Kohndo, c’est 25 ans de rap derrière lui, c’est le voisin de Zoxea à Boulogne, c’est bien sûr La Cliqua dans les années 90, et depuis les années 2000 c’est une carrière solo ponctuée de quatre albums et quelques projets annexes. Une formation autodidacte d’ingénieur du son, il maitrise l’autoproduction, et le bonhomme a aussi fait huit années d’interventions en prison, autant dire qu’il connait le sujet.
coverPour son nouvel album, sorti en février, Kohndo se met dans la peau d’un chauffeur de taxi qui parcourt les rues parisiennes, un voyage effectué en une nuit, où tous les morceaux se déroulent dans le taxi, place conducteur ou passager, pour une balade nocturne et mélancolique dans les rues de la capitale.
Un album sombre donc, qui tranche avec le précédent, “Soul Inside” (pour lequel Kohndo nous avait déjà accordé une belle interview)
Pour cet album-concept, KOH est parti d’un questionnement : comment évoquer l’enfermement, physique mais aussi mental, pour exprimer le monde extérieur, et surtout se demander : “mais que fait-on de nos libertés” ? L’album se termine d’ailleurs par une note plus positive avec “Demain le jour se lèvera”. Niveau musique, Kohndo s’occupe de plus de la moitié des prods de l’album et peu d’invités mais des bons : A2H, Nekfeu, et Oxmo Puccino. Le taxi de kohndo est maintenant prêt à vous embarquer, le compteur tourne.

Pourquoi avoir choisi le taxi, soit en tant que conducteur soit passager ?
J’ai passé 8 années dans le domaine carcéral, c’était vraiment difficile, j’avais pas envie de faire un album sur la prison en tant que tel, et donc je me suis dit, l’espace dans lequel on peut le mieux sentir la claustrophobie ça peut être la voiture, et pour le coup l’idée d’être dans le taxi, ce qui est intéressant c’est qu’il peut y avoir la claustrophobie liée à l’intériorité, le fait aussi de cette relation entre intérieur et extérieur, enfermemnt et ouverture, voilà, j’ai toruvé que c’était un bon espace pour pouvoir parler des choses qui nous enferment, parce qu’au épart on est tous prisonnier de quelque chose, ça peut être de son taf, sa famille, sa relation amoureuse, sa maladie, plein de trucs.

C’est donc un voyage entièrement nocturne, et tu te retrouves dans la peau de plusieurs personnages.
C’est comme si j’avais fait un film et au lieu de le mettre en image je l’avais mis en musique.

Pourquoi avoir choisi un voyage nocturne ? Est-ce ta vision actuelle de Paris, ou ta vision du Paris actuel, pourquoi ne voyage-t-il pas de jour par exemple ?
Pour moi c’est pas spécialement à Paris, c’est dans toutes les grandes villes ; alors c’est vrai qu’il y a quelques références parisiennes parce que je cite quelques rues, mais c’est là où je vis… Après la nuit, c’est un espace qui est plus propice à la réflexion, à la pensée, le soir on réfléchit mieux, on est moins perturbé.

Pour cet album tu es parti d’un questionnement : comment évoquer l’enfermement physique ou mental, comment exprimer le monde extérieur, et surtout, que fait-on de nos libertés. Il y a une note très positive à la fin avec le morceau « demain le jour se lève ».
Oui parce que finalement quels que soient les problèmes qu’on rencontre, quelles que soient les histoires qu’on a, chaque jour la page se tourne, le soleil se lève, il faut faire avec, et il faut faire au mieux.

Si tu devais choisir dans cet album une chose qui t’a plu, dont tu es fier et une qui t’a moins plu, que tu aurais aimé travailler mieux ?
Quelque chose dont je suis fier c’est les rencontres, les échanges avec les musiciens puis les invités, moi j’ai le souvenir de ce travail avec Alain Gioanni, qui a posé les cuivres, notamment sur le morceau « Le compteur tourne », qui est celui qui m’a recruté au conservatoire de Puteaux où aujourd’hui j’enseigne depuis cinq ans, notamment la création de chansons, et le fait que lui vienne poser de la trompette et du trombonne sur le morceaux, fasse tous les arrangements cuivres, c’est un vrai kif, parce qu’il y avait quand même une espèce de passage de relais vraiment fort ; il y a aussi la rencontre avec Dany Clutier, le bassiste qui a joué les lignes de basses que j’avais écrites ; c’était trop bon d’entendre ce que tu as écrit réinterprété par quelqu’un d’autre.
Dans les choses les plus dures, c’est toujours l’après-album, c’est-à-dire ta capacité à émerger dans les médias, c’est vraiment ce qu’il y a de plus dur, tu peux passer énormément de temps à travailler un projet que les gens aiment, qui me permet effectivement de voyager aux quatre coins de la France, j’ai eu des beaux papiers, de belles choses, mais je vois que le temps passe et malgré tout, c’est toujours aussi difficile d’être un artiste hip-hop et d’avoir le droit à la nuance, à la finesse, c’est-à-dire qu’on est dans un monde qui est hyper caricatural et quand tu arrives en disant que tu fais du rap, et quand tu proposes un projet qui est un peu intelligent, souvent on a du mal à te marketer donc tu as des difficultés à pouvoir parler correctement de ton projet dans les médias et de le faire vivre, tout simplement.

kohndo2Il y a eu aussi une « semaine Kohndo » sur Arte…
Ce qui vient complètement contredire ce que je viens de dire (rires)….

