères Jérôme (clavier) et Florent (chant), qui enregistrent en purs amateurs, et à domicile, les textes de Flow sur les compositions de son ainé. Des débuts hip-hop qui s’enrichiront petit à petit avec d’autres atmosphères, apportées par leurs amis musiciens qui viendront compléter le groupe.

C’est finalement en 2009 que nait ABC, avec son hip-hop teinté de jazz, de funk, de soul ou de blues. Ce « bazar » est le fruit de l’assemblage des personnalités et origines des différents instigateurs, de formations et influences variées : classique, rock, funk ou electro.

Et comme bien des groupes, leur travail de studio a été précédé d’une forte présence scénique. Ils ont en effet posé leurs jalons dans de nombreux cafés concerts et festivals parisiens, se faisant un nom dans la capitale, avec en ligne de mire le Bataclan le 27 janvier 2013, et bientôt la province.

Du côté musical, nous retiendrons une musique parfois festive, parfois mélancolique, et des compositions jazz ou funk brillamment orchestrées par cette formation originale et plutôt bien fournie (basse, batterie, guitare, clavier, piano, trompette, flûte traversière, violoncelle et platines).

Les textes de Flow sonnent sincères et personnels, teintés d’ironie et d’autodérision. Des récits qui donnent envie d’être écoutés, des histoires souvent personnelles dans lesquelles on peut parfois se retrouver, se frayant un chemin entre jeux de mots et poésie. Un peu de profondeur qui ne fait pas de mal dans notre univers rap français.

Le résultat peu donner des titres festifs et légers, comme « J’me la coule douce » et son swing entraînant :

Poésie et musicalité sont de mise sur des titres comme « Aimer écrire », où Flow dresse un parallèle entre amour et écriture, sur une superbe composition soul emmenée par la flûte traversière de Sandra et les scratches de Lefty. Tout comme sur le mélancolique « Du plomb dans le crâne » où Flow exprime certains de ses regrets.

Sur « Patron », ne devinerait-on pas un certain penchant pour la bouteille, déjà lattant sur plusieurs autres titres ? Certes, mais pas façon festif à la manière des Svinkels, plutôt humour noir et introspection : « J’ai un problème avec la vie, non pas avec l’alcool ».

Concernant le très bon « Hors saison », que dire de son amertume et de sa courte incartade dub, si ce n’est de l’écouter ?

Avec « Paname », on retrouve enfin un groupe qui redore le blason de la capitale ! Alors que nombreux sont ceux qui déplorent que la capitale n’est plus ce qu’elle était, ABC clame sur un beat funky, accompagné des scratches appuyés de Lefty, que « Paris, c’est comme New-York … mais en mieux ». On ne demande qu’à les croire !

Voilà pour la présentation de ce mini album que j’ai particulièrement apprécié. Au final, même si on aimerait en entendre plus, l’album « ABC » est un album de qualité et homogène. Et même si le groupe n’évolue pour l’instant qu’en amateur, ses débuts semblent prometteurs. Alors nous ne pouvons que souhaiter à Au Bazar Chik de garder le cap !