C’est avec un premier album rafraîchissant sorti en Allemagne que la rappeuse Américaine Akua Naru a déboulé dans nos écouteurs. Grande voyageuse, poète voire philosophe, et très impliquée dans son histoire de femme Afro-Américaine, Akua Naru délivre un Hip-Hop smooth, jazzy, mais non moins conscient et teinté de militantisme. Avec son deuxième opus «  Live & Aflame sessions  », elle s’autorise un album concept dans lequel elle enregistre dans des conditions live avec ses musiciens «  The Digflo Band  »  plusieurs morceaux du premier album nommé «  … The journey aflame  » sorti un an plus tôt chez Jakarta records. C’est dans le cadre de la sortie de «  Live & Aflame sessions  » qu’Akua Naru nous a fait l’honneur de venir jouer à Chambéry dans le cadre du festival Urban Jam. Un live magique et intimiste dans un Brin de Zinc plein à craquer, où Akua Naru a pu exprimer un live énergique, mais aussi empreint d’émotion, en parfaite osmose avec un public heureux de cette découverte musicale.

Par Whyninot ; photos live : NHK

 

Depuis combien de temps rappes-tu  ?

Depuis que j’ai 6 ans environ, donc pratiquement toute ma vie.

 

Tu viens du Connecticut, mais tu as bougé et beaucoup voyagé à travers le monde…

J’ai eu l’opportunité de voyager dans différents endroits, Je suis parti des Etats-Unis en 2005, et depuis cette date j’habite à l’étranger et j’ai pas mal voyagé, j’ai toujours envie de voyager.

 

Pourquoi es-tu restée en Allemagne  ?

Je voyageais, mais j’habitais en Chine depuis 2 ans, et je suis allée en Allemagne directement  ; j’ai rencontré plein de gens qui m’ont parlé des villes, de comment les gens vivaient, du mouvement artistique, j’y suis donc allée, et je pense que j’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment, au bon endroit… C’était juste l’endroit qui me convenait à ce moment-là pour porter mes projets futurs.

 

Quels sont les meilleures découvertes musicales que tu as faites en Chine, au Ghana, et là où tu as voyagé ?

Je pourrais faire toute une liste… Je pourrais parler de ce chanteur chinois «  Dai Long  » qui avait une chanson sur la première neige de l’hiver. Je vivais à Chengdu, il y avait là-bas plein d’artistes que j’appréciais. En Afrique de l’ouest, au Nigeria, Fela Kuti. King Sunny Ade, Victor Olaiya au Ghana… Il y en a plein, K. Frimpong aussi. En Allemagne il y a beaucoup d’artistes comme Joy Denalane, les Drum Kids aussi qui sont des amis… Quelle que soit la musique avec laquelle je rentre en contact, peu importe l’endroit, si ça me plait, je vais aimer…

 

Restons au Ghana, tu as fait deux morceaux avec African Footprints et Blitz The Ambassadors  ; «  Tales of Man  » est vraiment une belle chanson, le final de l’instru est très bon, et le clip aussi très bon…

Les images du clip ont été prises entre le Nigeria et le Ghana, «  African Footprints  » est le nom d’une association, et certains musiciens sont venus rajouter un peu de beauté au morceau, ça s’est fait simplement.

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Tu t’es connecté avec Blitz The Ambassador par Jakarta ou directement au Ghana  ?

J’ai lu un livre qui s’appelait «  Hip-Hop generation  » écrit par Bakari Kitwana  ; j’étudiais le Hip-Hop aussi. Je suis allé sur son site et j’ai entendu ce son, je me demandais qui c’était, ça m’obsédait, j’étais devenu une fan de cette chanson; puis Blitz est venu faire un concert à l’université de Columbia à New York, où j’habitais, et j’y suis allée  ; j’ai été frappée par son histoire, son discours, ses textes, il parle de son expérience en tant que Ghanéen-Américain, son expérience au Ghana, son expérience en tant que Africain-Américain… C’est un génie, il raconte mon histoire aussi, un poète très talentueux, ses musiciens étaient aussi d’un haut niveau, j’étais très inspiré par ce qu’il faisait, et je me suis dit que j’aimerais un jour travailler avec lui. Puis ça s’est fait par chance quand j’étais à Cologne en Allemagne où je vis, il devait venir jouer à Cologne et on m’ a proposé de le rencontrer et de faire un morceau avec lui, il était d’accord pour le faire… J’étais simplement fan de sa musique et par chance on s’est rencontré et on a eu cette connexion par Jakarta. 

 

Parlons des Drumkids, tes producteurs/beatmakers, mais tu joues avec un groupe, comment jongles-tu entre les producteurs et les musiciens ?

Pour le premier album «  … The journey Aflame  » qui date de 2011, la plupart des musiques ont été produites par JR & PH7, The Drumkids, mon groupe The Digflo Band a contribué aussi avec de la basse ou quelques solos, mais la majorité de l’album est faite par les producteurs.  Travailler avec des musiciens te fait changer la perception que tu as de la musique et c’est différent de rapper avec un groupe que de rapper juste sur un beat. On travaillait de plus en plus avec les musiciens, ils sont devenus mon groupe de live, et on décidé d’enregistrer un album entièrement live : on a choisi 9 morceaux de ce premier album et on les a rejoués  ; ça devait juste être un projet différent, pour moi ce n’est pas un choix entre les producteurs et les musiciens, c’est juste une envie que je ressentais, j’avais envie d’avoir une guitare, une section cuivres, je n’ai pas non plus envie de séparer production et live band  : j’ai envie d’explorer toutes les possibilités car le Hip-Hop peut tout autant être un beat produit sur une MPC qu’un batteur qui joue, et j’aime bien le mélange qui nait de tout ça.

