C’est à l’occasion de la sortie du nouvel album de Quasimoto « Yessir Whatever », qui ressort du carton quelques morceaux de l’époque de ses deux premiers albums, que l’on ressort nous aussi du carton cette vieille interview du sieur Madlib.

Que ce soit en solo, par le biais de son alter ego superfumeur (Quasimoto), en duo avec feu Jay Dee ou MF doom pour des projets ponctuels qui défoncent encore plus que sa récolte de chronic, en tant que producteur pour Lootpack, Declaime et d’autres artistes du label Stones Throw, ou même en tant qu’inventeur d’un groupe fictif où il joue lui-même tous les personnages (Yesterday’s New Quintet), Madlib semble être le touche-à-tout et producteur de génie de ce début de 21ème siècle, faisant l’unanimité dans un réseau Hip-Hop très underground autant que dans bien d’autres courants musicaux. Atteint d’une culture musicale hors-pair, ses références au moment de sampler se dirigent surtout vers la soul et le jazz, mais aussi vers des univers complètement psychédéliques. Il utilise à merveille le patrimoine commun télévisuel, sample tout et n’importe quoi allant même jusqu’à puiser dans certains disques d’artistes Finlandais méconnus. La marque de fabrique de Madlib c’est aussi un son crade, un mastering qui semble quelquefois non terminé, des scratchs confus mais toujours bien placés ; à se demander si, au moment de produire ou de mixer, tout est calculé au millimètre près ou si c’est la spontanéité qui donne une dimension particulièrement forte…

Inutile de dire que le bonhomme nous impressionne par sa multiplicité voire son don d’ubiquité depuis le début des années 2000, ce qui nous a fortement poussé à vouloir rencontrer le phénomène…

 

Peux-tu en quelques mots présenter Madlib ?

Je suis principalement un producteur de Hip-Hop, je me situe dans la lignée de 45 King, Bombsquad, DJ Premier, Pete Rock, Jay Dee, mais je fais aussi du jazz sous le nom de « Yesterday’s New Quintet », je fais aussi des projets plus électro « brokenbeat » sous le nom de DJ Rels ; je fais aussi des sons pour des artistes de Hip-Hop ; tout le monde me connaît en tant que producteur de Hip-Hop mais je touche à tout.

Comment expliquerais-tu ta musique à un sourd ?

J’ai du mal à parler de ma musique, il faudrait l’entendre, elle parle d’elle-même. Je n’y arriverai pas, je ne sais même pas parler le langage des signes.

Si ta musique était un film, quel serait le scénario ?

Plus qu’un film, ce serait plein de films à la fois, il y a tellement de choses différentes dans ma musique qu’on ne pourrait pas la réduire à un seul film.

Quand on écoute Quasimoto, on entend un paquet de samples incroyables, de quoi t’inspires-tu ?

Je sample beaucoup la télé, des cassettes, n’importe quel son et pas dans un style précis. J’essaie que ce soit le plus crade possible, on parle de free-jazz , Quasimoto c’est du free-Hip-Hop, du Hip-Hop psychédélique.

Que penses-tu de la déclaration des samples ?

Je pense que c’est bien mais quoiqu’il arrive en tant qu’indépendant je ne vends pas assez pour devoir déclarer mes samples.

Pourrais-tu imaginer un monde sans vinyle ?

Nous on utilise les vinyls mais c’est vrai que les gros producteurs n’en utilisent plus, alors que c’est un peu eux qu’on appelle le « Hip-Hop » aujourd’hui. Moi je suis bien avec mes vinyls. De tout façon les vinyls ne se vendent pas, ce sont les CD qui vendent.

On dirait que tu ne t’arrêtes jamais, avec les albums de Quasimoto, Yesterday’s New Quintet, Madvillain, Jaylib, etc…Comment fais-tu ?

Je ne me prends pas la tête, je fais la musique que j’aime entendre et si ça plait tant mieux, je me lasse tellement vite de travailler sur un truc que je suis obligé de bosser sur plein de projets en même temps ; je ne me pose pas de question et je le fais naturellement.

On imagine Madlib passant tout son temps en studio, nuit et jour, que tu ne fais que ça…

Non, je suis comme tout le monde, j’ai une fille dont je dois m’occuper, mais je travaille énormément.

Dans tes textes on entend souvent « I smoke a lot, I smoke a lot… »

Je fume depuis que j’ai 12 ans, bien sûr je ne conseille ça à personne mais pour moi fumer c’est comme boire de l’eau ; ça fait partie intégrante de ma vie. Smoke till I die !…

Que penses-tu de l’industrie du Hip-Hop ? Tue-t-elle la culture ?

Oui et non. D’un côté le Hip-Hop est très médiatisé, il y a plein de clips, de pubs, mais le revers de la médaille c’est qu’on réduit le Hip-Hop au côté bling-bling et gangster et que plein de gens disent qu’ils n’aiment pas le Hip-Hop sans savoir que le Hip-Hop ne se réduit pas qu’à ça.

Comment serait un jour parfait pour toi ?

Aujourd’hui par exemple, je me repose, je suis tranquille, ici en Suisse, buvant un expresso…

Quelle est la chose la plus bizarre que tu aies lu sur ta musique ?

Un gars, genre gros bras qui est venu me voir en pleurant et en me disant « Tu as changé ma vie » ; ma musique est spirituelle ça me fait bizarre quand des gens la comprennent. Une autre fois un gars m’a même proposé sa copine, tellement il aimait ma musique…

Pourquoi tout ce mystère autour de Yesterday’s New Quintet, avec des noms de musiciens différents, alors que tu es tout seul ?

Non moi je ne suis que Otis Jackson Jr, le batteur, pour le reste vous verrez plus tard…

Alors tu restes dans le mystère ?

.…

Comment se fait-il qu’une version de l’album « Madvillain » ait circulé sur Internet bien avant sa sortie ? Est-ce que c’était voulu ?

Pas du tout, c’est arrivé comme ça arrive souvent dans le Hip-Hop, j’ai donné une version à une mauvaise personne qui l’a fait circuler, mais crois-moi c’est la première et dernière fois que ça arrive, à partir de maintenant je vais tout faire pour que les disques restent des surprises à leur sortie. Ça ne me dérange pas que les gens découvrent l’album avant sa sortie, le souci c’est que ça a un impact négatif sur les ventes.

Concernant le projet « Jaylib », comment avez-cous connecté avec Jay Dee et travaillé cet album ?

Au départ il m’avait entendu poser sur un beat qu’il avait préparé pour Busta Rhymes, après ça on s’envoyait des sons et le projet s’est concrétisé ; on a chacun enregistré les chansons de notre côté car on bossait sur des trucs différents à cette époque. Ça s’est fait assez spontanément.

Quelle est ta prochaine étape dans la musique ?

Faire des musiques de films.

 

 

 

 

 

 

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