insightDJ, producteur, et surtout MC, peu d’artistes Hip-Hop peuvent se vanter d’être aussi complets, si l’on ajoute par-dessus tout l’aspect qualitatif du produit délivré… En effet, Insight travaille sans relâche depuis le début des années 90 pour aider le Hip-Hop à vivre dans un monde meilleu. Natif de la ville de Boston comme Guru (il avait failli intégrer à l’époque la Gangstarr Foundation), cet artiste hors-pair s’est fait connaître en multipliant les projets et par ses productions musicales dévastatrices, notamment pour Mr Lif, autre rappeur émérite de Boston. A l’origine de nombreux projets (Electric Company, Ysociety, Maysun Project, Soloplexus…) Insight est tout autant incisif lorsqu’il s’agit de prendre le micro : militant de la première heure pour les droits sociaux et humains, pour la liberté (cf « Maysun Project »), il se révèle aussi être un MC efficace et charismatique capable d’enflammer la foule à lui tout seul, notamment en multipliant les interventions accapella et sans micro !

C’est au moment de la sortie de l’album Targeting Zone Deluxe qu’Insight est venu à en concert à Chambéry ; sorti seulement au Japon sous le nom « Targeting Zone« , c’est le label français Ascetic Music qui a permis la sortie mondiale de cet album, qui contient notamment le joyau « Freedom of speech »; il semble réunir les différentes facettes de cet artiste et est le fruit de plusieurs années de recherche d’une certaine perfection musicale, puisqu’on y retrouve KRS-One, Electric Company, quelques remix et inédits. Rendez-vous sur www.insight.fm pour découvrir un peu plus cet artiste atypique.

Par : Wh?ninot ; traduction : Alan Rilax ; photos Live : NHK

Insight, pourquoi ce nom ?
Mon pote Curtis m’a appelé comme ça lorsque j’étais jeune car j’arrivais toujours avec plein d’idées et j’avais toujours quelque chose à dire. Un jour il est venu à ma porte : « Yo j’ai le nom parfait pour toi, Insight » J’ai parlé de ça dans mon morceau Freedom of Speech, où je fais un big up à Curtis : Il m’a donné ce nom car Insight (la perspicacité) a toujours une idée de plus à propos de n’importe quel sujet.

 

 

 

 

 

Tu as différents projets : Insight, Electric Company, SoloPlexus, et d’autres. Comment fais-tu pour gérer tout cela à la fois ?

Quand j’ai commencé, j’essayais déjà de trouver un équilibre entre mon boulot et ma musique, et au final je bossais plus de 40 heures par semaine. Donc quand j’ai quitté mon boulot, j’ai essayé de passer autant de temps sur ma musique. Et je ne pensais pas vraiment à la quantité de travail que j’abattais, car je faisais ce que j’aime. Mais quand je regarde en arrière, tout ce que j’ai fait depuis deux ans, je me dis « Damn !! ». J’ai fait au moins 20 ou 30 trucs… En fait je ne comptais pas, et je n’avais pas vraiment de but précis, je n’étais pas dans l’optique de sortir un certain nombre de titres… Chaque semaine j’étais productif.

Je voulais entendre certains trucs sur disques, je voulais faire un album avec un groupe de gens, car j’aime le son des MC qui passent l’un après l’autre. Alors j’ai monté un groupe qui s’appelle Electric avec 5 des MC que j’appréciais. J’ajoutais des MC un par un jusqu’à ce que le groupe soit complet, et lorsque j’entendis les morceaux j’ai fait : « c’est bon, j’ai fini, j’aime la façon dont les membres du groupe sonnent ensemble, maintenant je suis capable de faire un album avec eux. » ; ça c’était Electric, on a fait un album qui s’appelle Life’s A Struggle.

