stones throwLorsque Chris Manak (alias Peanut Butter Wolf) a lancé Stones Throw en 1996, il ne s’attendait sûrement pas à le mener là où il est maintenant. Amoureux du vinyl, désireux de sortir ses propres productions, il a finalement réussi à tranformer sa passion en véritable machine de guerre musicale; un terme fort qui s’adapte bien à la logique indépendante qui anime PBW, en se plaçant à l’inverse de l’industrie musicale mercantiliste traditionnelle. En permettant aux artistes une liberté totale, en sortant des rééditions de pièces rares, en faisant preuve d’ouverture et d’éclectisme, en faisant dernièrement des choix qui s’avérèrent judicieux (Aloe Blacc, The Stepkids, James Pants), Stones Throw est dorénavant un label incontournable et pas seulement en Hip-Hop, même s’il a connu ses heures de gloires avec les productions de Madlib, Jay Dee ou MF Doom ! Peanut Butter WOlf en personne nous a consacré quelques minutes pour nous parler plus avant de son label, et ce même si l’on attend avec impatience la totalité du documentaire dont on a découvert un teaser l’an passé ! (voir tout en bas de l’interview).

peanut butter wolfUn petit historique de Peanut Butter Wolf ?
Mon histoire est très longue, j’ai commencé à acheter des vinyls quand j’avais 9 ans, tu sais, j’étais encore un petit jeune, et….vraiment, c’était l’année où le Hip-Hop commençait à sortir ; quand ils ont commencé à faire des disques, 1979, c’est quand SugarHill Gang a sorti « Rapper’s Delight », Kurtis Blow « The Breaks », et tout ces vinyls, je les achetais. C’était aussi à cette même période que les vinyls disco sortaient en masse. J’en suis juste tombé amoureux à cette époque. Ensuite j’ai commencé à faire le DJ environ deux ans après, j’ai eu ma première mixette qui ressemblait à peu près à celle ci (rires). C’était une Radio Shack. Donc j’ai eu ça, après j’ai eu les platines, j’avais treize ans à l’époque. Quelques années plus tard j’ai eu ma première drum machine, j’ai commencé à faire quelques beats et tout. J’ai toujours rêvé de sortir un album et j’ai eu ma première opportunité d’enregistrer qulque chose en 1990 et maintenant, je ne fais que ça depuis. Entre-temps, j’ai  créé le label « Stones Throw Records », qui est mon label, en 1996. Et voila, je suis là maintenant.
ça fait maintenant depuis 1992 que je voyage en Europe, j’étais à l’époque dans un groupe avec un MC qui s’appelait Charizma, on était chez « Hollywood Basics » qui est un label qui n’existe plus maintenant. Il y avait pas mal d’artistes à l’époque sur ce label; Organized Konfuzion, Digital Underground….et…qui est-ce qu’il y avait encore….? Dj Shadow a fait ses débuts avec eux aussi.

Parlons un peu de Stones Throw, J’ai cru comprendre que c’était la disparition de Charizma qui a été ta première motivation pour créer le label ? 
Ouais….hum Charizma nous a quitté en 1993, il s’est fait tué d’une façon très violente. Bien sûr j’ai été très affecté, tu sais c’est quelque chose, tu ne penses pas que cela puisse arriver un jour à quelqu’un que tu connais, t’en entendais parler à la télé et tout….donc….hum….J’ai arrêté la musique pendant un moment, et puis j’y suis revenu et j’ai commencé à sortir un vinyl en 96, et tu vois l’un des premiers vinyls a été un morceau de Charizma, c’était « My world premier », le premier vinyl sur Stone Throw par Charizma et Peanut Butter Wolf. Et à partir de là j’ai commencé à enregistrer avec plein de Dj’s, Dj Babu avec qui on a fait le « Superduck Breaks », Rob Swift, on a fait un album aussi avec lui…Il fallait continuer à faire des trucs, tu vois. Et puis Lootpack est arrivé deux ans après, j’ai commencé à travailler avec Madlib…d’ailleurs Madlib a été d’une importance particulière pour mon label, tu sais, on est très amis tous les deux et c’est juste….c’est quelqu’un qui est vraiment super.

