Ce rappeur ghanéen exilé à New York mérite bien son titre d’ambassadeur : en plus de sortir ses projets sur le label allemand Jakarta Records, il n’hésite pas à parcourir le monde pour découvrir et rencontrer sans cesse de nouveaux artistes, ce qui lui permet de glaner des featurings improbables provenant d’Afrique, Europe ou Amérique. Ses deux derniers projets, le EP « The Warm-up » et le LP « Afropolitan Dreams », sont en effet de véritables perles de melting-pot et métissage musical, où l’on peut croiser la France (20Syl, Oxmo), l’Angleterre (TY), le Nigeria (Seun Kuti, Nneka), le Ghana (Sarkodie), le Bénin (Angélique Kidjo), le Maroc (Oum), le Kenya (Blinky Bill), le Brésil (Emicidia, Marcelo D2), l’Allemagne (Yakoto), les USA (Fashawn)…. Mais cette capacité à fédérer différents artistes est aussi à l’image de son message et des idées qu’il développe tout du long de ses morceaux. Energique, entraînante, sa musique se veut également un message d’espoir pour son continent d’origine, l’Afrique, ainsi que le démontre le titre et la pochette, anticipant le projet suivant qu’il imagine plus… radical encore.

Blitz The Ambassador, pourquoi ce nom ?
« Blitz » est venu de mon style rapide et énergique ;« the ambassador » je l’ai pris plus tard : mon travail en tant qu’artiste est en quelque sorte d’informer les gens sur mon expérience africaine, informer les gens en Afrique sur ce qui se passe ailleurs, et c’est plus naturel de le faire en tant qu’artiste, voilà pourquoi j’ai rajouté le terme « ambassador ».

Ton album « Afropolitan Dreams » parle de la migration ; comment y as-tu réfléchi et quelle part autobiographique y trouve-t-on ?
Le concept de l’album est une progression naturelle de l’album précédent « Native Sun » jusqu’à celui-ci ; dans « Native Sun » je parlais de partir en Amérique depuis l’Afrique, dans « Afropolitan Dreams » je voulais raconter quand tu arrives en Amérique pour vivre le rêve américain et qu’en fait tu dois créer ce rêve, fixer tes objectifs ; et j’ai réalisé que mon rêve n’était pas nécessairement de rester en Amérique, mais répandre mon message dans le monde et éventuellement revenir en Afrique avec mon message ; c’est comme ça que le terme « Afropolitan » m’est venu, je ne suis pas à l’origine de ce mot mais c’est quelque chose que je pouvais raconter. Concernant la partie autobiographique, beaucoup de sujets sont basés sur mon expérience, mais principalement aussi de l’expérience mes pairs, ceux qui vivent au jour le jour, se battent continuellement, cherchent leur propre identité, cherchent des buts dans la vie, et cherchent aussi leur vraie place, où cherche-t-on leur travail, leur talent ? C’était naturel pour moi de parler de tout ça.

Dans l’intro je crois reconnaître un scratch de 2pac qui dit « Afropolitan Dreams » ?
Ce n’est pas 2pac ! C’est moi, j’ai fait en sorte que ça ressemble à 2pac, comme une imitation, car j’aime son énergie, j’ai fait comme s’il était là, il l’aurait dit comme ça, il aurait compris aussi ce que je veux dire ; initialement en le faisant j’avais conscience de ça, et je suis content d’avoir pris de cette énergie, car 2pac est un de mes préférés….. 

Pourquoi ce titre « Afropolitan Dreams » du coup ?
Mes expériences au Brésil, mon expérience en France, au Ghana, aux Etats-Unis, au Japon, se ressentent bien dans l’album. Le but pour moi est de revenir en Afrique avec ce formidable bagage que j’ai appris et l’enseigner à mes proches. C’est ma définition de « Afropolitan Dreams ».

