credit photo ©Frédéric Thiphagne | LesMainsNoires.blogspot

Il y a quelques jours, Dj Format et Phill Most Chill annonçaient la sortie toute fraîche de leur album « The Foremost« , chroniqué sur le site
On en profite donc pour vous faire part de notre interview avec Mr Format en juin 2012 lors de son passage à Saint Etienne. A l’époque il venait de sortir son album « Statement of Intent ». Durant ce long entretien, Le deejay d’outre manche nous éclaire sur son rapport au Hip Hop et à la musique en général, son amour du support vinyle, sa manière de produire et  sa bonne humeur légendaire.

Est ce que tu peux te présenter en 3 mots ?
3 mots, Ok, heu… Je suis Format (en français)

Depuis combien de temps fais-tu de la musique ?
Et bien, je suis un collectionneur de disques passionné et un deejay dans ma chambre depuis que j’ai 16 ans. Depuis 1989. Mais, vraiment, je crois que ma première introduction dans… le fait de sortir un disque, c’était en 1996, j’étais dans un groupe de rap anglais qui s’appelait Suspekt, le même nom que notre ami Dj Suspect mais avec un K. Et 1997 a été la première sortie d’un morceau de Dj Format sur « Return of the Dj Vol. 2 » qui fut un album de compilation de morceaux de dj/ turntablists de San Francisco. Donc ouais j’ai été plus actif dans le milieu de la musique depuis la fin des 90’s je dirais.

Donc tu as sorti ton dernier album « Statement of Intent » en 2012, c’était sur « Project Blue Book », tu peux nous en dire un peu plus sur ce label ?
Project Blue Book, c’est vraiment juste… en fait c’est un label d’enregistrement que nous avons créé avec Simon quand on a réalisé le projet Simonsound. On voulait juste pouvoir sorti quelques 7″ et tout pouvoir faire par nous même, donc, tu vois, c’était vraiment pour faire simple. Pas vraiment de gros labels sont intéressés par ce que nous faisions donc on s’est dit  » Ok, On va le faire par nous-même« , Donc voilà, Project Blue Book était juste l’une de nos inventions, on n’est pas vraiment un label, on ne va pas sortir des morceaux d’autres artistes parce qu’on ne fait pas du business, on est juste des passionnés de musique, et on n’apprécie pas forcément la partie « business » du truc (rire). Et donc une fois mon album « Statement of Intent » fini, je me suis dit « Ok on va le sortir là-dessus ». Pour moi, le meilleur truc est vraiment le « do it yourself » c’est donc pour ça que j’ai continué avec  « Project Blue Book » pour la sortie de cet album. Mais concrètement, ce n’est rien de plus qu’un nom, je ne suis pas vraiment un bon businessman, juste la musique !

Donc tu vas continuer avec ce label ?
Ouais je vais continuer à sortir mes trucs, mais je ne vais pas signer d’autres artistes, ce ne sera que moi ou bien Simonsound, c’est une chose très personnelle et c’est juste un moyen de sortir notre musique par nous-mêmes et de contrôler toutes les étapes.