 

Puis j’ai bossé sur un autre album, avec un producteur au Japon, qui s’appelle Shin-Ski, et DJ Ryow, on a appelé ce projet ShinSight Trio. Au Japon il y a pas mal de jazz, ce projet devait sonner jazzy…

 

Puis j’ai bossé sur un projet avec un producteur qui s’appelle Damu The Fudgemonk, de D.C. Je l’ai rencontré quand j’étais en tournée en 2004, il était très jeune, il ne pouvait pas rentrer dans le club, alors il m’a passé un CD de beats. A ce moment il était en train de progresser, alors j’ai essayé de lui envoyer des retours par e-mails, et 4 ans plus tard il m’envoya un CD avec des beats, et tout sonnait bien mieux. Alors j’ai fait un projet avec lui, qui s’appelle Travel At Your Own Pace, jusqu’à ce que nous ayons un groupe qui s’appelle Y Society. Il a fait toute la production.

J’ai sauté quelques projets… J’ai aussi fait SoloPlexus. Sur ce projet j’ai fait les voix de 6 différents MC, et pour l’album j’ai maintenu 6 personnages différents…

Quelles sont les caractéristiques de ces 6 personnages ?

Ce sont 6 individus, l’un vient de conditions très difficiles, et a eu des opportunités… Un autre ne s’intéressait pas au Hip-Hop mais s’est mis à rapper avec son groupe… Un autre est assez agressif… Un autre est plus calme mais a une voix haut-perchée, et il s’intéresse plus au Hip-Hop underground… Un autre personnage est plus dans le délire du gangsta rap… Mais tout ces types sont potes, comme cela pourrait être dans la réalité. Tout le monde connaît quelqu’un dans sa bande qui aime de la musique que tu n’apprécies pas du tout, mais tu le vois quand même… Donc ce groupe de personnages représentent les différents types de personnes que je pourrais connaître… Et j’essayais vraiment de rentrer dans le personnage quand je rappais. Ce projet était marrant. Je ne pensais pas à quelque chose de précis lorsque je l’ai fait, j’étais juste en train de m’amuser.

Mais au début j’ai monté Electric car je voulais travailler en équipe, mais ensuite j’ai arrêté de travailler avec eux. C’est pourquoi j’ai fait SoloPlexus, car je me suis dit que je pouvais utiliser des logiciels d’enregistrement et faire 6 pistes pour 6 personnes différentes et faire un album, alors je l’ai fait.

Pourrais-tu nous parler un peu de l’un des projets les plus militants que tu as fait, peut-être, The Maysun Project ? Pourquoi avoir fait ce projet ? Quelles difficultés as-tu pu rencontrer ?

The Maysun Project était la somme de mes opinions politiques : je voulais exprimer des trucs, et peut-être que tout le monde n’était pas d’accord avec, mais je voulais que ça sorte, car je sentais que je devais le faire. Mais le problème c’est lorsque ce fut fait, je trouvais ça vrai… La musique était agressive mais ça représentait mes sentiments, le paysage sonore correspondait bien avec les vibrations que j’avais, spécialement à ce moment là. L’album sonne très intense, il y a beaucoup de tension dans les morceaux, qui te font te sentir mal à l’aise… Les trucs ne sonnent pas parfaitement, il y a beaucoup d’écho, les mixes ne sont pas très bons sur certains morceaux… Mais cela fait l’énergie plus pure… Le problème avec ça, c’était de trouver de la visibilité, la publicité et la distribution. Car ce n’était pas bien vu de dire : « Fuck Bush ! » à ce moment-là. Des fois les gens sont stupides, ils attendent que les choses se passent alors qu’ils pourraient éviter ces problèmes. Et cela rend les choses difficiles pour n’importe qui, spécialement si tu es un petit artiste indépendant, qui ça intéresse ? Mais pour moi cet album a pris du temps, j’ai du bosser en même temps pour pouvoir payer mon loyer. Ça a affecté ma vie ! Alors j’ai mis beaucoup dedans, et je n’ai pas pu en retirer beaucoup. Mais ensuite j’ai commencé à aller en dehors de mon pays, et Ascetic ont sorti Maysun Project. Ils furent les seuls à soutenir cet album. Ce fut une bonne expérience, qui m’a fait réaliser pas mal de trucs. Maintenant lorsque je délivre un message dans un morceau, je me rends compte que les gens s’en foutront peut-être, ce n’est peut-être pas le bon moment. Et ça fait chier parce que je pourrais avoir raison sur une chose, mais tu ne voudrais peut-être pas être le premier à relayer ce message. Je pense que si les gens ne sont vraiment pas d’accord avec ce que j’avais à dire dans cet album, ils l’écouteront peut-être, et cela influencera leur vision de moi pour toute ma carrière. Ils ne se souviendront pas de mes propos après que l’Amérique aura reconnu ses torts, ils ne se souviendront pas d’Insight. C’est dur, c’est ce qui s’est passé avec cet album.