Il y a une chose commune avec l’album précédent, c’est la main sur le cœur.
Oui ; en tant qu’artiste je ressens beaucoup de choses. Ma main est sur mon coeur car je me connecte avec les gens, avec mon message de cette manière, les gens ressentent des choses dans leur cœur lorsqu’ils écoutent mon travail ; je n’ai pas envie qu’ils l’écoutent juste pour s’amuser, j’ai envie qu’ils l’écoutent comme un travail qui peut faire changer les mentalités, changer notre manière de voir, changer la manière de regarder l’Afrique, pour moi c’est un travail de longue haleine  ; pour « Native Sun », en prenant les photos, peut-être que je n’avais pas entièrement conscience de toute cette symbolique ; peut-être que ce n’est que symbolique, mais mon cœur est mon cœur, je veux que les gens ressentent la même chose.

Comment as-tu rencontré et choisi tous ces featurings autour du monde ?
Une partie d’entre eux ont été rencontrés sur la route, j’ai fait un concert avec Angélique Kidjo, on a parlé un moment et elle semblait apprécier ce que je fais, je lui ai parlé d’une chanson très importante pour moi que j’écrivais sur ma mère et mon fils, et elle était contente de m’assister ; je suis fier de ce featuring car c’est une légende. Pour les autres c’est des histoires différentes : j’en ai rencontrés certains par internet, que j’ai contactés et qui heureusement respectent mon travail ; j’ai enregistré en studio avec certains, comme Emicida, Nneka ; avec d’autres j’ai enregistré par mail comme TY, ou Marcelo D2. Mais pour moi, tous font partie de la même histoire, c’est pourquoi je les ai choisis, je me suis demandé qui pouvait faire partie de cette aventure. Avec Les Nubians, c’était pareil, lorsque je les ai choisies pour « Native sun » ça avait du sens ; je suis vraiment chanceux d’avoir des featurings de haute qualité ; beaucoup d’autres artistes n’en auraient pas eu autant, j’en ai eu 10, c’est amusant ; pour le prochain projet j’ai encore de featurings improbables, j’ai enregistré avec Akua Naru, Tumi de Tumi & the Volume…

Quelles sont les différences et les points communs entre le E.P. « The Warm-Up » et le L.P. « Afropolitan Dreams » ?
Pour « The Warm-Up », comme le titre l’indique, le but était de préparer les gens pour « Afropolitan Dreams ». Aussi, quand je travaillais sur « Afropolitan Dreams », j’écrivais un paquet de musique, mais toutes n’avaient pas leur place dans la narration de « Afropolitan Dreams » ; alors j’ai réfléchi à une autre solution pour sortir quand même ces musiques qui méritaient pour moi d’être écoutées, comme « Dikembe », « African in New York », le morceau avec Nneka, et TY aussi… Un paquet de chansons que je voulais sortir quand même. « The Warm-up » était donc sympa à faire, parce qu’il n’y avait pas de pression. Je pense que pour « Afropolitan Dreams », j’avais plus de pression, parce que l’album est contruit comme un film ; il faut être conscient du fait que le début doit avoir du sens, le milieu doit avoir du sens, la fin doit avoir du sens ; dans « The Warm-Up » je n’avais pas ce problème, tout ce que j’avais à faire c’était de faire de la bonne musique, et ça avait du sens quand même, c’est ça la différence.

Quelle était ta première impression quand tu es arrivé à New York ?
Ma première impression a été « Whaou ! Je suis là, et je dois me battre avec le reste du monde », ça fait peur, mais j’y ai cru dans le fait qu’il y avait une place pour moi à New York. J’ai réalisé que New York ne ressemble à aucun autre endroit dans le monde, tout dépend de qui tu connais, et si tu travailles dur. J’ai fait mon possible pour me mettre dans les meilleures conditions pour ces deux choses. Je ne crois pas qu’aucun endroit au monde aurait pu me donner ce que New York m’a donné, car les gens à New York te jugent sur ton contenu, tes qualités ; il y a beaucoup d’endroits au monde où tu joues et les gens aiment parce qu’il ne s’y passe pas grand chose, mais à New York tu dois être plus fort que ça ; si tu fais un show et que 500 personnes viennent c’est que tu es un très très bon artiste, 500 personnes sont intéressés pour t’écouter ; c’est un bon endroit pour évoluer, mais je ne pense pas rester à New York, je ne veux pas devenir le « king » de New York », pour ma part j’ai bien évolué, et j’ai pu voyager autour du monde… Donc c’est une très bonne expérience, oui.