Il y a comme une patte « Format » dans tes productions, des rythmes uptempos avec des gros breaks bien mis en avant. Est ce que tu peux nous parler de la manière dont tu travailles, de quel genre de machine tu utilises et de ta vision de la production musicale ?
La chose la plus importante quand je fais de la musique, c’est les disques que je découvre. Je vais chercher des vieux disques pour la plupart entre la fin des années 60 et le début des 70’s, et je recherche des trucs qui m’intéressent, ça peut être la pochette, des musiciens, certains labels, mais je recherche vraiment des albums qui me semblent intéressants pour moi. Et quand je trouve la musique les quelques notes qui vont me sauter à l’oreille, c’est généralement le point de départ pour un morceau. Quand je trouve un break et je pense immédiatement « Ok ce beat est parfait pour Sureshot ou Phill Most ou Abdominal ou un autre.. » Tu sais, d’une manière générale j’ai un bon feeling pour un beat ou break quand je l’entends.
Concernant l’équipement que j’utilise, vraiment, il n’y a pas de secret, je ne vais pas te donner d’information particulièrement excitante à ce propos. Maintenant, j’utilise un Mac et Logic et je ne suis pas vraiment un mec technique tu vois. Avant j’utilisais un Akai S950 de 1991 jusqu’en… et bien jusqu’à il n’y a pas longtemps à vrai dire. J’ai seulement arrêté de l’utiliser parce que j’en avais deux et ils m’ont tous les deux laché. Et je n’ai pas vraiment essayé de les réparer, et j’utilisais de plus en plus mon mac, j’étais de plus en plus à l’aise avec Logic donc j’ai juste continué comme ça. Je crois que les gens pensent qu’on peut obtenir des sons complétement différents quand on utilise un S950, une MPC 60, MPC 2000 ou SP1200, moi, je ne sais pas…Ok, il doit probablement y avoir un son différent, mais moi, je suis pas vraiment un mec technique, je suis plus un digger et je m’intéresse plus aux disques que j’utilise pour sampler. C’est ce qu’il y a de plus important pour moi, pour mon son. Il faut que ce soit quelque chose qui me saute à l’oreille, et je commence à développer le morceau, et tu vois, des fois, je boucle un truc et je pense directement, comme je te disais avant,  « Ok, ça c’est super pour Abdominal ou Sureshot La Rock ou Phill Most Chill » et d’autres fois, je me dis « Ok, ça c’est plus un truc que je vais travailler en instrumental, il n’y aura pas de rappeur, pas de Mc’s, ce sera juste un morceau instrumental que je vais construire avec des samples ». Voilà à peu près la manière dont je fonctionne, c’est un processus très lent, la façon dont je construis à partir de samples, mais pour moi, c’est vraiment quelque chose de satisfaisant. Ouais ça me prend définitivement trop de temps, mais je trouve plus de satisfaction là-dedans que dans n’importe quelle autre chose dans la vie. Ça me fait me sentir en vie, donc aussi longtemps que j’aurai l’inspiration pour faire ça, je continuerai de le faire et à ma manière.

Sur tes deux albums précédents, tu as fait plusieurs morceaux avec Abdominal (un MC Canadien). Il n’apparait pas sur ton dernier album. C’est un choix de ta part ? Est ce que la collaboration avec ce mc est terminée ?
Je peux pas dire que c’est vraiment fini, mais je pensais qu’il était temps de prendre une autre direction… Abdominal était le mc principal sur mes deux albums précédents et…Ok, « Statement of Intent » n’est pas si différent de mes deux autres albums mais je sentais juste que…. il fallait que deux trois trucs changent et c’est très facile quand tu travailles avec les mêmes personnes de se répéter un peu. Donc en changeant les mc’s, ok je fais des beats qui sont plutôt similaires, mais peut-être qu’un MC différent amène quelque chose de différent sur la table et donne un nouveau son à mes morceaux. Je pense que sur ce dernier album, les beats sont peut-être plus appuyés, plus solides, avec une influence plutôt tirée de la musique rock psyché des 60’s que j’écoute maintenant depuis quelques années. Je pense que cette influence-là est plus évidente quand tu entends cet album. Principalement quand tu entends quelque chose comme « Spaceship Earth » avec Edan, c’est vraiment… Ben je pense que tu peux dire un morceau de rock psychédélique avec du rap dedans. C’est plutôt lourd tu vois. Mais je pense que ça a quand même mon son à moi, je pense que tu peux toujours te dire « c’est un album de Dj Format ». Donc voilà, je pense que je peux encore travailler avec Abdominal dans le futur parce que j’aime encore faire des trucs funky mais j’ai juste pensé que pour cet album, c’était important de changer deux-trois trucs. Et Abdominal aussi voulait faire des trucs différents, des trucs plus personnels pour lui. Il est très intéressé par le chant par exemple, et c’est pas vraiment quelque chose que je veux faire sur mes albums. Donc ouais, on est toujours de bons amis et c’est possible qu’on retravaille ensemble parce qu’on a une bonne alchimie, et c’est important, et une bonne amitié aussi.
Mais pour le moment, ouais, pour le moment je travaille avec Phill Most Chill et je fais plus de trucs avec Sureshot La Rock, et ouais, ces mecs… Ils me donnent l’inspiration de continuer à  produire le genre de beat que je produis. Donc peut-être dans un moment, je vais revenir vers Abdominal mais on va voir comment les choses se passent.

