Activiste depuis un bon paquet d’années, Enz s’est distingué avec son premier et très bon album solo « Ma boutique », avant d’enchaîner des projets avec son propre label Padblem, dont l’excellente collaboration avec Ed pour l’album « Ne cherche pas ailleurs ». Dernièrement, c’est avec « Archive.zip » et « L’ingrédient secret » qu’il est réapparu, avant de nous séduire une nouvelle fois avec ses compères Doods et Tedji Snouze sous le nom d’ Oligarshiiit et de nous emmener musicalement dans leurs « Trois royaumes ». Rencontre avec ce passionné, qui nous a fait l’honneur d’être présent au festival Urban Jam en mai 2012, dont voici l’interview réalisée dans les studios de Radio Ellébore.

 

Pour revenir au début, ENZ, Pourquoi ce nom ?
Là où j’habitais on se donnait tous des prénoms différents quand on était plus jeune, par exemple il y avait un mec qui s’appelait Pasqué, on l’appelait « Charles », pour la blague (il ne s’appelait pas du tout Charles mais Stéphane), bref on se donnait plein de surnoms à la con et moi on m’appelait Enzo parce que j’avais une gueule à m’appeler Enzo… Et quand j’ai commencé à rapper, c’était donc mon blaze… A un moment il y a eu une sorte de schyzophrénie parce que ce n’est pas mon vrai prénom, du coup j’ai enlevé le « o » pour plus que ça fasse prénom.

Et pourquoi Enz Airlines ?
Parce que je vole avec une plume…

Parlons  de « Ma boutique »
C’est mon premier long format, ça a été ma première pierre à l’édifice du rap français…

Un album très ouvert, et varié musicalement, avec des influences très soul…
Oui, parce que c’est la musique qu’on aime, c’est la musique qu’on écoute, à l’époque quand le disque est sorti ce n’était pas forcément la mode, ce n’était pas forcémernt un truc très courant ou très commun, et ça été un peu dur de l’imposer, mais je vois qu’aujourd’hui ça revient bien donc on a contribué en quelque sorte à un renouveau de ce rap-là donc c’est cool… En fait on a maintenu le truc vivant pendant des années où c’était super dur, il n’y avait pas grand chose qui se passait, donc je suis assez fier de ça…

On sent dans cet album une athmosphère accueillante dès l’intro, « rentrez, c’est soulfood, servez-vous » etc, on sent que vous l’avez enregistré entre potes à la maison à faire tout vous-mêmes, je suppose pas mal d’années pour l’élaboration de cet album ?
Oui il y a eu près de 5 ans entre le premier morceau qui a été fait et la sortie de l’album, alors que j’avais commencé à rapper 5 ans avant encore, donc l’album est arrivé au bout de 10 ans de rap, donc il y a un peu toutes mes dix années de rap dans cet album, tout ce que j’ai appris pendant 10 ans, tout ce que j’ai fait, les gens que j’ai rencontré, et c’est un peu le point de départ.

Tu t’es entouré de personnages comme Dela, Boogie Rock, DJ kozi,…
Kozi m’accompagnait sur scène, j’ai beaucoup travaillé aussi avec Kohndo à l’époque, Gas de Dialect Music… Moi je viens de Tarbes en fait, je rappais avec des gars là-bas, puis je suis venu à Toulouse, puis je suis monté à Paris, et ça faisait du bien de rencontrer d’autres rappeurs, de voir des nouveaux flows, rencontrer plein de gens qui avaient des flows différents et ça m’a beaucoup influencé et permis d’évoluer.

Tu es monté à Paris pour le rap ?
Oui, à la base avec Boogie Rock on s’est inscrit à la fac de Saint-Denis, c’était la raison officielles, mais en vrai c’était pour faire de la musique…

Tu connaissais Boogie Rock avant, donc ?
Non on s’est rencontrés grâce à Kohndo ; Stix et Boogie Rock avaient travaillé pour Kohndo, et du coup il nous a fait nous rencontrer tous.

Alors comment décrirais-tu cet album « Ma boutique » à un sourd ?
Je lui dirais qu’il peut regarder l’album, c’est un album qui sourit, qui te dit qu’il y a plein de choses qui peuvent t’arriver dans la vie, ça peut être grave, mais garde le sourire, c’est bonne vibe ; et l’être humain est comme ça, il ne fait pas que pleurer, il ne fait pas que rire, c’est un peu tout ça cet album.