Que signifie Maysun ?

Les francs-maçons (freemasons) forment une société secrète, et à certains niveaux de cette organisation on ne sait vraiment pas ce qui se passe. Tout est secret, ils savent ce qui se passe, pas nous. Certains aspects ont trait à la théorie de la conspiration. Mais je pense qu’aux plus hauts échelons ils partagent des secrets qui affectent tous les autres francs-maçons, le pays, voire le monde entier. Et beaucoup d’entre eux sont impliqués à tous les niveaux de la société, notamment en politique. Et même dans une guerre, les deux camps font peut-être partie du même groupe. Ils ne sont pas réellement en guerre mais les gens s’entretuent. C’est là qu’est le problème. Ce n’est pas la conspiration, mais c’est que les secrets qu’ils partagent affectent les gens normaux qui ne sont pas au courant de ce qui se passe, et qui ne savent même pas comment ces gens là peuvent avoir de l’influence sur eux. Ce concept coïncide avec celui de l’album, je l’ai écrit différemment car l’album ne parle pas seulement des francs-maçons. C’est le concept du secret, de ne pas savoir le fin mot de l’histoire, mais aussi de s’interroger sur la réalité des choses. J’ai pensé que ce nom serait bon.

Parlons de ta musique. Nous t’avons vu sur scène, avec ton propre logiciel… C’est assez original, peux-tu nous expliquer un peu ce qu’il en est pour les gens qui ne t’ont pas vu sur scène ?

J’essaie de faire tout sans fil, je contrôle tout le concert depuis n’importe où. Je peux rajouter des effets sur les voix, sans fil. Et tout est automatisé, je peux mettre des vidéos, synchronisées avec la musique. Pour ce qui est des logiciels, j’ai fait de la programmation, donc je programme mes propres logiciels de musique, mais aussi d’autres logiciels en dehors de la musique. Dans un langage qui s’appelle C, ou C++. Et ça fait quelques années que je fais ça. C’est de la science informatique mélangée à de la musique.

Je suis en train de développer un logiciel de musique pour les producteurs qui aiment travailler sur des machines. Et ça me concerne, je n’aime pas utiliser des logiciels pour créer de la musique. Quand tu habilles un logiciel informatique, tu essaies de créer une solution. C’est cette solution que j’essaie de trouver en programmant. J’ai des mauvais à priori à propos des programmes informatiques, et j’essaie de créer un logiciel qui éliminerait ces trucs que je déteste dans la MAO (Musique Assistée par Ordinateur). J’essaie de comprendre pourquoi j’aime faire de la musique sur des machines, car après tout, les deux sont des ordinateurs. La seule chose qui diffère, par exemple pour la MPC, c’est que c’est une boîte différente, il n’y a pas de clavier, on ne sert pas d’une souris. Tu as juste besoin de taper directement sur la boîte, au lieu de regarder un écran. Mais pourtant il y a un écran, il y a un petit ordinateur, il y a un petit écran. C’est vraiment la même chose, c’est un truc psychologique. Nous ne sommes pas habitués à utiliser un clavier, car nous n’aimons pas avoir le sentiment de se retrouver en face d’un autre système. Nous voulons un système qui soit seulement basé sur la musique. Nous ne voulons pas d’un système qui est basé sur les e-mails, et juste envoyer des messages entre deux individus sur internet, ce genre de système n’inspire pas cette communauté de producteurs de la même façon que le fait la MPC.

