Raashan Ahmad « Ceremony » (Jakarta Records)
La confirmation
Sûrement l’album le plus attendu cette année pour ma part ! C’est déjà le quatrième album solo du leader vocal du groupe californien Crown City Rockers, et c’est peut-être aussi le plus abouti. De la superbe pochette aux lyrics, voici un album qui confirme son auteur comme l’un des meilleurs lyricistes en activité, même si son précédent album « For what you’ve lost », sorti en 2011 sur Trad Vibe Records avec l’aide de DJ Moar annonçait déjà la couleur. Cette fois, Raashan s’est tourné vers le label allemand en plein boom Jakarta Records, et a établi des featurings intelligents au gré de ses rencontres et voyages à travers le monde, de parfaits inconnus comme des artistes confirmés : on retrouve par exemple Chali 2na en invité surprise pour le refrain de « No no no », alors que la part belle est donnée à des chanteurs/beatmakers/musiciens presque ou parfaitement inconnus, (les Australiens Sarsha Simone et Ta-ku par exemple) ; on retrouve entre autres artistes connus ses acolytes de Crown City Rockers, 20Syl, l’anglais Ty, DJ Vajra, la rappeuse Rita J, la nouvelle recrue de Stones Throw Homeboy Sandman, et j’en passe… Une poétesse sénégalaise nommée Ngnima-Tie nous met dans le bain dès l’intro, un tubiste californien (Adam Theis), un trompettiste du Missouri (Miles Bonny), une chanteuse de Chicago (Christina Tamayo) et un autre d’Oakland (Rico Pabon), une chanteuse Taïwano-autrichienne (Soia), mais le featuring le plus original reste le chanteur Ougandais Geoffrey Oryema pour le très prenant « How long » dont voici le clip ci-dessous ; et Raashan a pioché ses instrus chez pas moins de 9 beatmakers différents, dont le lyonnais Mr Président alias Patchworks. Patchworks, c’est bien le mot qui correspond à cet album, qui mettra une grosse dose de soleil dans votre salon dès la première écoute ; et si vous voulez savoir pourquoi ce titre « Ceremony« , je vous invite à voir cette très bonne interview pour Just One Record (la réponse à 4’40)

 

The Mouse Outfit « Escape Music »
La découverte
Une des très bonnes surprises de l’année, c’est la découverte de ce collectif de DJ/producteurs/musiciens anglais, venus tout droit de la cité industrielle de Manchester. Composé de 3 producteurs originels, autour desquels gravitent 9 musiciens, cet album semble être une alchimie parfaite entre production et instrumentation, et contient pas moins de 19 morceaux : il est forcément truffé de featurings de rappeurs divers, et pour la plupart inconnus, parmi lesquels on retrouve le plus souvent Sparkz, rappeur de Manchester, et Dr Syntax, un prolifique rappeur du nord de l’Angleterre, et membre-satellite du collectif Foreign Beggars, avec qui il a pas mal tourné. « Escape Music » est un album varié, puisant dans des influences soul, reggae, jazz, tout en gardant une vibe hip-hop old school, mais qui reste très actuel. Encensé par la presse spécialisée britannique, le projet de The Mouse Outfit semble donner un nouveau souffle au Hip-Hop anglais. Voici donc le morceau « Escape Music » regroupant trois des principaux MC de l’album, et qui résume bien l’univers de cet opus.

 

