Un premier album en forme d’EP en 1997 leur a donné directement toute la crédibilité que d’autres mettent bien des années à obtenir. Cela grâce une qualité sonore irréprochable, des samples originaux et très bien travaillés, des lyrics affûtés, oscillant entre militantisme et ambiance décontractée, et un live énergique et performant ; un véritable souffle d’air frais révélant au monde entier deux des meilleurs producteurs (Nu-Mark & Cut Chemist) au service de 4 des meilleurs MC Américains. Pas étonnant d’ailleurs, comme le souligne Numark, qu’ils soient classés au rayon « old school » des magasins de disques…

Puis arrive un second album « Quality control » et le troisième « Power in numbers », tout aussi bons et irréprochables. Ensuite, Jurassic 5 s’est un peu dispersé, ne profite plus des superbes prods de Cut Chemist, et a sorti un dernier album qui ressemble plus à une obligation contractuelle qu’à un véritable album des J5. On notera aussi la mixtape de Chali2na « Welcome to the Fish Market » et son album « Fish Outta Water », les projets de Cut Chemist et ceux de Nu-Mark , et les nombreuses collaborations des J5 parsemées parmi les meilleurs albums de rap américains. Et il est à noter que ce mythique groupe s’est reformé en 2013 pour l’occasion d’une tournée européenne… (http://jurassic5.com/ )
Rencontre avec Mark 7even et Nu-Mark afin d’éclaircir certains points…

 

Vous avez commencé avec le maxi « Unified Rebelution » sur Blunt Records ; que gardez-vous de cette période ?
Nu-Mark : En fait une fois qu’on a sorti le maxi le plus gros était fait, c’est toute la période qui a précédé le maxi qui a été difficile ; le plus dur avec Blunt ce n’était pas de savoir comment sortir le maxi mais plutôt ce qu’ils voulaient faire de nous, nous faire signer un vrai contrat ou continuer à nous faire sortir des maxis. On fois qu’on s’est tous mis d’accord pour savoir comment le sortir, c’est-à-dire de manière indépendante, ça s’est fait tout seul. Quand « Unified Rebelution » est sorti ça nous a ouvert plein de portes, pour nous amener là où on en est aujourd’hui. C’est vraiment le maxi qui nous a lancé.

Comment expliquez-vous le fait que vous étiez plus populaires en Europe et au Japon qu’aux Etats-Unis ?
N : L’engouement est venu principalement d’Angleterre, et aussi de Los Angeles, la ville dont nous sommes originaires, pour se propager vers l’Allemagne et le Japon. C’est vraiment grâce à l’Angleterre qu’on s’est fait connaître.

Vos pochettes sont vraiment bonnes ; d’où vous est venue l’idée pour « Quality control » ? C’est très original…
N : Ça vient d’un vieux disque : il y a une cellule sur un arbre, on a juste adapté le concept, c’est vraiment sorti comme on voulait que ça sorte ; je suis heureux que ça t’ait plu…

D’où vous vient le nom « Jurassic 5 » alors que vous êtes 6 ?
Mark 7 : C’est parti d’une blague, au départ on était deux groupes différents, « Rebels of rythm » et « Unity Committee », on s’appréciait musicalement, et quand on s’est rapproché pour faire le maxi on n’avait pas vraiment de nom pour désigner ce nouveau groupe, et bien souvent les gens nous appelaient « Unified Rebelution » ; un jour une de nos copines à l’époque a sorti ce nom pour rire et ça nous a plu, alors on l’a gardé… En plus c’est bien car on peut prononcer « J-5 » (Jay Five)

Et pourquoi « Five » ?
N : Parce qu’il y a plein de groupes old school dont le nom se terminait pas « Five »

Avez-vous des projets maintenant pour vos groupes « Rebels of rythm » et « Unity Commitee » ?
M7 : Non. Quand on a commencé Jurassic 5 on a vraiment décidé de tout laisser de côté et de n’être plus que ça.