Dj Format Feat. Edan : « Spaceship Earth » :

Justement sur ce nouvel album, il y a pas mal de collaborations avec des mc’s et des groupes, mais il y a un nom qui apparait plusieurs fois, c’est Sureshot La Rock. Tu peux nous en dire un peu plus sur cet artiste et sur la façon dont vous vous êtes rencontrés ?
Ouais Sureshot c’est… vraiment comme un frère, on a été séparés à la naissance et on n’a réalisé ça qu’en 2008.
J’ai rencontré Sureshot en 2008 ou 2007, on travaillait sur un mix pour Diggers With Gratitude qui est un collectif anglais de passionnés de musique sur support vinyl, et Sureshot est américain d’origine mais c’est l’un des fondateur de DWG et… on travaillait tous les deux sur un mix et il me dit que il y a bien longtemps de ça, c’était un mc, et moi j’étais très intéressé de savoir ce qu’il faisait, et quand il m’a fait écouté deux trois de ces morceaux, il a commencé à rapper ses lyrics, j’étais stupéfait. Et plus on parlait, plus je réalisais qu’on avait la même vision du hip-hop qu’on voulait entendre donc on s’est dit « Ok, travaillons ensemble pour faire le genre de hip hop qu’on aimerait entendre, on va le faire nous même ! » Et c’est tellement rare d’avoir une si bonne entente avec quelqu’un et de vouloir faire exactement les mêmes trucs. C’est juste parfait ! c’est très difficile de trouver un mc qui est prêt à faire des sacrifices sur ces performances, je veux dire pour un morceau comme « Mr Dj » par exemple, Sureshot a du faire un rap plutôt simple pour que je puisse scratcher les samples, et tu vois le but c’était de faire simple et funky, parce que si il commence à faire des trucs compliqués et intelligents sur les rimes, le morceau ne marchait pas. Des morceaux comme ça doivent rester simples, il a donc du sacrifier sa performance pour que le morceau marche. Et il n’a pas de gros ego, il a la faculté de visualiser le morceau dans son intégralité, c’est pas le gars qui pense uniquement à son rap, il pense à la musique, aux scratches et l’expérience de l’auditeur de la même façon que moi. Donc Sureshot, comme je t’ai dit c’est vraiment le frère que je n’ai jamais eu et ouais on va continuer à faire des trucs ensemble autant qu’il a de rimes et que j’ai de beats. On continuera à prendre du plaisir comme on l’a fait.

Dj Format Feat. Sureshot La Rock : « Mr Dj« 

Et maintenant tu tournes avec Simon de « Simonsound », comment cette collaboration s’est faite aussi ?
Hum… Simon est vraiment un vieil ami que je connais depuis 1997-1998, quelque chose comme ça et la première fois que je suis parti à Brighton, il travaillait avec les mêmes mc’s avec lesquels je travaillais. Un groupe appelé First Down et qui était vraiment associé à la scène de Brighton. Donc c’est comme ça qu’on s’est rencontrés, et Simon a fait le mixage et le mastering de mes deux premiers albums. Donc on a travaillé ensemble sur tout un tas de projets pendant toutes ces années mais on s’est finalement retrouvés en 2006 quand j’ai commencé à travailler sur mon troisième album. Et à cette époque, Simon était en plein dans la musique expérimentale électronique des 50’s et 60’s et très intéressé par les équipements vintages des studios de l’époque, les synthés Moog, les vieux magnétos à bandes (Revox, Tandberg…) et moi aussi je m’intéressais à ce genre de matériel par l’intermédiaire des disques que j’écoutais. On a donc décidé de faire quelques morceaux ensemble jusqu’à ce qu’on réalise que ce n’était pas juste une collaboration pour un album de Dj Format, mais ça devait être autre chose, un nouveau groupe, et Simon utilisait déjà The Simonsound et je ne pensais pas que ça valait la peine de créer un autre nom juste pour Simon et moi. Je lui ai donc proposé de garder le nom The Simonsound, pour moi ça sonnait bien. Maintenant ça devient confus, parce qu’il est The Simonsound et moi je suis Format, donc Ok, c’est peut-être un peu flou pour les gens mais… des fois on fait des morceaux ensemble et c’est écrit « The Simonsound » sur l’ensemble, et des fois il fait des morceaux tout seul et c’est aussi écrit « The Simonsound » donc je me rends compte que ça devient un peu compliqué..mais on s’en fout, vraiment pour nous c’est la musique qui importe, on n’a pas vraiment d’égo, on est juste des passionnés. Donc voilà, on a fait un album ensemble qui s’appelle « Reverse Engineering » et qui est… un mélange de morceaux inspirés par l’électronique des 60’s 70’s, tu vois comme le « BBC radiophonic workshop » les pionniers de la musique électronique en Angleterre. On a aussi fait des covers  de classiques de funk comme « It’s Just Begun » de Jimmy Castor Bunch mais avec un synthé Moog et quand même funky et intéressant pour les B-boys. On a aussi fait une cover de « Tour de France » (Kraftwerk) mais on l’a appelé « Tour de Mars » parce que c’était notre version « space » (rires)
Et puis il y a des sons qui sont plus inspirés de musique de films ou de télévision, des bandes-sons quoi. Pas vraiment des morceaux structurés en verses/chorus/verses…juste des bouts de musiques en fait.
Donc on a fait l’album en 2010, peut être 2009…j’ai oublié (rires). Quand je travaillais sur mon dernier album j’ai décidé de faire un truc ensemble sur un morceau histoire faire un autre morceau B-boy. C’est probablement trop Hip-Hop pour l’audience de Simonsound, mais c’est parfait pour mon audience et c’est aussi une façon d’introduire nos projets ensemble à mon audience. C’est pourquoi on a fait « Battle of the Planets » et « Beyond Disco » c’est plus le coté B-boy.

