Artiste en perpétuel renouvellement, DJ Vadim a peut-être puisé dans sa propre histoire (il débarque de Russie à Londres dans les années 90) cette faculté de pouvoir concilier plusieurs mouvements musicaux et de les relier systématiquement à un univers Hip-Hop ou black music. Dès son premier EP « Abstract Hallucinating Gases » pour Ninja Tunes, DJ vadim impose son style qui lui est propre, même s’il se dit influencé par DJ Cam ou DJ Krush. Consciencieux au moment de sortir un projet, il s’est même lancé à fonder son propre label Jazz Fudge, avec un succès d’estime plus que financier, avant de reprendre la production musicale avec The Soundcatcher en 2007, album fortement influencé reggae et dub, et surtout le dernier en date « U can’t learn imaginashun », qui une fois encore ne fait pas l’unanimité mais qui a au moins le mérite d’expérimenter des choses intéressantes, d’être assez varié et de proposer une multitude de featurings assez originaux et fort bien placés (La méthode, Big Red pour les Français, mais aussi Yarah Bravo, Juice Lee, Sabira Jade, Pugz Atomz, etc…). C’est pour la promotion de cet album que DJ Vadim est venu nous rendre visite dans le studios de Radio Canut, afin de parler de cet album mais aussi d’évoquer sa propre perception de la musique…

Quelle différence entre le travail de DJ Vadim et le projet One Self ?
One Self c’est mon travail avec Yarah Bravo, DJ vadim c’est mon travail en solo, je travaille avec beaucoup de MC, comme Big Red, the Motion Man, plein de gens.

Justement tu travailles souvent avec Big Red, pourquoi ?
Parce qu’on a un bon feeling tous les deux, on a joué à Marseille, Avignon, Montpellier, Paris, c’est une bonne alliance.

Comment travailles-tu tes sons, quel matériel utilises-tu ?
Une MPC 500, MPC 1000, MPC 3000, Cubase, c’est magique…

Tu as créé ton propre label, Jazz Fudge, quelle est la chose la plus difficile au moment de gérer un label ?
La chose la plus dure c’est de gérer tous les MCs.

Pourquoi Jazz Fudge ne fonctionne-t-il plus ?
Je n’ai pas le temps…

On entend souvent des références à la Russie, ton cœur est-il toujours à l’Est malgré ta carrière internationale ?
Mon cœur est là où se trouve mon chapeau… Je ne suis pas Russe, je ne suis pas Anglais, je parcours le monde avec ma musique gypsy…

Tu as beaucoup voyagé, notamment à Barcelone où tu as travaillé avec 7 Notas 7 Colores, que peux-tu nous dire sur cette collaboration, et sur cette ville où tu aimes aller ?

Oui j’y suis allé souvent, j’ai travaillé avec Muco Muchacho du groupe 7 Nota 7 Colores, on a peut-être 3-4 albums, je travaille avec eux depuis 98, soit 11 ans, en 2002 on a gagné un Latin grammy à Miami comme meilleur groupe latino, j’ai juste produit la musique. C’est  de la bombe !

Comment tu décrirais ta musique à un moine Tibétain ?
La sainteté est pour l’esprit, la musique est pour le corps.

Quelle est la meilleure chose que la musique t’ait apportée ?
Cela m’a apporté une maison, j’ai rencontré ma femme grâce à la musique, des amis aussi, la musique est tout. La musique est ma médecine, quand je suis malade, j’écoute de la musique pour me sentir mieux, quand je suis content j’écoute de la musique, la musique est tout. La musique est la nourriture qui remplit mon âme. Sans la musique c’est la mort.

Quelle est la chose la plus étrange que tu aies lue sur ta musique ?
Qu’on appelle ça de la techno…

Parlons de ton dernier album, « U can’t lurn imaginashun », quel morceau préfères-tu ?
Je suis fier de vous présenter le nouveau single avec Big Red de Raggasonic, « Soldier », les lyrics, parlent de l’exploration de soi-même, en gros, par rapport aux problèmes raciaux en France (les textes sont de Big red).

Au moment où il est sorti en magasin, la meilleure chose que tu lui aies trouvé et celle que tu aurais pu améliorer ?
Dès que je vois mon album dans un magasin, il est bon ; car le problème d’être un artiste indépendant, c’est que quelquefois c’est dur que ta musique soit disponible. Les gens ne réalisent quelquefois pas que ce qu’ils entendent à la radio est disponible en magasin. C’est indispensable qu’il soit le meilleur possible, mais la vente dépend surtout du marketing, des Euros que tu mets pour le promouvoir. L’album le plus vendu n’est pas forcément le meilleur album, c’est surtout l’album dont la maison de disques a le plus investi dessus pour le mettre en N°1, ce n’est peut-être pas le meilleur, mais il peut aussi être un disque fantastique, ça dépend. Alors c’est bien pour moi que les gens, qu’ils soient à Paris, à Lyon, ils vont à la Fnac et découvrent mon vinyl, car pour un producteur, ce qu’on demande c’est que les gens écoutent ma musique ; certains l’aiment, d’autres non, mais le fait qu’ils puissent l’écouter est toujours bon.

Tu as fait beaucoup de shows et collaborations tout autour du monde, où as-tu vécu tes meilleurs moments ?
En général, les meilleures villes pour moi ont été Londres, San Francisco, Los Angeles, Paris, Marseille, Berlin, …

Partout où tu vas, donc ?
Non, car je suis aussi allé au Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, mais les endroits que j’ai cités, Californie, Londres, France, il y a vraiment une compréhension de la musique Black. D’autres endroits où je suis allé, comme l’Argentine, le Chili, le Mexique, c’est cool, c’est très chouette, mais ils n’ont pas l’histoire, l’éducation de la Black music. C’est important d’avoir cette histoire, en France les gens comprennent la Black music.

Depuis Londres, comment vois-tu la scène Hip-Hop française ?
En France la scène est vraiment puissante, il y a beaucoup de monde, comme Joey Starr, IAM, Booba, Arsenik, Saïan Supa Crew… Certains sont très bons, d’autres sont juste des copies de groupes Américains mais en Français, je n’aime pas le Gangsta Hip-Hop, et si c’est en Français, ça veut pas dire que c’est mieux… Mais certains travaillent très bien, j’aime vraiment le travail de Saïan Supa Crew, IAM, …

Si tu dois aller sur une île déserte, et que tu dois prendre 5 CD, lesquels prendrais-tu ?
Je ne vais pas te citer d’albums, mais plutôt des artistes : Marvin Gaye, James Brown, Billie Holiday, KRS-One, et A Tribe Called Quest.

Que connais-tu du Hip-Hop Russe ?
C’est gros, c’est puissant, et c’est rouge…

As-tu eu l’opportunité de présenter des MC ou DJ Russes sur tes projets ?
Oui actuellement, sur le morceau « Soldier », le chanteur est Russe, qui fait du raggamuffin.