Ma solution est compliquée, je ne veux pas tout dire car si ça se trouve quelqu’un va me piquer l’idée. (rires) Mais je peux vous dire que ma solution s’intéresse à pourquoi on aime les machines, et pourquoi on n’aime pas un clavier et une souris. Là est la solution. Ou bien, qu’est ce qui excite dans le fait d’utiliser un clavier qu’une MPC ne peut pas faire. C’est ça le truc. Les deux ont un écran, mais pas forcément un clavier. L’un a des boutons que tu peux frapper, tu ne peux pas frapper sur un clavier. L’un a une souris, l’autre n’en a pas vraiment. Ça répond à quelques questions, quand tu fabriques un logiciel, est-ce que tu as vraiment besoin de programmer les commandes à la souris ? Et bien tu devrais, car tous les logiciels sur ordinateur le font. Mais tes programmes devraient être fait en sorte que tu n’aies pas besoin d’utiliser la souris. Fuck the mouse. Parce qu’avec une MPC, tu as juste des boutons. Maintenant il faut que tu changes le concept du clavier. Qu’est-ce qui va éliminer ce concept du clavier ? Il y a déjà pas mal de parties du logiciel que j’ai déjà faites, je ne peux pas t’en parler maintenant. Mais j’adore l’utiliser, c’est taré (rires) Mais ce n’est pas encore assez bon pour… Avec les logiciels tu peux avoir une super bonne idée, mais si tu écris des programmes désordonnés, tu vois que ça fait chier. Tout le monde s’en fout car il y a d’autres logiciels qui peuvent tout faire. Donc j’essaie de progresser en programmation afin que mon logiciel soit aussi capable de faire tout ce que font déjà les autres, mais avec ma façon de faire. J’ai débuté sans connaissances du tout et j’ai tout appris moi-même, alors je pense que c’est plus facile pour moi d’avoir une approche novatrice des interfaces de logiciels de MAO. Je ne reproduirais aucune erreur car c’est ma première expérience dans cette industrie. Je veux dire, j’ai programmé un séquenceur musical, il y a 6 mois, puis j’ai arrêté, car je ne voulais pas qu’il soit seulement compatible avec les PC. J’essaie maintenant de faire en sorte que tout soit le plus compatible possible, pour n’importe quelle plateforme. Voilà, c’est ce que je fais.

Pour revenir à l’aspect musical de ton oeuvre, si ta musique était un film, quel en serait le scénario ?

Si ma musique était un film… Je serais debout au milieu… et tu verrais… des choses folles se produire. Peut-être tu verrais une tornade, des ouragans, puis tu verrais ces ouragans en train de détruire tout sur leur passage, les bâtiments, arrachant les arbres du sol… des coulées de laves retombant des volcans, puis je marche, je me rapproche, je marche vers la ville, tout est bousillé, en morceaux partout sur le sol, soudain des tremblements de terre, d’immenses crevasses se forment… puis il se passe quelque chose avec la gravité, les pierres se détachent du sol et se mettent à flotter… (rires), puis je sais plus… tu sais…

J’utilise les rimes dans un sens créatif… je rappe comme je peins… je créé des tableaux, avec des mondes dedans, je fais en sorte que les gens puissent sauter dedans, qu’ils puissent ressentir ce que je fais. Je ne leur demande pas de tout comprendre, mais ils peuvent le ressentir. Tu peux ressentir l’énergie, la passion, et des fois tu comprends des mots, certaines des images que j’ai peintes, les phrases que je dis… Mais le sentiment est important, l’intensité. C’est ce que travaille avec les rimes. Avec certains types de rimes, quand le point de la rime est dynamique, avec beaucoup de mots, j’appelle ça Speech Puzzle. Freedom of Speech est un Speech Puzzle, j’en ai un autre… …(rires) J’essayais de me rappeler son nom mais en fait je me rends compte qu’il s’appelle justement Speech Puzzle. Métaphores et rimes ensemble pour peindre un tableau. C’est ça, ça me fait penser à des films comme Le Seigneur des Anneaux, des trucs énormes… mais écrits en une phrase. Toute l’idée, ou bien le sentiment, au summum, dans une phrase. Mais il y a aussi l’autre côté, où je ferais plutôt un morceau sur un sujet particulier. C’est les deux faces de ce que je fait.

Il y a déjà quelques dizaines d’années les jazzmen disaient déjà qu’ils trouvaient plus facilement une reconnaissance en Europe, penses-tu que l’on peut également observer ce phénomène pour le Hip-Hop, sachant que aujourd’hui tu passes la plupart de ton temps en Europe ?