true godsComment s’est passée la connexion avec Madlib et Lootpack ? 
J’ai écouté leur album à la radio, tu sais à l’époque ils avaient sorti leur propre album avec l’aide de son père (Otis Jackson), ça s’appelait « Psyche move », c’était un E.P., et tu vois, ils en avait seulement sortis quelques-uns et ils cherchaient un distributeur à ce moment-là. Donc je l’ai appelé et je lui ai parlé de la possibilité d’avoir son album écouté par plus de gens. Et comme ils connaissaient aussi ma musique et qu’ils avait entendu parlé de Stones Throw, on a travaillé là-dessus ensemble et on a sorti leurs nouveaux trucs sur Stone Throw.

Avec Stones Throw vous faites aussi pas mal de rééditions, qu’est ce qui vous intéresse dans la réédition ? 
Quand j’ai commencé à acheter des vinyls, je n’achetais que des trucs récents et je ne connaissais rien des trucs plus anciens, et puis, je pense vers la moitié des années 80, les gens ont commencé s’interesser au diggin’, savoir d’où venaient ces samples. Moi j’avais « Peter Piper » de Run DMC, et ça m’a donné envie d’acheter l’original « Take me to the Mardi Gras » de Bob James. C’est vraiment comme ça que le Hip-Hop à commencé mais ce n’est pas quelque chose que j’ai réalisé tout de suite, c’est venu un peu plus tard. Et donc…je voulais juste que Stones Throw soit une grosse partie du truc.  Il fallait rechercher des vieux morceaux dont personne n’a entendu parler, et les exposer à un public plus large. Donc on a sorti « The Funky Sixteen corners » et beaucoup de ces morceaux sont très rares : des vieux trucs funk des 60’s avec des drumbreaks et des trucs comme ça. On a sorti aussi cette compilation hip-hop du Connecticut. Le Connecticut c’est à quelques heures de New York, mais les gens n’associaient pas vraiment cette région au Hip Hop, jusqu’à ce que le Hip-Hop sorte de toutes les villes dans le monde. Mais le Connecticut a été définitivement l’une des premières régions à attraper le truc juste après le Bronx et les autres quartiers de New York.
Après, ça m’a donné l’opportunité de sortir l’album de Charizma 10 ans après. Le hip-hop est définitivement une grande partie de Stones Throw, mais ce n’est pas la seule. Il y a de la musique plus ancienne comme on disait, comme un album électronique avec Dj Rels, et c’est vraiment ça qui fait l’homme que je suis. On a produit le truc tous les deux…tu vois ce qu je veux dire… meme sortir ces 45 tours, avec Stones Throw, j’ai la possibilité de faire absolument ce que je veux, de collaborer avec qui je veux.

madvillainQuel est le plus difficile à gérer dans un label ?
Pour moi, ce qu’il y a de plus important, c’est qu’un artiste puisse sortir ce qu’il veut sortir, mais parfois c’est difficile, je travaille généralement avec des artistes que j’aime, j’aime ce qu’ils font, et je ne me vois pas aller devant eux et leur dire, « non, tu dois changer ça et ça… » ; je veux être content, et je veux que l’artiste soit content aussi, donc, pour moi, je peux être très critique sur le son ou sur l’aspect du truc. On en discute beaucoup avec mes partenaires, Egon et Jeff, on est vraiment les trois à décider de ce qui se passe et parfois ça mène à des clash parce qu’on est tous les trois des passionnés. Donc, tu vois… le plus dur pour moi, c’est que je suis souvent sur la route, et quand je rentre, je n’ai pas beaucoup de temps pour répondre à tous mes mails et les coup s de fils et tout. Tu vois, je suis aussi un DJ, j’ai commencé comme ça, et je continuerai à être DJ parce que ça m’a permis de voyager, de rencontrer des gens. Mais voilà, il faut que je jongle avec mes différentes casquettes. Je suis aussi souvent en studio, donc tu sais, ça fait trois différents…, Je dois jongler avec le fait d’etre en studio, d’être sur la route et d’etre au bureau.

