Ce label monté il y a peu est rapidement devenu une référence en matière de soul-funk dans l’hexagone. A l’heure où sortir un disque relève de l’exploit, ce label pariso-lyonnais semble avoir trouvé la recette : du bon, du bon, du bon son, et surtout du vinyl. Rencontre avec Pascal Rioux, fondateur et directeur artistique du label, et Patchworks, meneur de jeu de l’équipe, qui sont venus nous rendre une petite visite dans les locaux de Radio Canut.

Part.1 : la création du label Favorite, suivi du morceau « Tribute to RZA » de Mr President – 8 mn

Pascal, parles-nous de la genèse de Favorite Records…

Fondé en 2006, en parallèle à Pusher Distribution, qui était l’activité de distribution vinyle, qui a dynamisé et influencé le début de Favorite avec la première sortie Lee Mc Donald qui était un chanteur de soul obscur des années 70, et on avait réussi à obtenir les pistes séparées, donc ça a commencé avec des remixes, et puis après il y a eu Mr President, et tout s’est enchaîné assez rapidement.

Déjà pas mal d’activités et de sorties en 5 ans…

Le 1er juillet va sortir le numéro 55 de Favorite Records, tout confondu entre les CD et 12′ et LP. Sachant qu’il y a aussi le label Beat single qui est plus dans le reggae roots, qui est aussi une subdivision de Favorite, on compte à peu près 11 sorties par an.

Vous continuez à sortir du vinyl, comme l’album« Mr President », comment vous gérez ça ? Vous y attachez plus d’importance dans tous les cas ?

On a plus de sorties en vinyles qu’en CD, le CD accompagne juste le LP ainsi que le digital, mais on se focalise beaucoup plus sur la sortie LP.

C’est vraiment votre politique…

Ben tu sais le CD se casse la gueule, le LP survit, voire même croît un peu, mais en fait fait c’est notre culture… Quelles que soient les sorties qu’on fait, on essaie de faire des disques que nous-mêmes en tant qu’amateur de musique on aimerait garder dans le temps. Et un CD ça se garde pas, un digital ça se bugue, et un LP ça se garde. On essaie de faire de la musique qui dure donc c’est le format qu’il faut pour ça.

Démarche très courageuse, vous êtes un des derniers labels qui résistent encore à sortir du vinyle…
Les quantités ne sont plus les mêmes forcément qu’à la création du label, mais le LP a de bonnes années devant lui. Il y a le côté magasin généraliste, notre musique n’est pas une musique qui se consomme et se jette, ce sont des disques qu’on vend sur le long terme aussi, donc on est plutôt contents.

D’où est venue l’idée de la création du label ? C’était le pari de vouloir enfin sortir les productions qui te tenaient à coeur, de ton entourage, les tiennes ?

En fait ça a commencé en 93-93 avec le label Rotax qui a été créé à Lyon, avec Teddy J, qui a maintenant le magasin « Galette Records » à Marseille ; Rotax a sorti des disques jusqu’en 2003-2004, et puis après, j’ étais à Paris, j’avais envie de faire autre chose, donc la création de Pusher, qui correspondait à la sortie du premier favorite et l’opportunité avec Lee Mc Donald de pouvoir rééditer quelques morceaux avec des pistes séparées, des remixes, c’était vraiment une volonté de faire de la sous-musique.

Tu gères en même temps Favorite et Pusher ?

Pusher représente une dizaine de labels qui sont distribués à peu près partout dans le monde. Il y a Hot Casa, qui gère le groupe Setenta, et des belles rééditions afrobeat, comme Brat & Gelbert, Blackman récemment, il y a une belle compilation « Ivory coast soul » qui reprenait un peu la scène ivoirienne des années 70, le label Trad Vibe, de DJ moar, et plein de petits labels qui n’ont pas des sorties régulières mais qu’on suit quand même, aussi le label Still Muzik, avec Quetzal qui avait sorti un album avec Onra « Tribute », Underdog, réédition Cortex, les Frères Smith, un peu affiliés à Comète, le labl de Tony Allen, et pleins de petits singles à côté….

favoriterec.com   //  pusherdistribution.com

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Part 2 : Patchworks l’homme de l’ombre, + le morceau « The best is yet to come » (Mr President Feat Hawa & Mr Day) – 7 mn

Mr President, pourquoi ce morceau nommé « Tribute to RZA » ?