Je pense que ces deux musiques sont issues d’un combat. Le Blues, le Jazz, le Folk, toutes ces musiques proviennent de la lutte contre la ségrégation et ce qui se passait à l’époque. Certaines de ces choses ont construit ces musiques, sans cette lutte la musique n’existerait pas de la même façon. Même le Hip-Hop aurait été différent sans cette lutte. A propos de l’Europe, et de son soutien pour ces musiques, je pense qu’il s’est passé la même chose pour le Hip-Hop que pour le Jazz. Mais aujourd’hui les choses sont différentes avec tous les moyens de communication. Pour la sortie d’un album par exemple, même si je suis à Berlin sur un terrain de basket, un type peut arriver avec sur son MP3 un album qui vient de sortir aux States. Un mec sort un album là-bas et cinq minutes après ce gosse l’a sur son portable. Donc ce n’est pas la même chose que ce qui se passait avec le Jazz. Maintenant le monde est plus connecté avec Internet, donc je pense que cette philosophie n’affecte pas le Hip-Hop aujourd’hui.

Ma question était plus par rapport au public, est-ce que tu penses que le public européen est plus réceptif, plus ouvert qu’aux Etats-Unis ?

C’est ce que je disais, c’est en train de devenir la même dans le monde entier. Vivant à la fois ici et aux Etats-Unis, je pense que le public est plus réceptif en Europe, pour répondre à ta question. Il est plus réceptif, mais peut-être est-ce seulement en apparence. Car aux Etats-Unis je peux trouver de bonnes scènes Hip-Hop, de bonnes scènes underground, mais au milieu du reste tu ne les vois pas. Mais en même temps je pense que c’est la même en France, car quand je regarde les grand médias en France je vois le même but, mais par contre je vois quand même des artistes intéressants sur les grands médias, là il y a une différence. Mais je pense que le monde va dans la même direction. Il y a cinq ans en France le Hip-Hop était différent, la même en Allemagne où c’est en train de changer… Plus tard la communication sera encore tellement plus développée qu’ils s’en foutront si ça vient de France, de Londres, de New-York. Aujourd’hui New-York n’a plus grand chose à voir avec le Hip-Hop. Je me souviens du temps ou si tu venais de n’importe où en-dehors de New-York tout le monde s’en foutait. Aujourd’hui c’est différent, tu as tous ces artistes d’Atlanta, de Californie, de DC. Par exemple j’écoute des groupes de Jazz au Japon qui sont impressionnants, et tu ne sais pas d’où ils sortent. J’écoute des groupes Soul du Royaume-Uni qui sonnent exactement comme ces groupes américains des années 70. Ils ont des groupes de Funk et ils recréent les vibes là-bas à Londres. Tu vois ce que je veux dire, en France c’est la même, il y a des groupes de Funk qui t’en mettraient plein la vue. Mais tu peux aussi observer les autres aspects du Hip-Hop, comme les Breakers. Les Breakers ont commencé aux Etats-Unis mais aujourd’hui les meilleurs se trouvent en Allemagne, à Porto Rico, au Japon, partout, à Lyon, partout… Les Djs, tu as des groupes de Djs, qui sortent des disques partout. Donc si tu observes les autres éléments du Hip-Hop, les gens regardent déjà ce qui se passe ailleurs. Et les grands médias ne vont pas faire ça, car ils sont basés sur le profit, ils ne vont pas laisser quelqu’un leur faire perdre de l’argent. Et c’est le seul aspect du Hip-Hop que son public ne contrôle pas. On ne contrôle pas les disques, on ne peut que subir ça. Les corporations dirigent le Hip-Hop, c’est le seul secteur que l’on ne contrôle pas, et qui bousille tout. Ils ont arrêté de soutenir le Hip-Hop conscient, et ils ont permis à des groupes plus violents de passer à la radio. Cela a changé la direction du Hip-Hop, et a provoqué la fin de groupes comme Tribe Called Quest, Public Enemy, Run DMC, pour amener des groupes comme NWA, Ghetto Boys, tous ces trucs qui nous amenés où nous sommes aujourd’hui. Mais j’adore NWA, j’adore Ghetto Boys, mais j’adore aussi Tribe Called Quest, j’adore Public Enemy. Mais ils ne correspondaient pas aux plans des gros labels qui ont provoqué ce changement de direction. C’est pour ça qu’on en est là aujourd’hui.