The Simonsound : « It’s Just Begun » :

On va parler maintenant d’une collaboration sur ton premier album, « Music for the mature B-boys », tu as fait un morceau avec Chali 2na et Akill de Jurassic 5, et d’ailleurs il y a un super clip de ce morceau. Et j’ai lu quelque part que tu avais été leur chauffeur ?
Tu sais on parlait de mon premier groupe Suspekt et le leader du groupe, on peut dire, son nom c’est Blue Eyes, tu vois c’est un old school Mc d’Angleterre, ça fait…Je pense qu’il écrit toujours, mais il n’a rien sorti depuis un bail, en tout cas c’est un bon pote à moi et c’est aussi un gars qui voulait promouvoir les soirées hip-hop, il a tourné avec Blade et il l’a aussi aidé à faire pas mal de tournées en Europe, il avait pas mal de bons contacts. Donc Mick (son nom est Mick « Blue Eyes ») a commencé à organiser de plus en plus de tournées en Angleterre pour des artistes américains, et il en est venu à organiser la première tournée de Jurassic 5 en 1998. Premièrement, en 97 il a ramené Jurassic 5 pour la première fois en Angleterre, puis il a organisé la tournée pour 1998. Et il n’avait pas le temps de conduire le minibus lui-même, tu vois il a des gosses, une femme, un job, donc il avait besoin d’un jeune idiot enthousiaste comme moi (rires), histoire de les conduire dans le pays, de montrer les bons magasins de disques à Nu-Mark et Cut Chemist. J’ai trainé avec ces gars pendant 2 semaines, et j’en étais honoré, chaque jour j’apprenais avec ces gars et bien sûr, une amitié s’est créée. Et c’est comme ça que cette collaboration a pu avoir lieu.