Quand on voit ce qui s’est passé avec Rawkus Records, est ce que tu penses que ça pourrait arriver à Stones Throw ?
Bien sur, ça pourrait arriver à Stones Throw, ça peux arriver à n’importe quel label, mais je pense…que le temps nous le dira…tu vois….il y a beaucoup de gens qui pensent que Stones Throw est un label récent, mais on était là avant Rawkus même. On a commencé un petit peu avant eux, et je crois qu’avec Rawkus, ils ont commencé à dépenser beaucoup d’argent très tôt. Ils dépensaient énormement en staff, en promotion et ce genre de choses. Nous on a une autre démarche, on préfère se concentrer sur les petits marchés, on ne vend pas énormément à l’unité, mais, de ce que j’en ai appris, je suis content de ce qu’on fait et de ce qu’on vend, tu sais, c’est difficile à expliquer, mais les gens qui achètent ont beaucoup de respect pour notre musique et nos trucs, donc dans ce sens là, je crois que mon but a été atteint…je crois.

Comment imaginerais-tu un monde sans vinyls ? vinyl stones throw
Whow, je serais dans la merde. Ouais, le vinyl est définitivement l’une des sources de la plupart de mes problèmes personnels (rires). Tout ce que j’ai, je le dépense dans des magasins de vinyls, et c’est dur, tu vois, parfois, j’aimerais etre un DJ sur cd, parce que c’est chiant de toujours emporter ses vinyls, c’est lourd, tu les ruines, tu défonce le début de chaque chanson, mais, je crois que je ne peux pas m’empêcher de le faire. Je crois que je suis un dinosaure du vinyl, l’un des derniers (rires).

Quel est ton opinion concernant la déclaration des samples ? 
Déclarer les samples ? Hum…c’est une très bonne question parce que j’ai été des deux cotés de ce truc. On a définitivement sorti beaucoup de musique qui contenait des samples d’autres artistes…. et qu’on a pas déclaré. Et en même temps, il y a pas mal d’artistes qui samplent nos trucs aussi… par exemple, Janet Jackson, Beastie Boys ont pris des samples sur nos disques…mais tu vois je suis plutôt cool avec ça, en fait. Je ne vais pas aller après les gens et essayer de les poursuivre en justice et voilà.. et j’espère qu’il ne me feront pas ça aussi… Pour moi, c’est juste une forme d’art…

stones throw 10 yearsQuelles les meilleures choses et les plus mauvaises que tu as entendu concernant ta musique ?
Hum… En fait je n’entends pas vraiment les mauvaises choses, je pense qu’on est plutot chanceux, la plupart des critiques qu’on nous fait sont plutot favorables (rires). Ouais je pense qu’il faudrait que tu essayes de demander à d’autres personnes pour les mauvaises choses nous concernant (rires).

Quel sera ton prochain pas dans la musique ?
Je ne peux pas vraiment prédire ce que je vais faire dans un futur proche. Si tu m’avais demandé il y a cinq si j’allais sortir des albums électro ou jazz, je t’aurais dit  » Sérieux… Je ne m’imagine pas faire ça », donc je ne sais pas. On a des artistes psychédelique rock des 60’s, quelque chose que je n’ai jamais envisagé de faire, je pense que c’est plus facile de procéder comme ça, au feeling.

Quel est ton but dans la vie ? 
Tu sais, je crois que j’ai déjà atteint mes buts dans la vie, mais chaque fois que j’atteins un but, j’en trouve un autre à essayer d’atteindre. Tu vois tu essayes de te frotter à des gens qui ont un peu plus de succès que toi, mais je crois que si je meurs demain, je serai content de ce que j’ai déjà fait jusque-là.