C’est avec plaisir que l’on voit revenir Kohndo avec un nouveau projet nommé «Soul Inside» : entouré de certains membres du Velvet Club et sur tout l’album par de nombreux MC et musiciens, Kohndo délivre un album qui semble parfaitement le personnifier ; le premier morceau éponyme «Soul Inside» Feat Melodiq présage en tout cas un album à la hauteur de l’attente. Après La Cliqua, deux albums solos, plus de trois ans de scènes écumées avec le velvet Club, une participation au projet Music’all avec notamment Oxmo Puccino, Busta Flex ou Casey, Kohndo a pris le temps de faire mûrir ce projet qui laisse la part belle aux musiciens. Retour avec l’intéressé sur un parcours solo trop discret pour le rester.

Commençons par ton parcours, tout le monde ne connaît pas forcément Kohndo, mais plutôt le nom de La Cliqua..
Peut-être trop par rapport à ma carrière, je commence à avoir une carrière qui a 15 ans, aujourd’hui La Cliqua représente mes 5 premières années ; avant j’avais un groupe qui était aussi dans La Cliqua, à savoir Coup d’Etat Phonique, j’ai commencé à rapper à l’âge de 13 ans, dans mon immeuble il y avait Zoxea au 4ème étage, moi au 5ème, j’ai appris à rapper à des gens comme L.I.M., j’ai eu pas mal de gens qui sont passés dans nore école ou dans notre clique, c’est vrai qu’au sein de Coup d’Etat Phonique il y a eu des gens un peu plus connus comme Booba, qui a commencé en tant que danseur, et qui étaot plus le disciple d’Egosyst, ça fait partie des gens qui j’ai eu le plaisir de voir grandir de devenir superstar aujourd’hui. Moi pour ma part j’ai toujours eu cet esprit très Native Tongue, très soul music, tout simplement parce que j’ai découvert la musique par le biais de ma mère et elle a eu la bonne intelligence de me faire biberonner des choses comme Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Diana Ross, Chief Ebenezer, pas mal de trucs en afro-funk, afro-soul, Fela, tout ça, j’ai donc un patrimoine culturel assez intéressant, pour le coup je remercie ma famille, mes parents,… Tout ça m’a nourri, m’a amené à faire Coup d’Etat Phonique, avec Egosyst, Raphaël, Lumumba, ensuite La Cliqua avec Rocca, Daddy Lord C, Chimiste, JR Ewing, Gallegos, on s’est fait une reformation à Lyon en 2008 par le biais de l’Original, … En sortant de La Cliqua en 97-98, parce qu’on avait des égos de dingue, on avait des fortes personnalités…

Quel est pour toi le meilleur souvenir de cette époque ?
Je pense que les meilleurs souvenirs, excusez-moi du peu, c’est 101.5, Radio Nova… A chaque fois on se retrouvait là, c’était assez fabuleux, parce que je sais pas si ça pourrait encore exister, à savoir des mecs qui se retrouvent dans une émission de radio à freestyler, à avoir le téléphone qui sonne à en faire péter le standard, et que ça nous enclenche des scènes, on s’est retrouvés à faire la première partie d’Arrested Devlopment à l’Olympia, la première partie de House of Pain à l’Olympia aussi, ça a vite embrayé avec des scènes à La Cigale, et c’est vrai qu’il y avait toute une effervescence… Ouais pour moi c’est les meilleurs moments, les freestyles radio où il y avait une communion, j’avais conscience d’être peut-être dans la meilleure team de MC, à chaque fois que j’écoutais Rocca rapper, Daddy rapper, Egosyst et Raphaël, je me disais « Putain, qu’est-ce qu’ils rappent bien ! », je prenais plaisir à les écouter

Entre la Cliqua et Time Bomb, l’équipe de D. Abuz aussi….
Autour de nous il y avait 2 Bal 2 Neg’, Lunatic, Less du 9, Time Bomb traînaient beaucoup autour de Rocca aussi, c’était les mecs de Châtillon, c’était assez marrant il y avait beaucoup beaucoup de monde, enfin en tout cas beaucoup de qualité.