Oui, tu dis surtout que tu as du mal à vendre ton album et en parler aux médias, mais quelques mois après, quelqu’un s’est intéressé à toi et t’a suivi pour en faire un docu qui passe sur Arte.
Oui, c’est réalisé par Arte, 1mn30, diffusée tous les jours dans le journal d’Arte, qui résume la vie de Kohndo en tant qu’artiste, en tant que prof…

Tu es content du résultat ?
C’est vraiment mortel ! Parce que ça montre bien qui je suis, le travail que je peux accomplir, sur scène et en-dehors de la scène, et quelque part si ça peut inspirer d’autres jeunes à faire de la musique, il y a plein de façons, on ne voit souvent que le côté bling du monde de la musique, ça c’est un trcu un peu plus réel, et je trouve que c’est un beau regard.

On connaît Kohndo en tant que rappeur, surtout par rapport à La Cliqua bien sûr, mais on connaît moins l’ingé-son, celui qui masterise ou mixe plein d’albums de rap français…
Pas plein non plus ! J’ai fait du mix sur quelques projets, c’est surtout les miens que je mixe, j’ai bossé avec Moar aussi sur quelques projets à lui, mais le mastering n’est pas mon métier, c’est vraiment quelque chose de très spécifique, il faut être très fort ; par contre mixer, faire de la prise de sons et créer des univers sonores ça j’adore et là-dessus j’ai de vraies compétences, mais pas encore au niveau des grands du mixage….

Penses-tu qu’on t’a choisi pour le documentaire, parce que tu es prof au conservatoire ?
Je pense que c’est une des raisons ; ce qui était intéressant en tout cas, comment l’équipe d’Arte m’a approché, c’était dans cette idée de dire que musicalement j’avais un parcours atypique par rapport à la longévité, par rapport à mon histoire, et par rapport à l’endroit où je me situe ; eux trouvaient que Kohndo en tant que sujet était intéressant à traiter, c’est vrai que je ne m’en rends pas compte, je suis dans ma vie…. Mais j’ai une belle vie, dans le sens où tous les jours de ma vie je suis dans ma passion

Tu sais ce qu’on dit des taxis parisiens, Kohndo ?
Qu’ils sont grincheux ? (rires)

Qu’ils te font payer la course plus cher que prévu… Est-ce le cas de ton album ?
Non, moi je crois que mon album est presque donné ! Je crois qu’on en a plus que pour son argent !

Autoprod totale ? Pas de label, de distributeur ?
kohndo3Si, j’ai quand même un distributeur, Modulor, qui a notamment dans son catalogue des gens comme JP Manova, Lucio Bukowski, pas mal de bons artistes ; je suis dans un bon label de distribution, après c’est en tant que label indé, parce que Green Stone Records ma structure a 10 ans ; ce qui est intéressant c’est la relation que tu peux avoir avec le public ; par exemple, mon site c’est kohndo.bandcamp.com, et souvent j’ai des gens qui vont commander mon album à cet endroit-là, ils te laissent un message et moi j’aime bien leur répondre, et quand ils me commandent un truc je leur fais un mot, je leur file un skeud qu’ils n’ont pas, un indéit ou un truc comme ça qui sort de sous les fagots, et j’aime bien avoir des réactions et c’est beaucoup plus humain dans le rapport à la musique.

Tu tournes en concert avec un DJ et un saxophoniste.
Oui, DJ Nels, tu label Time Bomb, et Fred Mélosax au saxophone et à la flûte, et moi au mic et un peu aux machines…

Tu vas nous décrire ton live en trois mots.
Whaoh ! Vibe, partage, force…

Sur ton album tu as quelques featurings intéressants : Nekfeu, Oxmo Puccino, A2H.
J’ai partagé les textes sur « Faut qu’je tienne » avec Nekfeu, ça fait partie des super belles rencontres du projet par rapport à la disponibilité, le professionalisme dont il a fait preuve, l’implication, c’est vraiment agréable d’avoir des gars comme ça que j’ai rencontré beaucoup plus jeunes et qui aujourd’hui sont au summum de leur notoriété et qui prennent le temps justement de revenir voir les grands frères… Ce qui était vraiment classe, c’est que j’en connais d’autres qui sont à peu près au même niveau médiatique, ils ne réagissent pas toujours comme ça, et lui non, il y a un truc très humain, c’est vraiment ce qui caractérise le projet ; Nekfeu est un mec qui a vraiment compris la vie et qui fait preuve d’une très grande maturité dans son approche du monde. Avec Oxmo, on ne se connaît pas tant que ça, on s’est beaucoup croisés ; je l’avais déjà invité sur l’album précédent mais il avait trop de taf il ne pouvait pas venir, et sur cet album-là il a profité d’une petite période qu’il avait pour venir faire un tour au studio et poser ce titre qui s’appelle « Entre les lignes ».

Si tu devais poser un joker sur un morceau coup de coeur de cet album ?
En fait c’est vraiment un album que tu écoutes en fonction de tes états, par exemple à 2h du matin je vais mettre « 9m carrés », en fin d’après-midi ou début de soirée, tu écouteras le morceau « Revenir à la vie », si tu as envie de kiffer, tu mettras « Le facteur »…

Au niveau des prods, tu t’en occupes tout toi-même ?
Sur cet album-là j’ai du produire 7 morceaux sur les 14.

Pourtant on sent une homogénéité sur les instrus de l’album, on pourrait croire que c’est une seule personne qui a tout produit.
Je suis le maître d’oeuvres, donc quelque part je suis l’architecte du projet, l’idée c’est de s’entourer de gens qui peuvent exprimer au mieux ce que j’ai dans la tête quand je n’y arrive pas plus que ça ; un disque pour moi c’est comme la scène, c’est un moment de partage ; il y a beaucoup de choses que tu fais de manière intime mais en même temps tu partages ça avec d’autres gens, pour qu’il soit bon il faut qu’il y ait d’autres regards.