Passons à un autre projet, celui avec ton pote de toujours, Ed.
Oui, Ed que j’avais rencontré à Toulouse en arrivant en 2002.

Entre vous deux, quel est celui qui a la « vibe » ?
C’est lui ! (rires) Je suis vraiment fan de Ed, c’est vraiment mon gars, ça a été mon mentor, il est un peu plus âgé que moi, il vient d’avoir son troisième enfant….

Je pose cette question par rapport à un morceau qui s’appelle « qui est-ce qui a la vibe » où vous vous auto-envoyez des fleurs…
Oui en fait c’est un clash à l’envers, un espèce de clash positif parce qu’on kiffe le style de l’autre donc forcément on avait envie de le faire… il y a un petit côté égotrip à l’envers, un petit côté cool que je ne connais pas trop, je ne pense pas l’avoir déjà entendu, donc ça nous a fait kiffer de le faire…

J’ai cru comprendre que vous aviez fait un premier album pour lequel vous n’aviez jamais trouvé de distributeur ou de label qui vous signait, et du coup quelques années plus tard vous vous êtes retrouvés…
En gros c’est ça, on avait une base de morceaux, on était signés en artistes chez SMALL,  Un label de Sony, on avait fait des maquettes, on avait fait tout un album qui n’avait pas été retenu, parce qu’en fait on est arrivés en même temps que la Fouine chez Sony, donc forcément ils avaient plus d’argent à faire avec lui qu’avec nous, donc on n’a pas pu sortir cet album-là ; quelques temps encore après on a essayé de faire un EP 7 titres, pareil on a galéré pour le sortir, puis j’ai créé mon label Padblem et c’est grâce à ce label qu’on a pu le sortir ; on savait qu’on ne pourrait pas le défendre sur scène parce qu’on a des vies différentes, lui est sur Toulouse, moi sur Paris et ça allait être compliqué, mais au final on l’a quand même fait et je suis très content de ce disque ; comme on dit dans l’outro il y a des morceaux qui ont 6 ans, et des morceaux qui ont 10 minutes, on a pris tous les trucs qu’on kiffait, qu’on avait aimés à une époque et qu’on assumait toujours, parce que je crois que c’est avec lui que j’ai fait le plus de morceaux dans ma vie. On a peut-être une quarantaine de morceaux ensemble, et on a pris la crème des morceaux qu’on avait. On est très content de ce disque.

Comment as-tu pris contact avec Blezz que l’on retrouve sur ton album « Archive.zip » ?
C’est Boogie Rock qui était en contact avec lui ; ils avaient fait un morceau ensemble et ils m’ont invité, j’ai kiffé son délire, et on s’est connecté comme ça, d’abord sur internet, parce qu’il est suédois, et on s’est rencontrés par la suite ; puis Boogie Rock nous a proposé cette prod, le thème était tout trouvé, je lui ai envoyé, il a kiffé aussi, il a gratté très rapidement d’ailleurs.

Si on lit la description que tu fais de cet album « Archive.zip », c’est une compilation de titres nouveaux et anciens ?
En gros c’est des morceaux qui sont arrivés à chaque fois trop tôt ou trop tard pour des projets. Je ne pouvais pas les mettre sur des disques que j’ai sortis, mais je les trouvais bons quand même ; ce n’est pas des fonds de tiroir, c’est vraiment des morceaux que j’aime, mais qui n’avaient pas de place sur les projets, je ne voulais pas qu’ils meurent dans mon disque dur, donc je les ai sortis, et c’est pour ça que je ne les présente pas comme un album parce qu’il n’a pas la cohérence d’un album, il n’y a pas la volonté de créer un album. Il y a 14 titres, j’avais d’abord fait une sortie numérique, à prix libre, donc tu viens sur le bandcamp et tu le télécharges au prix que tu choisis, 0 ou 10€ ou ce que tu veux ; le probleme c’est que bandcamp c’est un peu compliqué pour certaines personnes parce qu’il faut être un peu curieux, c’est plus qu’un clic, donc c’est compliqué pour des gens, et puis on t’assimile à un produit gratuit, donc si c’est gratuit ça ne doit pas être bon, donc on n’en parle pas, on ne t’écoute pas. C’est un peu ça le problème donc je me suis dit que j’allais le sortir en CD et le vendre, et du coup il y a des gens qui en ont parlé et qui l’ont relayé, c’est dommage mais tu es obligé de faire ça, il faut qu’il y ait un truc palpable pour que les gens s’intéressent à la musique ou de la vidéo, c’est un peu dommage. Je suis un peu nostalgique de l’époque où on peut écouter un disque, mais on n’est pas obligé de le regarder.