Après l’album de La Cliqua, tu en profites pour démarrer une carrière solo, et c’est là qu’on connaît peut-être moins le Kohndo en solo, avec quand même 3 albums à ton actif, plus quelques maxis, ça commence avec « Prélude à l’Odyssée ».
J’ai fait en fait une série de petits formats sur lesquels je me suis un peu testé, j’avais besoin de prendre mes marques en tant qu’artiste solo, c’est-à-dire qui je suis où je vais, ce que j’ai envie de faire dans la musique, dans le rap, donc j’ai fait « Prélude à l’Odyssée » qui présage bien ce que va être mon style et ma vision du Hip-Hop, à savoir que j’ai envie d’en faire un art, tu as des morceaux comme « Mon nom en autographe » produit par Lumumba, qui est vraiment super violent, si un jour vous avez l’occasion de l’écouter. Après il y a « Jungle Boogie » qui est crédité à mon actif mais qui est réellement produit par DJ Caserio qui est en fait le DJ de la Umma, qui hélas, la veille de rentrer en studio, il a fait une dépression nerveuse et il voulait arrêter sa carrière de producteur, et il m’avait demandé de prendre ses instrus à mon nom ; c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un qui avait peur du succès à l’époque et qui justement aujourd’hui est dans la place et vraiment excellent ; je tiens vraiment à le dédicacer pour tout son travail qui était vraiment puissant. Après ça j’ai travaillé avec DJ Poska et toute son équipe de « What’s the flave », c’était « J’entends les sirènes » où je faisais un des premiers « bounce » et double time du rap français, c’était assez étonnant de me voir dans ce registre-là mais je sais le faire …(rires) et après avoir expérimenté tous ces styles-là j’ai eu envie de faire mon premier album qui s’appelle « Tout est écrit » où là vraiment je suis au coeur de mon art, où là tu as toutes mes influences soul mes influences jazz, tout mon travail que j’ai pu faire au niveau du phrasé, des textes aussi….

Vers 2003 une signature chez Ascetic chez qui tu sors 2 albums solo.
Ce n’est pas tant que j’ai signé chez Ascetic, c’est qu’à l’origine d’Ascetic Music il y avait moi, Amine et son frère à avoir la volonté de monter un label tout simplement. Amine qui avait monté lemagazine « Real » sur lequel j’étais chroniqueur, c’est comme ça qu’on s’est connus, et c’est vrai que j’ai toujours été hyperactif à chercher des plans, il me fallait une structure, Ascetic à l’époque était une association et on a réussi à trouver un deal chez Nocturne pour faire ce premier album qui a été fait avec des bouts de ficelle mais qui reste un album de qualité, c’est mon vrai premier disque, il y a 10 ans de ma vie, ça me fait vraiment quelque chose quand j’entends « Prélude à l’odyssée » parce qu’à l’époque les gens ne se rendaient pas compte de la valeur de ce disque-là parce qu’on attendait vraiment que je sois dans un registre « Cliqua » et moi j’avais vraiment mon univers à proposer, mon flow, ma vision musicale et les gens étaient assez surpris de m’entendre soul-jazz, alors que dans La Cliqua on était déjà soul-jazz si t’écoutes les samples mais c’était juste plus nerveux, et moi j’étais moins nerveux que ça, j’étais vraiment tout en finesse, tout en flow, tout en fluidité, dans mon écriture aussi c’est ce que j’essayais de montrer parce que ce qui m’intéresse c’est les gens, les humains, l’amour, le regard, l’avis que tu peux avoir sur le monde, c’est ce que j’ai toujours essayé de développer, d’écrire, avoir une écriture un peu universelle, donc les gens étaient un peu surpris de ce décalage-là, ils me découvraient, et pour ceux qui ne me connaissaient que de La Cliqua, hélas, le rap français prenant aussi une autre direction que celle que j’avais empruntée, je suis devenu plus confidentiel.

Pour quelle raison, comment tu expliques ça justement, alors que musicalement c’est bon, lyricalement c’est bon, quelles sont les difficultés à ce moment-là pour produire sa musique, voire la distribuer, qu’est-ce qui manque ?
Pour que la qualité atteigne le public il faut une équipe, moi j’étais seul, il y avait Amine et moi, sachant que moi je prenais une grosse partie du taf quand même, j’allais au turbin, en même temps j’aurais plu faire plus, mais à l’époque j’avais un taf à côté, je ne faisais pas que du rap, c’est-à-dire que pour moi la musique est une extension de ce que je suis, et je ne voulais pas non plus que ça devienne un travail à l’époque. Donc peut-être que j’aurais dû me battre un peu plus, plus défendre mon steack mais en même temps quand tu sors d’un super groupe comme La Cliqua que tu te retrouves tout seul, hélas, des portes qui tétaient ouvertes avant se referment, mais je trouve que ça éduque vachement, ça te rend plus humble plus modeste, ça te donne envie de faire des choses nouvelles, ça te permet d’avoir une autre vie, un autre regard sur ta musique et sur le monde.