Parce qu’il y avait des samples sur le premier album du Wu-Tang, notamment le morceau « Groovin’ » de Willie Mitchell, j’ai découvert ce mroceau via le sample du Wu-Tang. Je creuse un peu, je tombe sur le morceau original, et c’est vraiment ce que j’adore. Et tout simplement, le style d’orgue est très influencé par ce morceau de Willie Mitchel, donc voilà il y a une certaine forme de soul, c’est toute ma génération, on a découvert une partie de la soul via le Hip-Hop, RZA, des gens comme ça, A Tribe Called Quest ou DJ Premier, donc merci à ces mecs-là de m’avoir fait mieux connaître la soul, la musique que j’aime vraiment aujourd’hui, la base. Donc je fais du son old school, en hommage à un DJ contemporain…

Parlons de cet album, depuis combien de temps bossais-tu dessus, quel est le fil conducteur ?

C’est arrivé juste après un album de funk 70’s qui s’appelait Uptown Funk Empire. Je travaille par style, en fait, j’essaie de faire des albums thématiques, et là je me suis plus penché sur le côté rustique, plus crado et plus ancien de la soul, début 70’s, fin 60’s ; quand je fais des morceaux dans cette esthétique-là je les mets dans un petit tiroir, et quand le tiroir commence à déborder, j’appelle Pascal pour lui dire « ça y est, j’ai un album ».

Tu ne prépares pas l’album en tant que tel, mais au fur et à mesure du temps tu retrouves ceux qui ont un lien ensemble.

Voilà ; tu commences à avoir 4 morceaux qui te semblent cohérents, alors tu pousses la direction, puis après quand tu arrives à 7-8 morceaux tu te dis qu’il va manque ceci ou ça sur l’album, alors tu fais appel à untel ou untel pour venir t’aider au chant, ou simplement pour donner une cohérence à l’album, en voyant qu’il va manquer un downtempo, un uptempo, un truc un peu plus latin, tu vois…

A la base j’ai commencé ces morceaux sans même avoir choisi le pseudo. C’est Pascal qui m’a dit « ben là va falloir finir l’album, alors trouve un concept, trouve un nom, et puis on le fait ».

Double nom double concept, « Mr President – Number One » et si on regarde derrière « Mr Number, President One ».

ça c’est une blague du graphiste…

Hommage à Fela Kuti ?

Il y a des influences afro qui sont pas évidentes mais réelles sur ce disques, et « Number One » c’est pas que Fela Kuti, c’est James Brown, c’est tous ces gens-là. Tu me connais, tu sais que je suis pas forcément une grande gueule, mais quand je fais un disque j’aime bien que ça pète un peu, alors « Mr President – Number One », le titre est aussi prétentieux que l’individu essaie d’être modeste… mais j’aime bien les noms qui pètent, je vais pas m’appeler « P’tite fiote » sur un disque, ça ne m’ira pas… Mais à la base aussi quand j’ai choisi ce pseudo il y avait encore Georges Bush au pouvoir, c’était censé être ironique.

Il y a un lien avec « Mr Day » aussi non ?

Non, les deux Mr sont un hasard, en termes de pseudo il n’y a pas de lien, mais après Mr Day il chante 4-5 morceaux là-dessus, je co-produis son album avec lui, je suis son bassiste sur scène, c’est mon acolyte numéro un parmi les gens avec qui je travaille.

De quoi es-tu le plus content lorsque tu vois cet album ? Autant quand tu le regardes que quand tu l’écoutes ?

Le truc dont je suis le plus content c’est d’avoir fait se rencontrer là-dessus Mr Day et Hawa sur le titre « The best is yet to come », parce que non seulement je trouve que le titre est super, mais ce sont deux artistes, lorsqu’ils collaborent ensemble, c’est Nadal avec Federer, c’est du top niveau, et tous les 2 ensemble ça pète tout. C’est un truc dont je suis très fier, d’avoir fait la connection entre ces deux artistes.

Comment décrirais-tu cet album à un sourd ?

