Après le succès de « Stereotype » en 2009 et de la tournée qui suivit, Blitz The Ambassador revient avec un troisième album (ou plutôt son cinquième si l’on compte ses deux premiers, autoproduits), dans la lignée du précédent « Native Sun« , notamment avec la récurrence de cette image de la main sur le coeur, mais en plus métissé encore.
Par le biais de sa musique, le rappeur Ghanéen domicilié à New York « veut montrer un autre visage de l’Afrique, pas seulement celui de la guerre et de la famine ». Le fil conducteur de cet album est l’immigration : comme une parabole de sa propre histoire, Blitz veut rendre hommage à tous les migrants qui sont arrivés aux Etats-Unis à pied, en bateau, en avion, de manière légale ou illégale et qui ont contribué à construire l’histoire et la culture de ce pays. Thématique qu’on retrouve dès l’introduction « The Arrival« , qui se veut peut-être une description de sa propre arrivée aux Etats-Unis en 2001, jusqu’à l’outro « The Departure« , morceaux dont les titres parlent d’eux-même. Au milieu de tout ça, des interludes de bruits d’aéroport, de messages téléphoniques, des morceaux nommés « All around the world« , « call waiting« , « Internationally known« , et surtout « One Way Ticket » donnent l’impression d’un album pensé, écrit, composé et enregistré sur la route migratoire.
Passons maintenant au contenu : à travers ses albums, Blitz n’a de cesse d’explorer ses propres limites et celles du Hip-Hop par la même occasion ; c’est encore le cas pour « Afropolitan Dreams« . Mais en l’occurrence, rarement il n’aura porté aussi bien son nom blaze : The Ambassador, voilà bien une distinction qui lui correspond. Au-delà du thème de l’immigration, cet album est très riche musicalement, et très métissé, autant dans les musiques que dans les featurings : Le classieux « Call waiting » convie la diva Béninoise Angélique Kidjo, tandis que la chanteuse germano-nigeriane Nneka apporte sa douceur sur « Love on the run » ; le rappeur Ghanéen Sarkodie est invité sur le bien-nommé « Internationally known« , rappé en double time ; direction le Brésil avec l’expérimenté Marcelo D2 qui voyage sur « All around the world » ; l’un des summums de l’album est sans conteste « Africa is the future » et son intro à la kora, une ode à l’Afrique en compagnie du franco-malien Oxmo Puccino, de la Marocaine Oum et son magnifique chant et du Kenyan Blinky Bill. Mais le point d’orgue reste l’énergique « Make you no forget » avec Seun Kuti, petit-fils de Fela :

Le EP « The Warm-up » qui a précédé la sortie de cet album est absolument dans le même état d’esprit : comme son nom l’indique, c’est une sorte de teaser qui annonçait la venue de l’album, avec peut-être même une recherche musicale encore plus métissée, mélangeant afrobeat, funk, soul, classic Hip-Hop, ajouté à une esthétique orientale sur la pochette où Blitz pose à côté d’un joueur de guembri ; parfait prélude à l’album, notamment avec le morceau « African in New York« , une reprise afro-rap de la version anglaise de Sting. Ce EP complémentaire (qui aurait pu faire un album entier en alliant les deux projets), est aussi truffé de featurings internationaux bien choisis : on retrouve Nneka, mais aussi l’anglais TY sur le morceau « Bisa » ; l’excellent « Respect Mine » réunit le français 20Syl, le brésilien Emicida, et l’allemand Y’Akoto, le rappeur américain Fashawn apparait sur l’énergique morceau « The Warm-up » et on retrouve le rappeur Ghanéen Sarkodie sur « Internationally known« , seule redite des deux projets. A noter que ces deux projets sont sortis en vinyle sur le label Jakarta Records, et que le EP « The Warm-up » est aussi sorti gratuitement et donc téléchargeable sur le site du label, ainsi que sur son propre site et celui d’okayplayer, avec qui il est affilié. Pour terminer, le clip du mocreau « Dikembé », tournée à Rabat au Maroc :