Comment expliques-tu justement que les portes se ferment avec le passé et le nom que tu avais ?
Aujourd’hui j’ai les portes qui sont grandes ouvertes, il faut dire qu’après « Tout est écrit », où il y a eu un très bon travail qui a été fait au niveau de la presse, pour le coup Amine avait fait un super boulot, mais c’est vrai que j’éai été chroniqué dans le Parisien jusque dans Libération, avec le Velvet on est allés en sélection Printemps de Bourges 2007, on a fait énormément de festivals de jazz, au niveau de ma carrière c’était pas mal, j’ai un beau palmarès… Après, passer de l’underground au maintsream c’est une autre paire de manche et ça dépend vraiment d’uné équipe, Jay-Z il a démarré un peu comme moi en vendant des trucs à l’arrière de sa voiture, et parce qu’il avait 5-6 gars derrière qui croyaient en son projet en en lui-même, plus quelques investisseurs à un moment il est rentré en distribution chez Sony, ensuite Def Jam, puis voilà… C’est un parcours de vie aussi, je considère que l’âge que j’ai aujourd’hui par rapport au rap, je suis un jeune artiste mature mais si par exemple j’étais dans le domaine du rock, à 30 ans tu sors de ta phase d’apprentissage et tu deviens juste un artiste, c’est ce que je suis aujourd’hui et je voulais prendre ce temps-là, et ça fait de moin un artiste de meilleure qualité, je sais pourquoi je rappe, quand je prends le mic et que je viens sur scène je sais ce que j’ai à faire à offrir à donner, j’ai eu le temps de mûrir ma formule, ça fait un artiste original, quelqu’un qui a du bâgout, qui a du style, ça fait 4 ans que ma carrière a commencé…

Troisième album « Deux pieds sur terre », comment tu as négocié le virage du troisième album si pour toi « Tout est écrit » était le meilleur ?
Pour moi je considère que « Tout est écrit » était mon premier album, avant c’était du laboratoire, c’est juste je teste mon style. « Tout est écrit » c’était sérieux, je jouais ma vie. Après « Deux pieds sur terre » c’est encore autre chose, c’est un coup de pression pour moi, parce que la vraie question, c’est une fois que tu as mis 10 ans de ton histoire dans 15 morceaux, qu’est-ce que je vais raconter maintenant ? « Deux pieds sur terre » c’est ça, j’ai encore des trucs à raconter, j’ai encore une vision de mon phrasé de ma musique, j’ai encore des expériences qui m’attendent. Je trouve un mec qui est Burkinabé, sa femme vit à Détroit, il me voit dans mes concerts, notamment avec l’équipe de Hip-Hop Résistance, il me voit au concert de Edo G., je suis en train de freestyler avec Edo G. et Guilty Simpson, et il me dit, « Attends ton truc est super sérieux, tu peux pas rester en France, viens je t’invite à Détroit, j’ai des potes dans le son, je pense que tu vas trouver ta place là-bas ». Donc je prends l’avion je vais à Détroit, je vais dans un studio je rencontre un mec qui s’appelle Joey qui me dit qu’en tant qu’ingénieur du son il a fait le premier album d’Aliyah avec Timbaland et il me montre son disque d’or avec Aliyah sur ses épaules, il a été 12 ans guitariste d’Alexander O’Neal… Grosse expérience de vie. C’était aussi une des premières fois que j’ai décroché mon téléphone parce que je kiffais le boulot de 20Syl, je l’ai appelé pour lui dire que j’avais envie d’une prod, il me dit « Ouais passe à Nantes », j’arrive à Nantes on fait le morceau « Dis-moi ce qu’elles veulent », et quand je fais un album je laisse toujours un « factor X », je ne finis pas tout, je ne finis jamais tout avant le studio, on ne sait jamais ce qui peut arriver, j’ai toujours fait comme ça. Je lui dit « Là je vais à Détroit, il n’est pas fini mais je le prends comme ça, on verra ». Pendant que je suis en train de mixer l’album, Joey l’ingé qui écoute ce morceau qui me dit « C’est dope ce morceau ! Tu veux pas faire un morceau avec Slum Village ? C’est des potes je les appelle ! » Il les appelle et il leur dit« Je suis avec un frenchy, je sais pas ce qu’il dit mais il rappe, putain, le gars ! ». Tout d’un coup on se négocie ça au téléphone, moi je devais filer à New York quand je reviens ils étaient passés et j’avais un morceau qui était posé. On continue le factor X, Joey me dit « Attends, Dwele c’est un cousin je suis sûr qu’il aimerait ce morceau-là…. » Le truc s’est fait comme ça tu vois, et c’est complètement fou. Il fallait que je finisse le mix on était en hiver, j’avais froid, j’étais tout seul, en tête-à-tête avec cet ingénieur du son qui m’a vraiment appris beaucoup de choses en plus parce que moi j’ai toujours eu cette passion du son, j’ai beaucoup mixé, donc j’ai fait un peu de masterclass là-bas avec ce gars, et « Deux pieds sur terre » est né, plus la rencontre avec Insight qui s’est faite en France, où en discutant avec lui, on se rendait compte qu’on avait la même histoire, plein de points communs… Même en vivant à 8000 km l’un de l’autre…. On s’est mis à faire un morceau ensemble et on parlait « flow », c’est-à-dire qu’on ne mettait pas des mots, on parlait « flow », on échangeait sur la façon de rapper, et là ça a été un peu ma fierté, parce que j’ai toujours travaillé sur cet aspect-là en disant le flow c’est un peu la mélodie des rappeurs, en gros, sans mot on est capable d’être compris par d’autres personnes à l’étranger. 5 ans après « Deux pieds sur terre » je vais en Pologne, je suis en train de faire une epxérience avec des rappeuses Polonaises, à qui j’apprends le rap sans pour autant parler la langue, c’est une expérience complètement folle, comme quoi le flow est important parce que les mots ne sont que 30% du langage. C’est pourquoi j’étais fier de savoir quel e boulot que je faisais c’était un boulot qui était vraiment novateur qui a toujours été là et la vie me prouve que j’avais raison de travailler ce truc-là parce que ça me donne une capacité de communication universelle qui est la musique.

