Sous un nom de groupe plutôt original et qui se prêterait davantage à une secte ou une association de jeux de rôles, les Dragon Fli Empire ont développé au fil des ans leur musicalité à travers 3 albums, quelques maxis et EP, puis un projet solo chacun. Ce duo originaire de Calgary (plus connu pour ses montagnes et avoir accueilli les JO d’hiver en 1988), ou plutôt cette «armée des dragons de la funk», composée par le MC Teekay et le DJ & producteur Cosm produit du rap de bons vivants qui traduit parfaitement leur joie de vivre. Une très bonne humeur que l’on a pu constater lors de leur passage à Chambéry au cours du festival Urban jam, partageant la scène avec le Stéphanois Fisto…

    Par : Whyninot ; traduction & carte : Conor ;photos live :  Nicolas Scordia

 

Première question, pourquoi ce nom ?
Teekay : Ce nom représente l’état « fly », le fait d’être funky en rapport avec la musique que l’on créée qui cherche à être funky.

Quel serait le contraire de dragon fli empire ?
T : Haha… Je ne sais pas… L’armée des cafards peut-être.

On voit beaucoup de featurings Canadiens dans vos albums, que pouvez-vous nous dire de la scène Hip-Hop au Canada et à Calgary ?
T : Le mouvement Hip-Hop au Canada est très diversifié mais on peut tout de même constater quelques généralités. Ces différentes facettes sont souvent liées aux espaces urbains dans lesquels le Hip-Hop évolue. Par exemple, le Hip-Hop issu de Toronto est très influencé par New York et les West Indies. Montréal* est la capitale du Hip-Hop français, mais des rappeurs anglo-saxons contribuent également à la scène de cette ville partagée entre la culture francophone et anglo-saxonne. Vancouver* a une tendance plus détendue, surement liée au mode de vie de cette ville très « verte ». À Halifax*, le Hip-Hop peut être qualifié de traditionnel par rapport à des villes comme Edmonton* où le Hip-Hop est plus rude et Saskatoon* d’où sortent des sons plus expérimentaux*. Mais ceci étant dit, on trouve de partout des « wannabes » et des « petits voyous » qui tentent de détourner le mouvement…Haha.. C’est évident qu’il y a des exceptions à la règle ici, mais ce que je veux dire c’est qu’il y a un large panel de style de musique Hip-Hop qui voit le jour au Canada.
Je pense qu’à Calgary, une ville très ouverte et influencée par le brassage de populations, le Hip-Hop est quelque peu plus réfléchi… et reflète la joie de vivre.

 

Ohmega watts participe à chacun de vos albums : Comment cette connexion s’est-elle faite ? Qu’est-ce que cet artiste vous a apporté ?
T : J’ai initialement commencé à parler avec Ohmega sur Internet au tout début des années 2000, nous nous sommes ensuite rencontrés en 2002 pendant que l’on faisait un stage chez un label à Seattle. A partir de là, je suis allé le voir plusieurs fois à Portland et lui est venu ici une fois. Il m’a beaucoup apporté dans le sens ou il était nettement plus impliqué dans le monde du hip-hop que je ne l’étais à l’époque, il a été une source d’inspiration et m’a donné envie de continuer à poursuivre mes propres rêves. Enfin, nous étions sur la même longueur d’ondes en terme de beats – de ce point de vue-là c’était génial de le voir travailler la MPC.

Cosm, quel sont les instruments que tu privilégies au moment de la production ?
C: Pour ceux qui connaissent, je me sers d’une MPC 2000XL, d’un ASR10 et d’un MicroKorg. Ces noms n’évoqueront peut-être pas grand-chose pour ceux qui ne produisent pas de musique mais ces noms sont réputés dans le milieu.

Quelles sont tes influences, les samples dont tu te sers le plus ?
C: Ce que je préfère c’est de sampler les vieux vinyls, mais je travaille également sur des compositions personnelles. J’essaye de toujours garder l’esprit ouvert et d’écouter de tout, mais je me surprends souvent à utiliser du bon vieux jazz, notamment le jazz brésilien. Récemment j’écoute pas mal de rock prog et de musique disponible dans les médiathèques. Ca me permet de faire des découvertes assez aisément.

Parlez-nous de Makebelieve, c’est votre label ?
T : Makebelieve est le nom que l’on a choisi pour sortir la musique que l’on produit nous-même. Ce nom fait référence au simple fait que nous ne sommes pas vraiment un label, mais tout simplement deux gars qui aiment la musique et qui occasionnellement contribuent à ce qui existe déjà. En plus des productions de DFE et des projets que l’on fait chacun de notre côté, on a créé l’Abstrakt Vinyl Compilation utile à la sortie de l’album de nos amis Touch and Nato.

Quel message voulez-vous faire passer à travers les textes ?
T: Les textes que j’écris sont très sincères et pleins d’amour. Ils retranscrivent la personne banale que je suis et qui essaie de donner du sens à la vie. J’essaie d’y intégrer les moments de bonheur mais également de tristesse ou de difficulté que l’on connait tous.

Comment travaillez-vous entre les paroles et les instrumentales ?
T : La plupart du temps en ce moment, le beat est d’abord créé. Suite à ça, je m’inspire de la mélodie pour écrire un texte qui relate les émotions ressenties lors de l’écoute du beat. Mais là encore, occasionnellement, j’ai déjà écrit un texte que je pose sur une intrumentale déjà finie. Les deux méthodes ont chacune leurs avantages.

Explique-nous pourquoi tu chantes en français dans « beauty full »
T: J’ai étudié la langue française en cours au collège et au lycée, 7 ans pendant lesquels j’ai pu aquérir un niveau de français correct. Je me suis dit que rapper en français sur la chanson « Beauty full » pouvait rajouter du goût et du panache à cette chanson qui se sert d’un sample mélodieux de saxophone.

