raashan ahmad

Raashan Ahmad est un homme heureux, il le clame tout au long de son superbe troisième album «  For what you’ve lost », il a du « sunshine » dans la tête et du « feel good » dans le cœur. Il est aussi un homme réfléchi, il sait être engagé et il n’oublie rien de ses souvenirs, bons comme mauvais. Mais surtout, il aime la musique, la chaleur de la soul, la douceur du jazz, … C’est ce qu’on ressent immédiatement à l’écoute de cet abum, qu’il a édité chez Trad Vibe records tout en continuant en parallèle les projets avec son groupe Crown City Rockers.

 

Peux-tu nous parler de la genèse de Mission?
missionMission était un crew de Boston, on s’est tous rencontrés là-bas, la pianiste, le bassiste et le batteur, à la Berklee School of Music, une très bonne école de musique avec de très bons musiciens, et on a sympathisé à la suite de jams dans des soirées, dans des clubs… et j’ai rencontré l’autre MC de Mission , Moe Pope, au cours de battles dans les rues. On s’est donc formé à Boston mais il commençait à faire trop froid là-bas et j’ai donc décidé de bouger en Californie. Boston est vraiment une ville où il fait trop froid alors j’ai dit: «Allons sur la côte ouest », et on est allé à Oakland.

Pourquoi avoir changé le nom de « Mission » en « Crown City Rockers » ?
crown city rockersIl y a un groupe anglais des 60’s appelé The Mission UK, qui faisaient du pop, goth, rock où quelque chose comme ça, et ils nous ont envoyé un mail pour nous dire que Mission était leur nom et qu’il fallait que nous laissions tomber. Et à cette période, l’autre MC Moe Pope est reparti pour Boston, alors j’ai pensé que c’était le bon moment pour changer notre nom.

A Boston tu rappais avec des mecs comme Insight par exemple?
Oui je pense que Boston a été pour moi la meilleure période en tant que MC, j’ai rencontré Insight, Edan et Mr Lif et aussi des musiciens comme Erik Krasno de Soulive; il y a tout un tas de Mc’s, de beatboxers, de DJ’s et j’y ai rencontré beaucoup de gens avec qui je pouvais rapper et faire du beatbox dans des fêtes.

the day afterParlons un peu du dernier album de Crown City Rockers, « The Day After ». Tous les musiciens avaient des projets parallèles, était-ce difficile de faire cet album?
Non, c’était fun, très facile. Je faisais mon projet solo, Headnodic avait enregistré un album avec Gift of Gab de Blackalicious et de Lateef The Truth Speaker et il a appris de nouvelles manières de faire un album. Kat avait fait un album de clavier instrumental et elle tournait avec des groupes de funk. Quant au batteur il faisait ses trucs solo, donc tout le monde avait des projets différents. Quand on s’est retrouvé on avait tous des idées à essayer, on voulait tous expérimenter de nouvelles façons de jouer de la musique. C’était vraiment excellent!

Comment décrirais-tu cet album en trois mots ?
New old school…. (rires)

raashanOui il sonne futuriste à certains moments!
Avec cet album on ne voulait pas seulement rendre hommage au passé mais aussi développer d’autres sons. On aime tous les MC’s old school et on voulait que les gens le sachent.

Tu as fait de nombreux albums, beaucoup de featurings en seulement deux ans, on peut parler de pluriactivité !
J’adore rapper ! Au cours des dernières années j’ai tournée en Indonésie, au Japon, au Brésil, en France et à travers tous les Etats-Unis. J’ai collaboré avec des gens avec qui je voulais travailler depuis longtemps et d’autres encore ! Je rapperai aussi longtemps que je le pourrai, j’adore entendre de nouveaux sons. Quand je vois quelqu’un faire un truc que je ne fais pas, c’est très excitant pour moi d’y participer.

the push

Peux-tu nous dire la différence entre « The Push » et « Soul Power », tes deux premiers albums solo ?
La plus grosse différence est au niveau des lyrics. « The Push » est un album très personnel, je n’avais pas prévu de faire cet album. J’ai démarré après le décès de ma mère, dû à un cancer, et la première chanson que j’ai écrite s’appelle « Cancer ». C’était vraiment pour me sortir tout ça de la tête et je me suis senti un peu mieux après ça. Ensuite j’ai écrit une chanson sur la naissance de mon fils puis sur la manière dont le hip-hop a changé ma vie. Quand j’étais au plus bas j’ai composé « Give thanks » ; c’était vraiment un album très personnel, que j’ai écrit pour moi et pour mon fils, qu’il sache quel homme j’étais à ce moment de mon existence.
soul power« Soul Power » c’était après la tournée, je voulais vraiment avoir des chansons efficaces. Après « The Push » on a beaucoup joué et je voulais des morceaux calibrés pour le show avec des samples bien groovy, bien soul. Les paroles sont un peu moins personnelles, c’est plutôt « rappin’ style ». J’ai beaucoup tourné après le premier album et je me suis rendu compte que beaucoup de gens aimaient ma musique sans parler anglais, je me suis demandé ce qu’ils aimaient, je me suis rendu compte qu’ils aiment le flow, les placements, le beat, les vibrations, les patterns, la cadence, et c’est donc tout cela que j’ai voulu transmettre dans cet album au-delà de la pure écriture.

for what you've lostComment décrirais-tu ton album « For what you’ve lost » à un sourd ?

