Dead Prez
 : un groupe sûrement écouté par ton rappeur préféré. Ce duo flinguant formé par M1 et Stic.Man manie le microphone comme une machette. Ces militants du mouvement panafricain brandissent à chaque occasion les couleurs symboliques : Rouge, Noir et Vert ou RBG : Red, Black and Green. Ils militent autant sur le plan social, politique que sanitaire en essayant d’ouvrir les consciences, poussant à la réflexion tout en restant pacifistes ; leur dernier single « No way as the way » illustre admirablement leur philosophie.
Stic.Man, le producteur du groupe a sorti une mixtape « The Workout » dédiée au bien-être physique – les tracks gravitent autour de sujets sportifs de manière générale : yoga, boxe, kung fu, footing… Pour tous ceux qui auraient déjà acheté « The Workout vol.1 » (disponible sur itunes et ailleurs) le deuxième volume sera bientôt disponible… Malgré la perte d’une grande part des données sonores qui allaient composer la seconde mixtape, Stic.Man a promis de recommencer à partir de zéro et sortir « The Work out vol. 2 » sous peu.
Enfin, le groupe qui est surtout connu pour son tube « It’s bigger than Hip-Hop » a sorti son dernier album monument « Information Age » en 2013 (lire la chronique)

Par : Whyninot ; traduction & intro : Conor

 

Pourquoi le nom Dead Prez ?
M1 : Pour faire court – car c’est un nom qui en dit long – c’est un concept qui représente l’idée que le capitalisme contrôle la vie des gens de ce monde et clairement les gens opprimés par la société. On n’a qu’une seule vie et les gens la vivent comme cet âne qui cherche vainement à atteindre la carotte. Les gens qui sont opprimés par le système financier et économique de manière plus générale sont très souvent exploités – le système tire son profit de la sueur et du travail des gens. Les présidents maintiennent ces systèmes en place et de ce fait ils les représentent – Dead Prez signifie également « tue le président » : tue le système.
Dead Prez peut aussi être perçu comme l’argent – je vous rappelle que les visages de nombreux présidents sont imprimés sur les billets de banques ce qui prouve encore une fois les liens entre le système politique et financier. Dans ce sens, Dead Prez c’est l’argent, l’argent que la population détient entre ces mains et dans leurs poches.
L’argent fait tourner le monde de nos jours. Tu sais c’est comme quand Rakim a dit « Reaching into dem pocket and finding nothing but lent, trying to get some dead presidents – I need money, I used to be a stick up kid so I think of all the devious things I did« . Voilà quelques idées qui cadrent pas mal l’idée derrière Dead Prez – on essaie de libérer les gens de ce système à travers la musique.

Certains considèrent votre musique comme révolutionnaire – que pouvez-vous nous dire de ça ?
Stic.Man : Notre musique est considérée de manière différente par différentes personnes. Tout le monde a une opinion. Personnellement, je peux vous parler de notre chanson « Be Healthy » : c’est une chanson révolutionnaire à sa manière. Nos communautés négligent leurs santés mentales et corporelles : on mange au Mc Do, au KFC, tout plein de fast food, on fume des blunts, on boit du Henessy et d’autres trucs… C’est intellectuellement révolutionnaire que de dire « Fais attention à ce que tu manges et bois ». On tente de changer la perception qu’ont les gens de la nourriture et de la façon de vivre en général. Je considèrerais notre musique plutôt comme résistante que révolutionnaire.

Vous avez produit une chanson nommée « I am an African ». Quels sont vos liens avec ce continent ?
M1 : Cette chanson a été produite un moment avant qu’on ne visite le continent Africain. La relation que nous entretenons avec l’Afrique nous a amenée à produire ce genre de musique. On se sent plus proche de l’Afrique que de l’Amérique. Le fait que nous soyons Africains nous permet de réclamer notre droit à nos terres, c’est notre héritage.
Je suis un Africain, c’était mon rêve de reconnecter avec la Terre mère. Depuis notre premier voyage en Afrique du Sud nous sommes retournés trois fois dans ce pays. On prévoit de retourner dans d’autres pays africains – on a des contacts en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Gambia, au Sénégal… On a visité le Mozambique, le Kenya, la Tanzanie et deux trois autres endroits. Les africains sont l’argent – le système est fondé sur les africains.

Que pensez-vous de la scène Hip-hop africaine, notamment celle qui parvient à atteindre une audience intercontinentale ?
Stic.Man : Tu as entendu parlé de Akon ? C’est l’exemple parfait d’un africain qui fait de la bonne musique et qui parvient à atteindre tous les coins de la planète. Waley, K’naan, Styles P, Blitz the Ambassador…il y en a enormément. Le Hip hop est africain. Même si tu ne nais pas en Afrique tu es un africain. Les Européens ont tendance à définir d’ou une personne vient en fonction de sa nationalité, où il est né. Mais tu peux très bien définir d’ou tu viens par tes gènes, ta spiritualité, ton unité politique, tes racines. Si nous laissons les oppresseurs définir notre nationalité et qui nous sommes en fonction de frontières dessinées sur des cartes, on ne peut pas être uni. C’est d’ailleurs une façon de nous maintenir divisés. On doit atteindre une union nous-même. Prends l’exemple d’un chien : un Berger Allemand reste un Berger allemand qu’il naisse en France, en Allemagne aux Etats Unis ou ailleurs.
Certains rappeurs africains sont nés en afrique et ont immigré aux Etats-Unis. La culture americaine les a influencés ; d’autres artistes qui viennent d’Afrique et qui y sont restés produisent un autre genre de Hip-Hop, celui-ci influencé par la culture Africaine. Dans la culture et l’art africain, la musique que tu fais reflète ta communauté.

M1 : J’adore des artistes comme Regi Rockstone issu du Ghana ou Jibral the African. Il y a énormement de talents en Afrique et il ne faut pas laisser Mtv et autres multinationales nous dire quels artistes sont bons et méritent de se faire connaître. La musique traditionnelle Africaine est très populaire sur la scène internationale. C’est important à prendre en compte.

Quels genre de musique vous a influencées dans vos productions personnelles ?
M1 : J’apprécie beaucoup de choses mais ayant grandi en écoutant la musique des années 70 je dirais James Brown, Muddy Waters, Jimi Hendrix, The Bar-Kays, Nina Simone, Pink Floyd, Big Brother et Janis Joplin.
Stic.Man : Curtis Mayfield, Shuggie Otis, Portishead, the Goodie Mob, Outkast, Peter Tosh, Bob Marley, Scarface. Beaucoup de musique et pas toujours des trucs très connus. M Craft, de  Londres est super doué – il a un album acoustique nommé Silver and Fire qui vaut vraiment la peine d’acheter.

Quels ont été les meilleurs et les pires moments ou aspects de votre carrière musicale ?
M1 : Le meilleur aspect : l’indépendance. Le pire : L’homme blanc. Il dévalu constament ce qu’on a réussi à atteindre.
Stic.Man : Le meilleur : Pouvoir voyager et visiter l’Afrique grâce au Rap. Le pire : Il y a du positif dans tout. Je ne distingue pas le bon du mauvais et vice-versa. Les mauvaises expériences t’apprennent des leçons et les bonnes expériences te permettent de rester motivé.

Des projets futurs ?
M1 & Stic.Man : On va jouer dans des films. Stic.Man prépare un livre avec sa femme. Et bien sûr plus de musique ; Stic.Man produit des mixtapes ‘Workout’ (le volume un est déjà disponible et le volume 2 devrait sortir prochainement).
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Le morceau « Hip-Hop », en live lors de Block Party de Dave Chapelle :