On a parlé de tes albums La Cliqua, mais l’actualité interessante reste le projet avec le Velvet Club…
Oui, ça a démarré en 2007 juste après l’album « Deux pieds sur terre » par le biais de mes relations, de mes connaissances de mes potes, j’ai rencontré des musiciens avec qui on a décidé de faire une petite aventure commune, donc on a sillonné quelques routes de France, on s’est retrouvés à jouer au Grand Palais, on a fait le festival de jazz de Nancy, on a fait le Printemps de Bourges, on a fait pas mal de dates, une soixantaine ou une centaine je ne sais pas, tout ça m’a donné envie de faire mon troisième album, mon prochain qui s’appellera « Soul Inside » avec tous les potes que j’ai eus avec la musique, j’ai toujours rappé avec des musiciens en parallèle de ma vie de MC, j’ai commencé à 13-14 ans avec quelques potes qui étaient bassistes, chanteurs-chanteuses, je rappais avec Mad In Paris quand j’étais au lycée entre autres, en ce moment tu me retrouves sur le projet Black Stamp Music’all où on retouve Casey, Oxmo, Féfé, Sir Samuel, et j’en passe, avec la crème des musiciens. Je fais ce nouvel ce nouvel album « Soul Inside » avec toutes les connexions que j’ai eues, par exemple j’ai aussi joué dans un groupe parisien qui s’appelle Rimshot Crew; c’est un album que je fais en compagnie de Nico qui était clavier dans Rimshot, tu retrouves les musiciens avec qui je fais mes lives, le Velvet sur quelques titres, sur d’autres titres Rico qui était dans la Malka family, beaucoup d’artistes, de musiciens… Mes 4-5 dernières années musicales se résument dans « Soul Inside » ; j’ai toujours eu envie de faire ce disque-là qui rassemble ma soul, mon énergie, qui raconte ma vie, c’est la première fois ; sur les deux premiers albums il y avait mon regard sur le monde, sur les gens, sur leurs vies, avec pas mal de petits bouts introspectifs, mais là voilà c’est un album où je fais un peu plus de place, j’ouvre un peu plus la porte sur mon coeur, sur ce que j’ai pu vivre, sur des anecdotes, je prends plein de tranches de vie, c’est un peu la bande originale de ma vie…

Si tu devais décrire ce projet-là à un sourd ?
Je prendrais un scalpel, je m’ouvrirais le coeur…