Que signifie le morceau en featuring avec Cadence weapon « outside inn » ?
T: « Outside inn » est tout d’abord un jeu de mots. Un « inn » en anglais désigne une forme d’hôtel. En ce sens, un outside inn (hôtel en plein air) serait un endroit où tous les exclus de la société ou autre pouvaient se sentir chez eux. De plus, j’ai pensé que ce serait un bon sujet à creuser, car comme Cadence Weapon, je me suis à un moment de ma vie senti rejeté.

Teekay, tu viens de sortir un nouvel EP sous ton nom, nommé « Sunrise soirée » : comment le décrirais-tu à un sourd ?
T: Les beats sont très mellow et relaxants au son de piano et de cuivres melodieux. Le rap est assez mélodieux et mûr également, le son à été fait pour être écouté la nuit, c’est pourquoi on a appelé le EP « Sunrise soirée »… c’est de la musique nocturne, faite pour être entendue entre le coucher du soleil (sunset) et le levé du soleil (sunrise). (lire la chronique)

Comment as-tu travaillé la base musicale (les beats) ? Avec Cosm, d’autres gens, ou toi-même ?
T: Ce coup-ci c’est moi qui m’y suis collé, j’ai produit les beats de l’EP avec un ASR-X, de Ensoniq. Je faisais de la musique avant de commencer le rap…

Cosm, tu viens aussi de sortir un album : comment as-tu choisi tous ces featurings ?
C: Il s’est avéré que j’ai eu l’opportunité de collaborer avec de très bons artistes que j’appréciais de par quelques ressemblances musicales personnelles. De là j’ai invité quelques-uns de mes MCs underground préférés. J’ai été très heureux d’apprendre que certains était motivés pour collaborer. Je suis depuis toujours un très grand fan du Juice Crew et de Organized Konfusion. Le fait de travailler avec des artistes comme Craig G et Prince Po était super excitant et je pense que le son en témoigne. (lire la chronique)

En effet, les instrumentales sont très musicales, travaillez-vous avec des musiciens quelquefois ?
C: Teekay et moi avons toujours eu un penchant pour les intrumentales très mélodiques, on a comme naturellement été attirés vers ce genre de son. Quelques instruments live ont été intégrés à l’album, « Outside Inn » en fait partie. Cependant la majorité de notre travail est basée sur des samples. Notre prochain album sera très surement accordé avec un groupe qui utilise des instruments de musique live, on se focalisera moins sur des samples lors de ce projet.

 

Comment as-tu travaillé avec chacun d’eux ?
C: Généralement on leur montre le beat et ils posent dessus. Mais comme je vous le dit, bientôt on commencera à partir de zéro. On samplera alors les enregistrements d’instruments live au lieu des vinyls.

Vous avez passé du temps en France ; qu’avez-vous le plus aimé ? Le moins aimé ? Quels sont vos meilleurs souvenirs ?
T: Ouais… On a passé pas mal de temps en France, en Suisse et en Allemagne. Tout a été génial.
J’ai trouvé ça très inspirant et motivant de pouvoir se connecter avec des fans, des acteurs du mouvement Hip-Hop à l’étranger. C’est là une preuve que cette culture et ce mouvement est universel. Je ne suis pas sûr que l’intégralité des gens devant lesquels j’ai rappé ont tout compris à ce que je disais, mais encore une fois, nous non plus lors des concerts de rap francais et allemand. Ce qui compte au fond c’est les vibes, l’énergie qui passe entre les gens, le Hip-Hop suffit.
Sinon, les paysages urbains et l’histoire européenne sont tellement plus chargés que ceux de l’Amérique du Nord – c’est incroyable, vous disposez d’un super patrimoine ! On a pu l’apprécier en voyageant toujours en train. La culture vibrante des villes ont également été parmi les choses très appréciées. Je n’arrive pas à penser à quelque chose que je n’ai pas apprécié pendant ce voyage, mis à part peut-être les ampoules sur mes pieds à force de nous balader de partout ! La prochaine fois je prends des vraies chaussures de marche!

C: L’Europe est magnifique et l’hospitalité incroyable. Les fans étaient tellement encourageants, ils m’ont même fait regretter de ne pas être venu auparavant. En Amérique du nord tout le monde se focalise sur ce qui vient de sortir, les nouveautés, en Europe il me semble que les gens portent plus en eux la diversité et l’originalité. Ca a été génial de pouvoir voir de mes propres yeux ce que j’avais seulement pu voir ou lire dans des livres.

Pour finir, votre top 5 albums & livres… 

 

Le top 5 albums de Dragon Fli Empire

Teekay

Cosm

Nas – Illmatic

Ice T – OG

A Tribe Called Quest – Midnight Marauders

Pharcyde- Bizare Ride 2 tha Pharcyde

Pharcyde – Labcabincalifornia

Ultramagnetic MCs – The Four Horsemen

Mos Def – Black on Both Sides

Organized Konfusion – STRESS

Outkast – Aquemini

Del – No Need For Alarm

 

 

Le top 5 livres

Teekay

Cosm

Raising Hell (Run DMC)

Rant by Chuck Palahniuk

The Tao of Wu (RZA)

The Road by Cormack McCarthy

Can’t Stop Won’t Stop (Jeff Chang)

Slaughterhouse 5 by Kurt Vonnegut

Call Me Russell (Russell Peters)

The Great and Secret Show by Clive Barker

The Prophet (Kahlil Gibran)

The Metamorphisis by Franz Kafka

 

 

 Bonus, une petite vidéo de NHK…

 

http://www.dragonfliempire.com/

http://dragonfliempire.bandcamp.com/