Au moment de la création musicale, est-ce que tu préfères composer ou sampler ?

Ce n’est pas très important, ça dépend de mon état d’esprit sur le moment. Si je sens plutôt de prendre des instruments, je le fais. Et d’autres fois quand je produis je sens qu’il manque quelque chose, alors je ne fais que l’ajouter, tu vois. Mais si je me sens la flemme, alors je fais le flemmard. Quoi que je fasse, j’ai envie de le sortir, et donc je fais en sorte que ce soit un morceau achevé. Je pense que pour moi c’est une situation particulière car j’ai toujours fait la plupart de mes trucs, et je laisse toujours tout allumé dans mon appart. Les sampleurs sont toujours allumés, les instruments sont toujours allumés, les ordinateurs sont toujours allumés. A n’importe quel moment, si je sens que je dois scratcher, les platines sont toujours allumées. Alors quoi que je fasse, c’est toujours prêt à être rajouté, quoi qu’il sorte des enceintes. C’est mon approche de tout cela.

Ta musique a beaucoup d’influences de la Soul, du Jazz. Est-ce dans tes projets d’intégrer des musiciens sur scène ou penses-tu que ton show solo est déjà bien comme ça ?

Insight, the Targeting ZoneJ’ai eu un groupe, en fait j’ai eu plein de groupes par le passé. Mais tu sais les groupes sont plus durs à garder en place, chaque fois que tu ajoutes une personne tu as de nombreux réglages à faire, et pleins de trucs deviennent plus compliqués. Et puis tu as le problème de : sont-ils cools ? Est-ce qu’ils vont bien s’entendre avec toi ? Et puis, est-ce qu’ils sonnent bien ? Est-ce qu’ils travaillent bien en groupe ? Est-ce que tu peux lui faire confiance ? C’est les problèmes que tu rencontres quand tu montes un nouveau groupe. Quel est leur but à long terme ? Est-ce qu’ils ont prévu de faire un album et de se barrer, est-ce qu’ils détestent ce que tu fais ? Est-ce qu’ils sont jaloux, et ils sont juste là pour faire quelques morceaux ? Tu ne sais pas, et c’est le problème que tu dois te poser avec le groupe. J’ai essayé de travailler avec beaucoup de gens par le passé, j’ai eu plein de groupe. Mais c’est comme si je devais plus me concentrer sur la construction de bases solides. Je pense que j’ai déjà pas mal de choses à offrir avec mon show, je passe beaucoup de temps dessus, et je pense que les gens devraient voir mon show. Il n’y a pas encore grand monde qui l’a vu. Et je pense que c’est un truc différent, unique, et je pense que je mérite de voir comment les gens peuvent apprécier mon show. J’aimerais beaucoup travailler avec d’autres musiciens. Est-ce qu’ils aimeraient la bouffe française quand on viendrait en France ? Est-ce qu’ils diraient : « Je déteste la France, je ne veux pas ceci cela… » J’ai l’esprit ouvert, je m’en fous de me dire que je suis en France, je vais trouver des trucs que vais aimer. Je suis en Allemagne, je n’aurais jamais pensé que je puisse être là-bas. Ca ne me pose pas de problème étant donné que suis ouvert et que je suis tout seul, Mais si tu ajoutes une personne de plus alors tu dois penser à tout ça. Déjà quand on est deux, c’est compliqué, alors avec un groupe c’est quasiment impossible. Tu as besoin d’un manager, car c’est peut-être seulement comme ça qu’ils t’accompagneront. En ce moment je prends cela comme une bénédiction, je peux faire ce que je veux, je n’ai pas de problèmes, j’ai un bon set, je peux mettre toute ma passion dedans. Il n’y a personne pour se disputer avec moi, pas d’embrouilles comme j’ai pu en avoir par le passé. Aujourd’hui je m’en rends compte, mais je dois me persuader que je ne suis pas égoïste en faisant la promotion de ma musique. Car je suis tellement contre l’égo. Je n’aime pas les artistes qui ont tellement la grosse tête que ce sont des connards. Je n’aime pas ça. Je reste tellement loin de tout ça que des fois j’en oublie… Je ne prends pas la grosse tête quand je fais la promo de ma musique. Voilà où j’en suis aujourd’hui, il faut que j’arrête de me persuader du contraire, je dois parler aux gens de ce que je fais. Je dois leur dire : « Hey, j’ai un bon spectacle, j’ai passé du temps à le monter, je veux que vous le voyiez » Il faut que je sois plus comme ça maintenant, car avant je ne l’étais pas. Avant je faisais plutôt : « OK, je vais faire en sorte que tout le monde ne sache pas que c’est moi, on peut faire ça en équipe… » Fuck it, si on est tous membres de la même équipe, pourquoi est-ce que vous ne voulez pas que les gens connaissent mon potentiel ? Moi je veux qu’ils connaissent le vôtre, je veux que tout le monde puisse trouver sa place. Mais je n’ai pas pu trouver de solution à cette situation. Alors maintenant je fais mon propre truc.