Pour les gens qui ne peuvent voir ton concert, comment décrirais-tu un concert de Blitz ?
Un concert de Blitz est un ouragan ; personne n’est prêt pour ça, même des fois nous-mêmes, le groupe, on n’est pas prêt pour ça ; on se prépare, on répète, on est prêt, mais une fois qu’on est dedans, on ne sait pas d’où vient le vent et on ne peut pas le diriger, c’est comme ça que je le décrirais en un mot : un ouragan.

 Photo : T. Biarneix

Quels sont les bons points points et mauvais points du Hip-Hop africain ?

Je ne vais pas parler de Hip-Hop africain, mais de hip-hop en général, parce que je pense que ça fait tout partie de la même chose. Les bonnes choses du Hip-Hop c’est que ça nous aide : quelque soit le quartier d’où tu viens, le territoire d’où tu viens, le pays d’où tu viens, ça permet de prendre une « photo » de cet endroit. Quand j’écoute du hip-hop français, je ne comprend pas les paroles, mais je peux ressentir comment est Paris, en me basant sur la musique, sur les intonations, l’énergie du disque. La même chose est vraie pour le hip-hop africain, quand tu écoutes tu sais si ça vient de Tanzanie, d’Afrique du sud, tu ressens l’énergie qui s’y trouve ; le problème, c’est l’argent qui détermine qui aura du succès et qui n’en aura pas ; malheureusement ceux qui mettent de l’argent dans l’art veulent un retour sur investissement, ils ne sont pas intéressés dans le fait de laisser une chance, de monter des projets, mais de récupérer de l’argent. C’est un gros challenge en Afrique, aux Etats-Unis, et en France aussi, j’en suis sûr. Les gens qui n’ont pas un très bon contenu sont ceux qui sont mis en avant, car ils savent que les enfants sont jeunes, ils sont impressionnables et cherchent quelqu’un qui leur apporte de l’énergie, pas nécessairement réfléchir ; quel que soit l’endroit dans le monde, les gens qui parlent de choses négatives deviennent populaires, c’est la même chose à Paris, les plus grands rappeurs n’ont pas de bons textes, mais personne ne fait attention car ils rapportent de l’argent. C’est vrai aussi en Afrique, tu as des rappeurs qui ne disent rien du tout, mais sont très populaires et gagnent un paquet d’argent. Mais pour moi c’est à l’artiste de définir son art. Le hip-hop n’a pas vocation à être une culture mainstream, mais doit rester une contre-culture. On ne doit pas attendre du système qu’il nous aide, c’est à nous d’écrire cette histoire.

De tous les endroits du monde où tu as voyagé et joué, où t’es-tu senti le plus à l’aise ?
La connection est toujours plus pure et meilleure lorsque je joue au Ghana ; c’est d’où je viens, pour les gens sur place je n’ai rien besoin d’expliquer ; au Brésil, en France, en Allemagne, je dois expliquer « Nous sommes ensemble pour un voyage, ça va ressembler à ça, etc… ». Au Ghana je n’ai plus qu’à jouer la musique, ils sont déjà dans le voyage, la vibe, l’énergie est incroyable, parce qu’on est connectés dans la même énergie. Rentrer jouer à la maison est toujours le plus grand honneur pour moi, parce que je ne fais pas que les alimenter, ils m’alimentent aussi. 

Avec qui aimerais-tu collaborer ?
Un des frères Marley, j’aimerais bien. J’ai eu la chance de collaborer avec un des fils de Fela Kuti, c’était un de mes rêves car Fela est un de mes idoles, donc travailler avec Seun Kuti est un grand honneur, et c’est un des meilleurs morceaux que j’ai jamais enregistrés ; un des frères Marley serait un honneur, Damian, Ziggy, Ky-Mani, l’un d’entre eux… parce que pour moi c’est une connection avec un héritage musical majeur.

Comment décrirais-tu ta musique à un sourd ?
Si tu peux prendre les choses les plus belles auxquelles tu peux penser, mon travail embrasse toutes ces beautés, dans le monde ; ça vient du plus profond de mon cœur, et c’est la beauté manifestée en musique.

Et comment décrirais-tu ton dernier album en trois mots ?
Visionnaire, honnête, révolutionnaire.