Dragon Fli Empire « Mission statement » (Makebelieve Records)
Canada Dry
L’album rafraîchissant de cette fin d’année ! Sorti sur le tard (en novembre), et seulement en digital (sauf si vous habitez le Canada, et encore), « Mission Statement » est la suite logique des trois précédents albums. Activistes depuis une dizaine d’années, Teekay et DJ Cosm restent fidèles à un esprit d’indépendance par le biais de leur propre label au nom évocateur (« Makebelieve Records« ), esprit qui se retrouve dans le choix des featurings et les projets qui s’amoncellent pour chacun des deux membres : Teekay a par exemple sorti un album solo qui met en avant la scène Hip-Hop de Calgary (autant dire des rappeurs quasi inconnus pour les auditeurs rhonalpins), et DJ Cosm y est allé de son album de producteur « Time & space », invitant un paquet de bons rappeurs US (dont Insight ou Raashan Ahmad). Avec Dragon Fli Empire la recette MC + DJ fonctionne encore à merveille, et les deux compères ont vraiment trouvé une complémentarité intéressante, les instrus de DJ Cosm s’accordent parfaitement au rap posé de Teekay : si le précedent album portait la marque musicale de Moka Only, c’est bien Cosm qui reprend les rênes et signe la quasi totalité des intrus + les scratchs. « Mission statement » contient donc 13 titres de pur hip-hop, que l’on ne peut que vous conseiller d’écouter en sirotant un canada dry (dans votre mojito).

 

Teacher Jekyll « Otro Sonido » (Label K-Bress)
« Abrochense los cinturones » (« Attachez vos ceintures »)
On a l’impression d’être dans l’avion qui nous mène vers les tropiques ou du moins une petite île caribéenne lorsqu’on écoute « Otro Sonido ». Le pilote se nomme Teacher Jekyll, l’hôtesse à la voix suave répond au doux nom de Monica Pereira, le stewart scratcheur serait DJ Don’s, et la compagnie d’aviation n’est autre que « Label K-Bress » (appréciez le jeu de mots), situé à Nantes, faisant ainsi fi du passé de port négrier de la ville en puisant toute son énergie dans des projets métissés à tendance afro-latine ; cet album de Teacher Jekyll (décidément on aime les jeux de mots à Nantes) en est l’illustration parfaite, un an après le superbe opus d’Olivier Corre (patron de label K-bress). Tout y est composé par Teacher Jekyll lui-même, sauf les percus, assurées par le percussionniste Vénézuélien Gustavo Oralles, et les choeurs, flûte et saxophone, dispensées par la nantaise Charlotte Méas. On retrouve aussi MC Jornick, toasteur guyanais qui dynamise le morceau « Duality » avec son style jamaïcain. Teacher Jekyll aime mélanger les styles et créer des ponts entre acoustique et électronique : « Otro Sonido » n’est pas vraiment un disque latino, mais un gros patchworks de plusieurs genres musicaux, mélangeant la musique cubaine traditionnelle avec des rythmes Hip-hop, ajoutant un brin de dubstep, ragga, electro… d’où son nom, « Otro Sonido ».

 

The Architect « Foundations EP 01 »
Le local de l’étape
Ce DJ/producteur de Saint-Etienne nous a livré au printemps un EP de toute première qualité et au graphisme soigné : « Foundations EP 01 » nous donne comme son nom l’indique les bases de son univers musical, qui transpire le Hip-hop en passant par le swing, le jazz, le ragga, le ska, sans oublier quelques petites phrases bien placées pour illustrer le tout, et ce dès l’intro « Les pensées ». La petite cerise sur le gâteau c’est le 45 tours, qui reprend le morceau avec Dizzy Dustin (du groupe Californien Ugly Duckling) et « Who’s the real skinhead », un édit ska. The Architect a développé avec son vidéo-jockey Befour un live dévastateur, mélange de formule live de ses propres morceaux, d’édits et de morceaux dansants tout simplement, transformant un simple DJ en un véritable show où s’entremêlent musique et images, dont voici un maigre aperçu dans le clip du morceau « Design of the future » ci-dessous (et on vous conseille de regarder aussi le clip de « Dreader than dread »). Nul doute que la tête pensante de « L’entourloop » (combo de Sainté qui s’amuse à faire des mash-ups mélangeant accapella de rap et instrus reggae) nous prépare d’autres petites surprises pour les mois qui viennent. Que dire de plus si ce n’est que The Architect et Befour sont quand même passés en 2013 dans les deux émissions de l’Antichambre, sur Ellebore et sur Canut… Big Up !