Ottawa, Canada. Une grosse section cuivres, claviers, percus, un ménage de sonorités latines, africaines, caribéennes, voici The Souljazz Orchestra. Un groupe prolifique qui vient de sortir en 2015 leur septième album en 10 ans, depuis le premier “Uprooted” sorti en 2005. Sept albums dont les magnifiques pochettes, avec souvent des poings levés, des illustrations explicites, représentent parfaitement l’esprit militant du groupe, tout comme les noms de ces albums : “Manifesto”, “Solidarity”, “freedom no go die”, et le dernier-né “Resistance”. Rencontre avec Pierre, claviériste du groupe, lors de leur pasage explosif au Marché-Gare à Lyon.

souljazz-orchestraPourquoi avoir choisi ce nom ?
Ça fait longtemps qu’on s’appelle le Souljazz Orchestra, à l’origine, il y a une quinzaine d’années quand on a commencé, on jouait beaucoup de musique soul, de jazz, mais dès l’origine il y avait aussi les autres genres, africain, latin, caribéen, mais à la base de tout ce qu’on fait il y a une composante soul et jazz, tout est jazzy.

Comment percevez-vous l’évolution musicale du groupe, des débuts jusqu’à maintenant et le nouvel album ?
souljazz uprootedAu début c’était l’explosion de l’afrobeat, le deep funk tout ça, c’était quand même assez nouveau, Antibalas venait tout juste de commencer, Sharon Jones n’existait pas, y avait pas de Budos Band, y avait rien de ça. Avec le temps, on ne voulait pas continuer à faire toujours le même album, alors on a continué à creuser et on s’est développé en tant qu’orchestra, trouvé notre propre voie, plutôt que refaire du James Brown, ou Fela ou autres. Alors je pense qu’avec le temps on a trouvé notre « individualité », en tant que groupe…

Est-ce que tu pourrais décrire le dernier album en trois mots ?
Je vais le décrire en un mot : Résistance ; ça résume l’album vraiment ; les termes qui sont abordés sont la résistance politique, résistance personnelle, surmonter les obstacles de tous les jours, ensuite résistance musicale contre les courants plus commerciaux en musique.

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Un thème qui a souvent été abordé, quand on se rappelle la pochette de « Freedom no go die », ou tout simplement à travers la pochette de vos albums.
Oui, c’est certain, il y a toujours une composante politique dans notre musique. Ici on aborde des sujets d’actualité d’aujourd’hui par contre, c’est inspiré par le mouvement Okupa, les manifestations de Ferguson chez nous en Amérique du nord, le printemps arabe, ce genre d’évènements-là.

Peux-tu nous parler des collaborations dans cet album ? Comment les avez-vous choisi, et travaillé avec ?
En fait il y en a très peu, c’est un album qui met vraiment en vedette le groupe. Le seul featuring est un trompettiste qui s’appelle Ed Lister, c’est un bon ami à nous, il a déjà joué avec nous alors on l’a invité ; ensuite on a une fille qui chante les choeurs avec Marielle, parce que Marielle c’est la seule fille, alors ça aide d’avoir deux femmes pour remplir les voix. Mais vraiment, on voulait mettre en valeur le groupe, alors il y a quantre chanteurs différents, moi, Philippe, Ray et Marielle, tout le monde chante en choeur aussi, alors ce qu’on fait pour les différents morceaux on essaie de les chanter tour à tour, ensuite on choisit la meilleure version.

Vous avez voulu avec cet album vous recentrer en n’ayant pas beaucoup d’invités ?
Oui, exactement, des fois quand il y a trop d’invités, après un live, c’est difficile de le faire, on a souvent eu des invités africains, qui chantaient en wolof ou en lingala, on peut le faire en live, mais parfois ça paraît bizarre pour les gens, alors on préferait faire ça nous-mêmes.