Quelle est ta vision du hip hop maintenant ?
C’est une question difficile parce que je préfère parler de musique qui me passionne plutôt que de musique que je n’aime pas vraiment, et j’entends beaucoup de hip-hop maintenant que je n’aime pas, en fait ça fait même des années, environ 15 ans, peut être même plus. J’ai vraiment écouté des trucs qui sont… chiants pour moi. J’ai l’impression que les gens ont arrêté de digger des breaks excitants ou même quand ils les découvrent, ils les découpent en un kick, une snare et une cimbale, et pour moi, ça perd le coté brut du sample original et voilà… Ouais, moi je veux écouter du raw hip-hop, les productions de Marley Marl des 80’s, du Ced Gee, les prods d’Ultra Magnetic MC’s, j’aimerais entendre… il y a tellement de gens que je pourrais nommer, même si tu vas sur sur les débuts 90’s, ATCQ, Show & A.G., Diamond D, Lord Finesse tous ces gars, ils essayaient vraiment de faire du Hip-Hop un art, en cherchant des breaks que personne n’avait pensé utilisé avant, et tu vois ils ont commencé à sampler du jazz, et puis ils se sont mis à digger des disques de rock, des gens comme Black Sheep, par exemple, Mista Lawnge, Large Professor aussi, Main Source. Et Large Pro produisait pour pas mal de gens à l’époque, et tu vois, c’était le gars qui ne cherchait pas forcément des vinyles de soul et de funk, il cherchait des vinyles de rock, du blues, des trucs dingues. Des disques à la con que personne ne pensait à utiliser. Et c’est le genre de Hip-hop qui m’intéresse, quand tu entends quelque chose de complètement inattendu, tu vois des breaks mortels, c’est vraiment le genre de Hip-Hop brut que j’aime.
Je ne veux pas entendre les conneries lissés et surproduites qui…maintenant, tout est compressé comme une production de Dr Dre, c’est trop propre. ils compressent tout et le son devient le même partout, il n’y a plus…. je ne sais pas, pour moi il n’y a plus l’énergie B-Boy des origines à l’époque ou cet art montait en puissance, je n’ai plus cette impression du hip-hop maintenant.

Et qu’est ce que tu penses du fait de déclarer les samples ?
Je pense… si tu es un gros artiste hip-hop qui a signé sur un gros label, je pense que tu dois penser à ça. Et c’est peut être la raison pour laquelle les producteurs ont arrêté d’utiliser des samples et ont commencé à découper et rejouer avec leurs pads, peut-être que c’est parce qu’ils ont peur de se faire traîner en justice. Pour moi, c’est pas vraiment le problème parce que je suis un artiste plutôt underground, personne ne va me faire un procès, et puis j’ai pas d’argent. Je fais juste mon truc passionnément, pour l’amour de cet art. Je ne fais pas vraiment d’argent, donc ça ne me concerne pas vraiment personnellement. J’ai énormément de respect pour les artistes dont la musique a été pillée, ou plutôt empruntée et réutilisée de façon créative. Je pense que ça a un certain mérite artistique la façon dont le hip-hop a pris la vieille musique et lui a donné une seconde vie, mais tu dois aussi respecter le fait que certains artistes ne veulent pas forcément qu’on leur pique leur musique, mais Hey ! C’est ça le Hip-Hop ! Donc tu vois, avec le plus grand respect, je vais toujours sampler, mais hey, je ne vais pas le déclarer parce que je n’ai pas d’argent pour payer ça, je ne fais pas vraiment de l’argent avec ma musique.

Quel est la prochaine étape dans ta carrière en tant qu’artiste hip hop ?
C’est bizarre de penser à ça maintenant parce que je viens juste de sortir mon dernier album, c’était fin février donc ça fait quelque chose comme 3 ou 4 mois et déjà… ouais et je me dis « Ok, c’est déjà des vieilles nouvelles! » Les gens sont déjà prêts pour un autre album « Ok on a bien aimé ton album, balance le prochain ! » donc au lieu de prendre 7 ans pour faire mon prochain album, je pense que je vais essayer de travailler plus vite et arrêter d’être aussi fou parce que je suis vraiment un perfectionniste et j’ai besoin d’être fier à 100% de tout ce que je fais, mais j’ai vraiment besoin d’être plus cool, de me prendre moins la tête, boucler deux trois breaks bien bruts… Tu vois je viens juste de faire 2 morceaux avec Phill Most Chill, et j’ai vraiment fait ça très rapidement. Je lui ai envoyé quelques breaks bouclés rapidement, il a écrit dessus deux morceaux terribles très rapidement aussi, enregistré les paroles, et me les a renvoyées, tout ça par internet. Et ça nous fait déjà deux morceaux pour le prochain album !  Que je vais sortir en vinyle, c’est très important pour moi, si il n’y a qu’une sortie digitale…Ok le digital est important maintenant en 2012, je pense, mais pour moi, le son vinyle est quand même plus chaleureux, ça sonne plus authentique, plus lourd. Et donc si je ne fais pas de sortie vinyle de mes morceaux, et bien ce n’est pas une sortie officielle, ça doit être sur vinyle ! Donc je vais juste continuer à sortir mes projets en vinyle aussi longtemps que je pourrais me le permettre, financièrement parlant, parce que honnêtement, sortir mon dernier projet m’a vraiment mis dans une situation financière problématique. Et je dois me poser la question  » Est ce que je peux continuer à faire ça ? » Mais lentement, l’argent revient un peu, je ne pense pas en faire beaucoup mais je vais quand même pouvoir récupérer celui que j’ai investi pour cette sortie. Donc je vais juste continuer à faire ça en espérant qu’il y aura toujours assez de gens qui voudront venir à mes concerts, de façon à ce que je puisse avoir assez pour survivre. C’est vraiment mon plan, je veux dire j’ai 38 piges et je devrais probablement penser à me poser avec ma femme, avoir des enfants, mais au contraire, je suis toujours cet espèce d’idiot qui veut juste digger des disques et faire des beats sans vraiment penser au lendemain. Je ne pense vraiment qu’à l’instant présent, quelle musique est excitante, qu’est ce que je peux faire, qui je peux rencontrer dans mes voyages, quelles sont les superbes expériences que je vais avoir à travers la musique. C’est comme ça que je pense donc je ferai ça autant que je peux !