Votre musique est très inspirée du jazz et soul, pensez-vous travailler avec des musiciens un jour ?
N : On a bossé avec les Dap Kings, j’ai samplé un de leur maxi pour le morceau « Red Hot » ; j’aime le son qu’ils ont, j’aime bien travailler avec eux, ils sont vraiment bons. En règle générale j’aime travailler avec un sampleur, découper des samples, mais ça ne me dérangerait pas de travailler avec des musiciens.

Voudriez-vous fonder votre propre label ?
N : On n’en a pas vraiment parlé, peut-être dans le futur, qui sait ?

Quels artistes écoutez-vous et respectez-vous le plus ?
M7 : Je n’ai pas vraiment d’artiste pour lequel je dirais « J’aime cet artiste », j’aime plein de gens pour plein de raisons différentes, je les aime pour ce qu’ils font, c’est pourquoi je ne peux pas vraiment dire que j’aime tel artiste. J’aime la musique, et je prends ce que j’aime dans chaque musique.

N : J’écoute beaucoup de choses en tant que DJ, des groupes de rock comme CAN, Biggie, Nas, les Dap Kings bien sûr, je suis un très grand fan de James Brown, c’est lui qui m’a attiré vers le funk, j’aime aussi David Axelrod, Galt Mc Dermot.

Au moment de produire des sons, comment travailles-tu avec Cut Chemist ?
: normalement chacun fait les morceaux de son côté. Les MC’s choisissent les beats sur lesquels ils veulent poser.
M7 : Tout le monde participe vraiment, on est vraiment tous les 6 sur tous les morceaux ; tout le monde y met son grain de sel et on décide ensemble.

Quelle est pour vous la première qualité d’un MC ?
N : pour moi c’est le style qui est primordial, la façon de poser ce que le rappeur a écrit, peu importe que ce soit positif ou non.

Quelle est la première qualité d’un DJ ?
N : animer une soirée, passer des sons et faire bouger la foule.

Quelle est la meilleure chose qui vous soit arrivée dans votre carrière, et la pire ?
N : j’apprécie le fait de pouvoir jouer devant des gens qui aiment ce qu’on fait, et de pouvoir vivre de ça. C’est bien aussi de voyager dans le monde entier mais ce que j’apprécie avant tout c’est ça.

Avec qui aimeriez-vos collaborer ?
M7 : j’ai juste envie de travailler avec des gens avec qui il y a un respect mutuel de la musique et une vraie envie de bosser ensemble.
N : J’aimerais bien me taper un délire avec Aretha Franklin ou Stevie Wonder, car ce sont des gens qui ont vraiment compté pour nous ; dans les plus jeunes il y aurait les Dap Kings, pour le coup c’est déjà fait, sinon je ne sais pas trop ; peut-être Nas, c’est vraiment un rappeur que j’adore.

Quelle est la chose la plus étrange que vous ayez entendus sur votre musique ?
M7 : ce qui m’énerve c’est que le groupe n’ait pas la reconnaissance qu’il mérite ; les gens pensent que c’est l’œuvre d’une seule personne alors qu’on est 6 à tout faire, les gens qui ne sont pas capables de le voir c’est qu’ils n’ont pas bien écouté. Moi quand j’écoute un groupe je n’ai pas de préjugés et je le prends tel quel, les gens n’écoutent pas assez et ont des idées toutes faites.
N : Ce qui me choque c’est qu’on soit étiqueté « old school », alors que sur scène et en studio on est très novateurs, on essaie d’aller là où personne n’est allé, et le fait qu’on dise de nous qu’on est « old school » je trouve ça un peu étrange.

Avez-vous des questions que vous n’aimez pas qu’on vous pose en interview ?
N : « Comment vous êtes-vous rencontrés » ; en fait c’est toutes les choses qu’on peut trouver facilement dans notre biographie, sur notre site web…