Son nom ne vous dit peut-être rien, mais vous connaissez sa musique, c’est une évidence ! Joueur de trombone hors-pair, Fred Wesley intègre le groupe de James Brown dans les années 60, pour qui il devient vite l ‘arrangeur principal de ses morceaux, puis le directeur musical. C’est donc lui qui a composé les fameux morceaux « Pass The Peas« , « Gimme Some more« , « Hot Pants« , entre autres, interprétés par James Brown et les JB’s. Un artiste mille fois samplé par des producteurs de Hip-Hop qui ont ainsi redonné une deuxième vie à certains de ses morceaux trop vite oubliés, et devenus maintenant de véritables classiques; nommons la fameuse B.O. « Black Caesar« , les albums « Breakin’Bread« , « Damn Right I Am Somebody« , « Food for thought« , perles rares de funk music. Sur sa lancée, il intègre le groupe de George Clinton, puis fonde dans les années 70 le groupe The JB Horns avec les saxophonistes Macéo Parker et Pee Wee Ellis; ces trois hommes étant inséparables, ils se retrouveront régulièrement entre autres projets personnels pour enregistrer de nouveaux albums. C’est d’ailleurs dans cette configuration que nous l’avons rencontré, après un superbe concert dans l’amphithéâtre de Vienne lors du festival de jazz version 2005.

Par: Whyninot ; traduction: Roger B

Peux-tu présenter ta carrière en quelques mots ?
Je suis Fred Wesley, j’ai commencé ma carrière comme tromboniste dans la tournée de Ike & Tina Turner, puis Hank Ballard & the Midnighters, Ray Charles, BB King, pour finir avec James Brown, d’ailleurs c’est lui qui m’a rendu célèbre, grâce au solo sur « Doing it to death », il m’avait dit : « Hit me Fred ! » (« Joue-moi un truc Fred ! ») ; puis j’en ai fait d’autres sur d’autres tubes de James Brown. J’ai joué avec des groupes de jazz aussi, Count Basie Band, Idris Muhamad, maintenant je joue quand je veux, je viens d’écrire un livre qui s’appelle « Hit me Fred ! » où je parle de ma carrière de musicien ; là je suis à Vienne en tournée avec mes amis, Pee Wee Ellis, Macéo Parker, on a fait un super bon show et j’espère qu’on en fera un autre bientôt.

Comment pourrais-tu définir ta musique ?
Ma musique est une combinaison de blues, jazz, Afro-Cuban, jazz fusion. Si tu écoutes mes récents albums tu entendras un peu de tout ça, il y a de tout, du Be-bop jusqu’au Hip-Hop, et tout ce qui se situe au milieu …

J’ai entendu que ton fils est producteur de Hip-Hop ? Est-ce que vous travaillez ensemble par moments ?
On a collaboré ensemble, il a réalisé des morceaux de rap sur lesquels j’ai joué du trombone. Mais tu sais le Hip-Hop c’est nouveau pour moi, je ne suis pas tellement dedans mais lui par contre il est à fond dedans ; c’est un très bon producteur mais il n’a pas eu encore beaucoup de succès mais ça ne va pas tarder, car il s’y emploie jour et nuit ; il travaille avec de bons rappeurs, il met tout son énergie, peut-être qu’un jour vous entendrez parler de lui. Il a réalisé deux morceaux sur mon album « Full circle » ; ça nous arrive de travailler ensemble mais je ne suis pas trop dans son monde musical ni lui dans le mien.

Comment s’appelle-t-il ?
Frederic Wesley Jr the Third, mais il se fait appeler Fred Vibe.

Pour faire sa musique, il s’inspire de ce que tu fais ?
Pas trop. Il s’inspire surtout d’autres artistes Hip-Hop, il écoute aussi beaucoup de jazz, beaucoup de choses des années 70, 80, il aime bien Earth Wind & Fire, mais aussi les JB’s et James Brown, mais ce n’est pas parce qu’il est mon fils qu’il n’écoute que ma musique, il écoute tout un tas de trucs différents.

Que penses-tu du sampling dans le Hip-Hop et la déclaration des samples ?
Le sample c’est un bon moyen pour les vieux artistes de se faire de l’argent frais… ça permet à des artistes oubliés de se faire encore de l’argent ; certains disques sont des fois épuisés, hors de la circulation, et malgré ça les producteurs de Hip-Hop arrivent à les dénicher, les sampler et faire un nouveau morceau avec. Du coup, tout le monde est content, les rappeurs, les managers, l’artiste samplé…ça garde les vieux artistes en vie et ça permet à la musique de passer d’une génération à une autre.

Qu’est-ce que le sampling pour toi : du pillage ou un hommage ?
Non ce n’est pas du pillage… Ils partent sur des bases qui ont déjà été posées. Nous-même à notre époque on n’utilisait pas de machine, mais on s’inspirait aussi d’autres artistes, Horace Silver, Art Blakey, BB King, Duke Ellington, Louis Armstrong, General Martin ; on faisait du neuf avec leur vieilles chansons, on ne le samplait pas, mais on utilisait ce qu’ils avaient déjà fait pour faire notre musique. C’est juste la façon de le faire qui a changé avec le sampling.

Que ressens-tu quand tu entends une nouvelle musique avec un sample de toi ?
Je pense à m’acheter une nouvelle voiture !…

Tu sais combien de titres on t’a samplé ?
Je ne sais pas exactement… Mais un paquet.

Un dernier mot ?
Si vous voulez en savoir plus, je viens d’écrire un livre qui s’appelle « Hit me Fred, recollections of a sad man », disponible aux Etats-Unis dans toutes les bonnes librairies ou sur le net, amazon.com, dans la rubrique « livres ». Voilà, merci beaucoup.