Je crois que la démarche est généreuse, c’est une musique souriante, mais pas naïve, les textes sont plutôt optimistes, mais ce n’est pas de la naïveté, je sais dans quel monde on vit, je sais que ce n’est pas facile, et par la musique on peut avoir un peu de courage ; je n’ai aucune prétention, mon disque ne va pas aider les gens à vivre, mais la soul musique est censée aider à vivre, ce n’est pas dark ni nombriliste, c’est généreux.

Part 3 : les actus du label, et un morceau de l’album d’Hawa « Trickery Shit » (10 mn)

Bruno Patchworks, à l’intérieur de Favorite tu as fait pas mal de choses, résume-nous ça…

J’ai produit le 1er album des Dynamics, mais pas le 2ème, j’ai produit les albums de Mr Day, avec qui je joue sur scène également, le nouvel album de Hawa, chanteuse lyonnaise qui est vraiment une soulsister formidable à tous les points de vue, aussi bien sur l’écriture que sur l’interprétation, je crois aussi être le remixeur N°1 sur le label… je suis très investi sur ce label….

Favorite qui a sorti une superbe mixtape par le biais de Suspect, d’où vient cette idée ?

Ce mix c’est pour toute la partie funk du label, histoire d’avoir un espèce de sampler, c’est parti de là, et DJ Suspect, vu qu’il tourne beaucoup c’était pas mal pour lui d’avoir des disques à vendre. Sorte de mixtape mixée façon Hip-Hop mais avec des morceaux soul et funk venant à 100%du label. Mais aussi parce que Funk League (Suspect et Jackson Jazz) ont un album paraître à l’automne 2011, et c’était un peu l’occasion de faire patienter, car entre-temps il n’y a pas eu beaucoup de sorties, donc ça a permis de continuer l’aventure Funk League jusqu’à la sortie de l’album en septembre.

Un bon Cd, très bonne tape avec plein de références que je ne connaissais pas, comme Trevor & Lisa…

Groupe Parisien, très bon groupe de P-Funk, c’est à peu près 10 personnes sur scène, section cuivres, ils ont fait deux 45 Tours et là ils sont en train debosser sur un album, mais ils ont tous un boulot à côté donc c’est pas fini, mais ça verra le jour en 2012…

Ca fait partie des projets de Favorite donc

Le mois prochain il y a une réédition d’un album assez obscur de soul d’un groupe de Philadelphie qui s’appelle Melton Brothers Band, un truc qui a été pressé à 250 exemplaires, donc assez rare à trouver, assez prisé par les collectionneurs ; je le réédite officiellement, ça a pris pas mal de temps, pas pour retrouver le gars mais pour avoir sa confiance afin qu’il lache les masters… En septembre, l’album de Dynamics, suivi de l’album de Funk League, qui sont deux projets complètement différents puisque Dynamics sont plus sur du reggae-roots, et les Funk League sur du Hip-Hop début 90 avec des featurings comme Sadat X, Large Pro, Gift of Gab, Diamond D; cet album défonce, ça va être un gros gros truc. Je pense que ça déclenchera pas mal de dates en France et ailleurs.

Le tout dernier projet, c’est donc la chanteuse Hawa, et son album « My little greenbox ».

Bon album de chanteuse, composé par Patchworks et écrit par Hawa; je suis vraiment content de ce disque, ce n’est que des chansons super abordables et pointues, parce que les amateurs casse-couilles de soul music super pointue adorent, et en même temps il y a un potentiel grand public dans ce disque qui est indéniable, et c’est également sorti en vinyle…

De toute façon, tout ce que vous avez fait, les 55 références, sont sorties en vinyles ?

Sauf la mixtape de Suspect, parce qu’une mixtape sur vinyle ça n’a pas de sens… De toute façon la mixtape reprend tous les meilleurs singles et maxis Favorite qui existent tous en vinyles, dans la partie funk-soul du catalogue. Après il y a des artistes comme Walter Mecca, Onra, yann Kesz, qui ont un son beaucoup plus electro, donc il y aura peut-être une mixtape qui reprendra ce style-là, avec un autre DJ, ce serait l’idée.

Suspect avait carte blanche ou tu lui as quand même indiqué quelques morceaux indispensables ?

Non, il est reparti avec son disque dur plein à craquer…