Le trailer du tout nouvel album de Dj Format et Phill Most Chill est un petit bijou, à voir :

Finissons par un petit portrait chinois.

Si tu étais un album ?
Merde, oh mon dieu… Je n’en ai pas la moindre idée… hum… Je serais probablement… l’un de ces albums que tu ne pourrais catégoriser… Si j’étais un album de rap… Pfou… Je ne sais pas… C’est une question difficile parce que je suis trop alternatif pour la communauté hip hop mais je suis trop hip-hop pour la communauté alternative. Tu vois ce que je veux dire… Je ne pense pas que je rentre dans l’une ou l’autre de ces catégories. hum… donc… Lord FinesseBig Daddy Kane ? Ce sont mes favoris, heu… whou… Al Green, Yeah… James Brown…. Bobby Byrd… mais ouais Al Green, ce gars pour moi est incroyable.

Un instrument de musique ?
Je serais la batterie, définitivement ! (rires)

Une drogue ?
Je dirais…. weed… marijuana… bien que ce soit une drogue douce mais. Pas de cocaine, c’est trop rhaaaargh… non non non, j’aime fumer, donc je dirais la weed.

Quel était le premier album que tu as acheté ?
Le premier dont je me souviens avoir acheté quand j’étais enfant, tu te souviens de ce groupe Madness des années 80 ? Un genre de groupe de ska d’angleterre, ouais donc « Complete Madness » etait le premier album dont je me souviens.

Le premier album volé ?
Le 1er album que j’ai volé ? …. oh ! …. Ah ouais, J’ai honte de dire ça…. Je faisais du graffiti et j’ai essayé de voler des bombes. Et ça se voyait sur ma gueule, ma face était coupable, tu vois, et je crois que je n’arrive pas à faire ça… j’étais un peu timide tu vois, et ça se voyait tellement sur ma face, mon visage disait « coupable ! », mais le premier album que j’ai volé, vraiment? je ne me rappelle plus…. Je me rappelle que j’étais dans un magasin en Angleterre, et c’était il y a bien longtemps, bien avant l’internet, et il n’y avais pas toute cette info disponible. Et c’était un album de jazz anglais très intéressant, mais le prix était… trop cher, et je me suis dit « Ok, je veux vraiment cet album mais je n’ai absolument pas les moyens de pouvoir l’acheter » et ouais  j’ai honte de dire, que… j’ai acheté deux trois autres vinyles dont le prix était correct et je l’ai mis à l’intérieur d’une pochette en me disant « Ok, c’est mon bonus », mais vraiment, je ne suis pas fier de ça.

Le premier vinyle que tu as vu ?
Ah oui, je me rappelle très bien le premier album que j’ai vu ! Bob James, Heu… c’est le 1er ou le 2 ou il y a « Take me to the mardi gras » ? le deux ? ok, parce que quelqu’un m’a vendu l’album pour 5 £ et il m’a dit… c’était probablement en 1990, et tu sais il n’ y avais pas l’internet à cette époque et les breaks était vraiment secrets, et là ou je vivais, c’était difficile d’avoir des infos là dessus. Et le gars m’a vendu l’album pour 5 £ parce que j’étais un pote à son frère, et il m’a dit  » Je peux vendre cet album pour 30 £ mais je vais te le vendre 5 £ parce que tu es le pote à mon frère ». Et mon pote aimait tellement cet album il me disait « Mat s’il te plait, vends moi cet album ! » et je lui ai dit « Mais c’est un album à 30£ «  et il m’a dit « Ok je te l’achètes pour 30 £ » donc voilà (rires).