Peux-tu parler du projet hommage à Mohammed Ali, avec ton dernier morceau nommé « Rumble » ?
Le prochain projet va s’appeler « Diasporadical », et c’est bien sûr le mélange des mots diaspora et radical. Pour un Africain, il n’y a rien de plus important que les descendants d’africains se joignent dans une libération de l’Afrique ; ça a toujours été le cas, parce qu’il y a beaucoup d’Africains dispersés dans le monde. Pour les mouvements d’indépendances, il y a eu beaucoup d’influences de Malcolm X, Martin Luther King, à propos de la libération du Zimbabwe, Bob Marley a apporté beaucoup d’énergie, en les aidant, en faisant une chanson pour eux, je crois fortement que la diaspora africaine peut être impliquée dans l’Afrique d’aujourd’hui ; l’Afrique est toujours entre les mains de colonels. Malheureusement beaucoup de monde est trop pris au jour le jour pour s’en occuper. Pour ce projet, je veux mobiliser plus de monde pour réfléchir comment l’Afrique peut trouver sa voie pour se libérer et contrôler sa destinée ; il y a beaucoup de business international et intérêts étrangers ; on doit décider de nos présidents, de ce qu’on mange, ce qu’on boit…. C’est donc le projet et « Rumble » était juste le début, comme un teaser pour intéresser les gens, une chanson courte mais puissante, je suis très excité par ce projet et j’ai déjà commencé à jouer des morceaux juste pour capter l’énergie de ce projet ; je suis très content des chansons que j’ai déjà enregistrées.

Du coup, que penses-tu du projet Black Star de Marcus Garvey ?
Je pense que c’est une idée majeure, notre premier président Kwame Nkrumah était largement influencé par Marcus Garvey et W.E.B DuBois ; on n’a plus Kwame Nkrumah et on n’a pas vraiment l’indépendance du Ghana ; donc c’est très important, en tant qu’Africain, car notre libération est un pansement ; je suis allé aux Caraïbes, c’est le même problème, dans certaines îles autour de l’Afrique c’est le même problème ; c’est parce qu’on n’a pas vraiment trouvé le moyen de s’unifier, d’unifier nos ressources et nos intellectuels ; maheureusement on est toujours dans le même cercle vicieux, on ne maîtrise pas où on vit et nos propres ressources. J’ai beaucoup d’espoir qu’un jour, même si je ne serai plus de ce monde, ma musique puisse aider ce combat ; ma musique n’est pas seulement politique, ma musique est aussi très sociale et amusante, entraînante, si tu viens à mon show tu verras que ça couvre un grand spectre de différents feelings ; mais je continue à croire que le message est le plus important, et j’utilise le rythme pour faire passer mon message.

Peux-tu me donner un top 5 albums du Ghana ou du monde ?
Je vais te donner un top 5 mondial avec des références ghanéennes… Un des plus grands albums qui m’a beaucoup influencé est E.T. Mensah, beaucoup de mes arrangements viennent de l’influence de E.T. Mensah, il a une chanson très populaire qui s’appelle « All for you », c’est une grande chanson pour nous et j’ai grandi en écoutant cette chanson, c’est une chanson très puissante. Un autre album très important pour moi c’est Fela Kuti « Black President », c’est un album très important, mon père l’avait, et ça m’a marqué en grandissant. James Brown « Live at Olympia » est un autre album important pour moi, la puissance de son band, James Brown est l’un des plus puissants musiciens qui ait existé dans la musique, qui a influencé tout le monde en Afrique et dans le monde. Bob Marley « Legend », non ! Désolé, « Survival », un autre top album pour moi, on avait l’album à la maison, avec la pochette de cet album j’ai appris les drapeaux africains, et beaucoup de pays n’existaient pas encore à ce moment, c’est un très grand album pour moi, des chansons comme « Babylon System », m’on beaucoup marqué, et c’est un artiste important pour moi. Et Public Enemy « It takes a nation of million to hold us back », c’est un album important pour moi qui a changé ma vie, changé ma façon de produire de la musique, le son du Bomb Squad est incroyable.

Si tu étais un animal ?
Un oiseau

Une couleur ?
Vert

Une nourriture ?
Banku et tilapia, on mange ça au Ghana, c’est un poisson.

Un végétal ?
Un oignon.