Tu soulignes aussi un problème, c’est celui en tant qu’indépendant d’avoir un réseau qui te distribue bien et qui fasse que le produit soit écouté par les personnes qui sont en attente de ce genre de produit, car c’est blindé de personnes qui aiment ce genre de Hip-Hop…
C’est sûr que c’est compliqué et moi j’avais la naïveté de penser qu’avec les réseaux sociaux, les gens qui nous suivent, qui s’inscrivent à tes actualités, qu’il suffirait de sortir quelque chose pour que les gens téléchargent et en fait ce n’est pas si simple que ça.

Que retiens-tu de cet album, quelques mois plus tard ?
J’ai bien fait de le sortir car il y a des gens qui aiment beaucoup des morceaux, et pas forcément les morceaux les plus récents, il y a des gens qui aiment bien « Bullshit » par exemple qui a 5 ou 6 ans, d’autres personnes vont bien aimer « Prépare-toi » qui a 3-4 ans et qui a été fini en 2011 : je l’avais fait en 2008 et je n’avais jamais eu les scratchs que je voulais au refrain, et c’est avec la rencontre avec DJ Jim que j’ai pu avoir les refrains que je voulais, c’est pour ça aussi qu’il est sur cet album.

Dernier projet en date, Oligarshiiit
L’album « Les trois royaumes » représente nos trois univers différents ; on a sorti avant ça trois EP, chaque rappeur a présenté le groupe, vu qu’on a tous une carrière solo, on voulait attirer les gens qui nous suivaient en solo vers le groupe, donc il y a trois EP disponibles sur le bandcamp d’oligarshiiit.

Au niveau des instrus ?
Un jeune producteur nantais qui s’appelle 20Syl et qui a produit le morceau « Qui fait l’spectacle ? »… avec une super instru, il ne s’est pas moqué de nous… On retrouve aussi Boogie Rock, déjà présent sur pas mal de mes projets, un jeune producteur qui s’appelle Mess et qui est très talentueux, Vin’s da cuero aussi qui fait 2 prods, Stanza un beatmaker de la grande école de Cergy, qui fait un morceau, et Qiwu qui fait beaucoup de titres.

Est-ce que tu fais toi-même des instrus ?
Je sais faire des instrus, mais il y a des gens autour de moi qui sont tellement talentueux, que ça serait dommage de faire des trucs, et c’est pour ça que je le fais mais ça reste dans ma chambre.

Pour terminer un petit quizz/portrait chinois.

Quel est ton premier CD volé ?
Assassin

Quel est ton premier CD acheté ?
NTM « Paris sous les bombes »

Ton premier gros concert en tant que spectateur ?
NTM « Paris sous les bombes »

Ta première scène en tant que rappeur ?
A Tarbes

Ta première grosse première partie ?
Masta Ace, je ne sais plus si c’est la première mais c’est celle qui m’a le plus marqué en tout cas…

Le featuring qui t’a plus marqué ?
Dernièrement, Melopheelo

Le featuring que tu aimerais faire ?
Curtis Mayfield, mais ce n’est pas possible…

…Qui soit possible ?
Prince !! (rires)

Un truc faisable ?!
Nas, c’est faisable ?? (rires)

Si tu étais un album de rap ?
Miseducation of Lauryn Hill

Un album tout court ?
Miseducation of Lauryn Hill

Si tu étais un écrivain ?
Boris Vian

Un animal ?
Un chat

Un végétal ?
Une racine genre gingembre ou carotte

Un instrument de musique ?
Une flûte traversière

http://enzmusique.com/

http://oligarshiiit.bandcamp.com/