Au niveau des conditions d’enregistrement, j’ai cru comprendre que pour certains albums, vous préfériez avoir des conditions d’enregistrement du genre tout en une prise, ou dans des conditions analogiques, comment ça s’est passé pour celui-là ?
Cette fois-ci on a eu une nouvelle console 24 pistes, du milieu des années 80, donc qualité un peu supérieure, avant c’était 8 pistes, c’était assez crasseux ; c’est la même machine que les Bee Gees et AC/DC, alors c’est encore analogique, complètement, mais ça permet quand même d’avoir un son un peu plus Hi-Fi.

keny specialVous avez pris l’habitude pour chaque album de faire une petite reprise, dans l’album précédent c’était « Celestial Blues », avant c’était « Use it before you loose it », comment vous choisissez ?
En live on aime faire des reprises une fois de temps en temps, pour varier les choses, pour garder les choses intéressantes pour nous, et avec cet album-là, on a choisi « Ware Wa », c’est un morceau du Loi Toki Tok, un band du Kenya, qu’on retrouve sur la compil « Kenya Special » sortie sur Soundway ». On a entendu la compil et on a adoré le morceau alors on s’est dit on va le faire en live, puis ça marchait tellement bien en live qu’on s’est dit qu’on devait l’enregistrer ; puis la vibe allait un peu avec la vibe de l’album alors… Surtout ça vient du live en premier, puis après en décide si on veut l’enregistrer ou non.

The-Souljazz-Orchestra-Inner-Fire-300x300Votre musique lorgne largement vers la musique africaine…
Dans cet album, il y a un morceau vraiment afrobeat, « Bull’s eye », les autres morceaux touchent à d’autres styles : « Greet the dawn », c’est plus un ndombolo du Congo, « Shock & awe » c’est plus un style de coupé-décalé, « Courage » et « Soleil couchant » c’est kompa, « As the world turns » c’est soca, « Life is what you make it » c’est afro-funk, « Ware wa » c’est afro benga du Kenya, « Kossa Kossa » c’est du disco, « It’s gonna rain », c’est afro-soul. Il ne faut pas exagérer la dominante afrobeat, qui est particulièrement la musique de Fela Kuti, parce que les médias nous collent souvent l’étiquette « afrobeat ».

Vous avez sorti 7 albums, mais en maxis et 45 tours je n’en ai vu que deux ?
Oui ça coute cher les singles, les labels de nos jours ne veulent plus, je pense qu’il n’y a pas d’argent pour fabriquer les singles… C’est pas notre décision à nous vraiment, c’est le label.

De vous-mêmes, vous n’avez jamais pris cette décision ?
Moi je ne suis pas DJ… Tant que c’est sur vinyl c’est cool, mais… Je sais qu’il y a des DJ qui raffolent des 45 tours, pour moi ça ne fait pas grande différence…

souljazzorchestra_live_lyonVous avez joué dans pas mal d’endroits dans le monde, un endroit dans le monde particulièrement fou, qui vous a beaucoup marqué dans vos voyages ?
On aime beaucoup jouer en France, c’est certain, c’est pour ça qu’on revient ici souvent ; mais des fois il y a des beaux endroits où tu ne t’attends pas à grand chose et tu es surpris, une fois on est arrivé en Grèce, on ne connaissait rien de la Grèce mais tout le monde nous connaissait, tout le monde connaissait les chansons, ils connaissaient toutes les paroles, même des petits villages comme Volos en Grèce, on était complètement déboussolé par ça, on ne s’attendait pas à ça.

Si vous deviez faire une collaboration avec un chanteur, musicien, rappeur, avec qui ?
On en a parlé assez souvent, même avec le label, on avait lancé plein de noms, comme Pharoah Sanders, on avait même repris un de ses morceaux, mais il est déjà assez vieux maintenant, il y avait Roy Ayers, on avait parlé de Gary Bartz aussi, on avait lancé plein de noms comme ça…

Tu cites de smusiciens principalement soul/funk des années 70, et si tu devais choisir un rappeur ?
Maestro Fresh Wes, c’est un pionnier du Hip-Hop au Canada, début années 80, c’était notre Run DMC ou notre Grand master Flash, on l’avait rencontré aux Juno Awards, c’est une grosse cérémonie de musique au Canada, on s’était parlé… mais il faut faire attention, il y a des groupes qui amènent un rappeur juste parce que c’est à la mode ; je pense qu’on pourrait faire quelque chose de bien quand même.

the-souljazz-orchestraComment tu décrirais la musique de Souljazz Orchestra à un sourd ?
C’est comme un tremblement de terre, sous le soleil des tropiques…

Si Souljazz Orchestra était un animal ?
Un lion

Un végétal ?
Un palmier

Un plat, une cuisine ?
Une soupe

Un élément ?
Le feu

Un film ?
Rumble in the jungle