Tu as des origines caribéennes, comment cela a-t-il pu influencer ta musique ou tes textes ?

Je crois que mes expériences ont été différentes. Quand j’ai grandi, et parce que je venais des Antilles, des Iles Vierges… Les Noirs Américains… Ils ont eu l’occasion de me dire des trucs de taré quelquefois. Et puis il y a l’autre côté, je veux dire à côté de tous les problèmes que j’ai pu avoir avec toutes les autres cultures, ils m’appelaient « immigrant »… Cela a donné lieu à différents types de situations… Ce que ça m’a apporté… J’ai du prendre du recul par rapport à moi-même, et me démerder mieux tout seul. Je ne voulais passer pour le noir ignorant, pour celui qui ne respecte pas ces propres origines, mais là je généralise… toutes ces expériences m’ont appris beaucoup de choses, et j’ai pu m’en inspirer pour ma musique. Mais au final, je ne parle pas des mêmes expériences, ni de la même façon. Peut-être que sans cela j’aurais fait du Hip-Hop comme celui que tu peux entendre à la radio. Sans cela je ne serais pas devenu la même personne. J’aurais rappé comme tous les autres, car j’aurais grandi dans le moule tout du long. Au lieu de cela je me suis interrogé, j’ai analysé… quelle route serait la meilleure à prendre. Je suis toujours resté digne, je ne sacrifierais pas ma dignité pour une carrière. Tout cela m’a appris à me présenter d’une façon plus respectable, éviter tout ces stéréotypes… J’essaie d’établir une sorte d’exemple, je suis un rappeur, oui je rappe, oui c’est ce que je fais, mais je ne suis pas le style de rappeur que tu vois à la télé, je suis aussi dans la science informatique. Je balance des rimes, mais je sais aussi comment développer un logiciel sur lequel tu feras de la musique ! Cela tue dans l’œuf toute éventuelle généralisation qu’auraient les gens à propos de quelqu’un qui fait du Hip Hop. Provenant des Antilles, cela a fait de moi ce que je suis. Et pour les Antillais c’est très important d’avoir une voie à suivre, tu peux faire de la musique mais tu dois avoir une voie, apprendre la chimie, la sidérurgie, la mécanique, il faut que tu ais ta voie. C’est très important de savoir un métier, mais ils ne sont pas vraiment fan de l’idée de devenir artiste. Un artiste suit un rêve, ce n’est pas un vrai travail pour eux. J’ai eu cette mentalité de devoir travailler, mais je n’ai pas cette mentalité qu’être un artiste n’est pas un travail. Je travaille dur en tant qu’artiste. Je pense que ça vient de là…

Quelle sera ta prochaine étape dans la musique ?

En ce moment je fais pas mal de remix, des albums remixés, et j’ai produit des remix pour un projet avec Nas, et un autre avec Common, avec qui je continue de faire des remix pour montrer nos nouvelles productions. J’ai aussi un projet avec Count Bass D que je suis en train de réaliser en ce moment, un autre Maysun Project, et un autre album d’Insight. C’est à peu près tout ce que je fais en ce moment. Et à côté de ça il y a bien sûr un peu de hasard, pas mal de morceaux par-ci par-là, mais je pense que c’est tout.