D’abord appelé « La chanson des gueux », chant précurseur de la Commune de Paris, au départ « La Canaille » est un chant révolutionnaire de 1865. Qui sait si le groupe s’en est inspiré pour choisir son nom, mais il est évident que la formation pourrait se revendiquer de cette chanson ou de l’étiquette de « rap révolutionnaire ». Car s’il fallait à tout prix ranger La Canaille dans une nouvelle case, ce serait sans doute l’occasion d’inventer la catégorie « rap prolétaire » !
La révélation du printemps de Bourges 2007 donne le ton dès le titre de l’album (« Par temps de rage« ) et ce constat se précise avec le premier morceau « J’ai faim« , suivi de très près par « Le soulèvement aura lieu », puis continue en filigrane tout au long de l’album avec des morceaux comme « Ma ligne de mire » ou « Ma poésie ne se lave pas« .
Le côté humain et son rôle social est bien évidemment une donnée essentielle des textes, ainsi que le rôle du rappeur, du MC, trop souvent en quête de gloire rapide sans vouloir passer par les traditionnels « concerts MJC ».
Mais ce projet tente surtout une ouverture musicale en intégrant de nombreux riffs de guitare, puisque la Canaille est avant tout un groupe acoustique comptant aussi claviers, basse & contrebasse, trompette et batterie par intermittence, la majorité des rythmiques étant programmées. Le groupe possède donc un univers musical qui lui est propre et qui en fait sa particularité. Mais le plus surprenant est encore de voir la furtive apparition (presque anonyme) de Napoleon Maddox sur deux morceaux : pour info, Napoleon Maddox est le rappeur-beatboxer de Cincinatti, leader du projet unique et plus qu’original « IsWhat?! », groupe mêlant rap hardcore et free-jazz, qu’il partage avec un saxophoniste de 70 ans…
Avec un graphisme soigné, des textes intelligents, une musicalité propre, cet album promet une suite autant suprenante ou tout du moins aussi intéressante.

Voici le clip du morceau « Jai faim » Feat Napoleon Maddox, qui reflète parfaitement l’ambiance de l’album.