Comment imaginerais tu un monde sans vinyles ?
Oh, tu sais ce serait difficile … mais je pense que je pourrais m’y faire….je serais probablement un dj digital (rires). Mais seulement si il n’y avait pas de vinyles, je crois. Tu sais le vinyle pour moi c’est quelque chose… j’ai aimé travailler avec, les toucher, les collectionner depuis que j’ai 16 ans. Au départ, je suis vraiment tombé dans le hip-hop quand j’avais 13 ans, mais à cette époque, je n’avais pas d’argent pour en acheter, on écoutait des cassettes, on enregistrait des cassettes. Mais dès que j’ai quitté l’école et que j’ai eu un boulot, j’ai commencé à acheter des vinyles, à 16 ans donc le vinyle pour moi c’est vraiment quelque chose de spécial, tu vois j’ai 38 ans et je suis toujours aussi passionné par ça.

Quel a été ton premier concert en tant que spectateur ?
Hum…je ne peux pas dire pour sûr mais c’était probablement un groupe de rap des UK des années 90.,ça devait être dans les 89-90 ou quelque chose comme ça. Son of Noise, Killer instinct, hum… qui d’autre…Blade, oh Caveman ! Ouais, c’était les gars.. je peux pas vraiment dire, mais c’était dans les 90-91 peut être 89, mes préférés étaient vraiment Caveman, Son of Noize avait deux djs, il y avait Mada et Renegade. Et c’était incroyable de voir deux dj’s scratcher ensemble, c’était la première fois que je voyais ça et c’était vraiment impressionnant pour moi. Ces gars m’ont énormément influencé. Et aussi de voir White Child Rix de Gunshot, c’était aussi un dj impressionnant.
Donc ouais, c’était les premiers concerts, et le premier groupe des U.S. que j’ai vu, et c’était vraiment terrible, Ultra Magnetic MC’s. Je ne me rappelle plus l’année mais ouais… 1991, 1992 ? Quelque chose comme ça. Ils ont joué à Londres et j’étais là et c’était vraiment bien. Kool Keith en train de faire « Poppa Large » en camisole de force ! C’était vraiment terrible !

Et ton meilleur concert en tant que dj ?
Oh Je pense que mon meilleur concert était quand Abdominal et moi avons fait la première partie de Jurassic 5 pendant 3 semaines, et à la fin de la tournée on a joué au Brixton Academy à Londres et c’est 5000 spectateurs ! 2 jours d’affilée, c’était le plus gros concert en tant que dj, pour une première partie.
Pour moi, ma plus grosse audience qui vient juste me voir moi, ou mes shows avec Abdominal et D-Cisive, c’était peut être aux Reading et Leeds Festivals en Angleterre ou on a eu une très bonne audience en 2005…2003 peut être aussi. Il y a eu 3000 à 4000 personnes qui sont juste venus nous voir nous, donc c’était vraiment une super expérience.

Quelle est la personne avec qui tu aimerais le plus collaborer ?
Ben à vrai dire la collab que j’aurais vraiment aimé faire c’est Edan ! De travailler avec ce gars était la chose que je voulais faire depuis des années. Ouais pour moi, ce gars est un génie lyrical, même un génie musical. Donc ça c’est fait maintenant. et j’avais vraiment envie de travailler avec Phill Most Chill, Sureshot La Rock, Mr Lif, sur mon dernier album. donc honnêtement, les mc’s avec qui j’aurais aimé bosser, sont peut être des gars qui sont trop vieux maintenant. Et ils ne sont plus dedans maintenant. Je ne dit pas ça de manière irrespectueuse, c’est juste complètement réaliste. Si j’avais une machine à remonter le temps, et travailler avec Big Daddy Kane en 88, j’irais direct, mais c’est plus possible maintenant.
Donc vraiment, je suis vraiment content de pouvoir continuer à travailler avec Sureshot La Rock, Phill Most Chill, mon pote Oxygen, et juste continuer de faire ce qu’on aime.