 

As-tu proposé ton projet à Jakarta, ou Jakarta t’a proposé de sortir ton premier album ?

En 2010, on leur a proposé, on a eu une conversation, et ils étaient d’accord pour sortir cet album sur leur label. Tout simplement.

 

Avec le recul, quelles sont les meilleures et les moins bonnes choses sur cet album  ?

Pour être honnête, peut-être que j’ai fait quelques erreurs parce que je ne savais pas comment gérer ma musique  ; j’avais fait 2 albums auparavant, mais pas officiels, des mixtapes tirées à peu d’exemplaires que je vendais main à la main dans les soirées et open mic, celui-ci est donc le premier officiel  ; je n’ai pas aucun regret de regrets, ça a été fait comme ça et les choses sont comme elles sont, mais peut-être que je ne savais pas assez certaines choses, j’en sais plus maintenant mais je suis toujours en train d’apprendre et je ne ferai plus les mêmes erreurs. 

La meilleure chose de l’album, c’est la réaction des gens, je ne savais pas quelle allait être la réponse du public, et le fait d’aller quelque part et que les gens te disent «  ce morceau m’a touché  ». Qu’y a-t-il de mieux, que dans un autre endroit du monde, avec un autre langage, les gens écoutent ta musique et sont touchés par ta musique  ? C’est la meilleure reconnaissance en tant qu’artiste.

 

Comment décrirais-tu cet album à un sourd  ?

C’est une très difficile question… Je dirais, si je devais le décrire à un sourd, donc quelqu’un à qui je ne peux pas faire écouter la musique, je lui parlerai de l’histoire  ; je dirais que c’est juste un album écrit par une femme qui a travaillé chaque rime qu’elle a écrite, qui parle d’histoires de souffrance, de joie, d’amour, des émotions humaines, tout ce qu’un être humain peut ressentir. Une personne sourde peut comprendre ça, pour moi c’est plus important qu’ils retiennent les textes que j’ai écrits avec sincérité, si ils ne peuvent pas écouter la musique.

 

Pour ce nouvel album «  Live & Aflame sessions  », quelles sont du coup les erreurs que tu n’as pas commises  ?

J’ai cru en moi un peu plus, pour être honnête, parce que j’ai grandi dans un environnement musical, dans une culture qui célèbre la musique, fait de la musique, vit de la musique, mais sans forcément l’avoir apprise, j’ai donc beaucoup cru en moi  ; j’ai produit cet album en entier, chose que je n’avais pas pu faire avec «  …A journey aflame  », et que je n’étais d’ailleurs pas prête à faire, si je regarde en arrière. Avec «  Live & Aflame session», j’imaginais les lignes de basse, les cuivres, les patterns du batteur, jusqu’à savoir ce que je voulais, et je croyais à tout ça, j’ai porté tout le projet jusqu’à la fin ; ce qui ne veut pas dire que les musiciens ont moins contribué, ils ont beaucoup apporté et je leur en suis très reconnaissante. J’étais capable de leur dire ce que je voulais, c’est donc une histoire de confiance en soi et de construction personnelle  ; l’album est un reflet de tout ça.

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J’étais surpris de voir cet album sortir en vinyl et digital mais pas en cd…

Pour moi le vinyl a quelque chose de spécial… Bien sûr c’est une sortie, mais c’est aussi une sorte de transition, car je travaille aussi sur un nouvel album, avec de nouvelles choses, je voulais donc que ce projet ait quelque chose de spécial  ; la meilleure façon de l’exprimer c’était de le sortir en digital et en version limitée en vinyl… Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sortira jamais en CD, si on sent qu’il faut le sortir en cd on le fera…

 

Akua Naru, si tu étais un animal ?

Une lionne

 

Un végétal

Une fleur qu’on appelle «  birds of paradise  » (NB  : le strelitzia, que l’on trouve en Afrique)

 

Un plat  

Quelque chose de très épicé. Un légume Chinois que l’on trouve dans le Sichuan  ; il est très épicé  :quand tu le manges, tu ne le ressens pas tout de suite, mais ensuite c’est tellement fort que tu es obligée de cracher  !

 

Une couleur 

Brun

 

Un élément

Le feu

 

Un album

ça dépend des jours… Roberta Flack «  Chapter 2  »

 

Un film

C’est dur… Je ne saurais pas…. 

 

Un livre

N’importe quel livre de Toni Morrison, elle a écrit «  Song of Solomon  », «  the bluest eye  »  ; j’aimerais être dans son esprit pour comprendre comment elle écrit, pour voir le processus de création chez elle…

 

Une personne connue

Je n’ai pas besoin, j’aime comme je suis  ! Mais si je devais revenir dans le passé et choisir une personne qui a eu une certaine influence, ce serait Malcolm X, j’aimerais m’asseoir avec lui et discuter avec lui.

 

Avec qui aimerais-tu collaborer  ?

J’adorerais faire quelque chose avec Lauryn Hill, ou avec Black Thought de The Roots.

 

En prime, deux vidéos du live à Chambéry signées Oncle Ben et NHK : 

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Retrouvez les photos du live d’Akua Naru au Brin de Zinc, par NHK