Il existe des soirées pour les sourds, même s’ils n’entendent pas le son, il y a une énergie qui se dégage, tu sens les basses… Même aux Etats-Unis, si je rappe vite, les gens ne comprennent pas forcément tout ce que je dis, mais il y a l’énergie, les vibrations à proprement parler…


Quand tu vois ce disque maintenant en magasin, quelle est la meilleure et la moins bonne chose dans cet album ?

La meilleure : j’ai vraiment voulu faire un album que tu écoutes du début à la fin. Comme quand j’étais plus petit et que j’achetais un album, je l’écoutais en entier car il y avait vraiment une cohérence. Je n’ai pas voulu faire comme certains artistes qui sortent raashan ahmadun album et ne vendent que 3 morceaux sur Itunes, on a perdu le sens de l’objet, du déroulement d’un album.

La moins bonne : je suis un artiste et il y a toujours des flows, des détails où je me dis toujours « ah j’aurais pu faire mieux, ou le faire comme ça »… et puis je reste en indépendant, il n’y a pas de business plan, ou marketing prévu comme les grosses Majors. On l’a sorti comme on a pu où on a pu, via 4 labels différents selon les pays (France, japon, Australie, USA), et je n’ai pas pu travailler correctement ce point.

Pourquoi avoir choisi Trad Vibe pour sortir cet album ?

En tant qu’artiste indépendant, les gens s’attendent que tu publies tes sons sur soundcloud, Itunes, il n’y a pas vraiment de règles… j’ai rencontré Moar en France avec Trad Vibe, avec qui j’ai beaucoup d’affinités, mon pote DJ Tonk s’en occupe au Japon, Paperplane Project Taku m’as mis dedans en Australie, ce n’est pas vraiment un problème, j’airaashan live juste envie de rapper ! Chaque pays a une pochette différente, mais le format vinyl est uniquement disponible en France sur Trad Vibe…


Peux-tu décrire ta collaboration avec Moar, en studio et en live ?
Oui c’est vraiment cool, le premier maxi qu’on avait sorti  « Seasons change », est bien jazzy, quand il m’a envoyé le beat ça m’a tout de suite accroché et je savais exactement ce que je pouvais en faire. Puis il m’a dit qu’il en avait un autre et je m’attendais à un truc du même genre mais ce que j’ai reçu était un beat reggae dub et ça m’a vraiment touché parce que je n’avais jamais rappé sur quelque chose comme ça avant, c’était ma première fois ! J’aime ce qu’on fait ensemble, Moar sait parfaitement comment mixer les styles et c’est exactement ce que l’on fait dans notre show. J’ai des morceaux de Crown City Rockers dans mon show, des collaborations ou des morceaux tirés de mes albums solos, des maxis qui ne sont même pas encore sortis. Mais dans l’ensemble on est là pour faire la fête, il faut qu’à la fin du concert tout le monde crie et transpire.

 

Quelle serait une journée parfaite pour toi?
Il y en a tellement de différentes! Cela peut être simplement passer la journée avec mon fils. Ou bien hier, je me suis perdu dans Paris et je me suis retrouvé dans un quartier avec de vieilles prostituées et des gens qui vendaient du fromage au coin des rues ! J’adore expérimenter, découvrir de nouvelles villes, apprendre de nouvelles choses. L’important aussi c’est de chercher de nouvelles collaborations pour expérimenter d’autres sons et d’autres manières de faire de la musique.

Quels seraient tes 5 albums préférés ?
C’est pas possible ! Il y en a trop ! Bon il y aurait sûrement « Let the rythm hit’em » de Erik B and Rakim, « Love deluxe » de Sade, n’importe quel album de Rashaan Roland Kirk, Yuseef Lateef aussi, c’est deux-là étaient comme John Coltrane et Miles Davis ou comme Jay Z et Nas. Dans l’underground on pourrait les comparer à Madlib et Dilla. D’ailleurs « Donuts » de Dilla est un album que j’adore. Je peux citer aussi « Stress: the extinction Agenda » de Organized Konfuzion, Nas et son « Illmatic », « Operation Doomsday » de MF Doom… il y en a trop !
 

Pour terminer cet entretien, nous avons soumis notre homme à un petit quizz concernant quelques-une des ses collaborations passées, parmi les plus originales ou inattendues, pour qu’il nous explique l’origine du morceau ou du featuring…

 

weekend soul - mitsu remix# Crown city rockers « weekend soul », remix de mitsu the beats

« On était au Japon pour sortir l’album, les japonais étant bien dans le délire de proposer des rééditions avec des titres bonus, DJ Mitsu nous a proposé de faire un remix, on ne connaissait pas DJ Mitsu, mais on était comme des fous en écoutant le remix ; on est resté bien en connection maintenant… »

 

cool down# Jazz Liberatorz « cool down »

« Je ne suis pas venu en France quand j’ai entendu ce beat, c’est peut-être ça qui m’a fait bouger ici, grace à Jazz Liberatorz. Les gens qui me connaissent savent que ce morceau est un de mes préférés ; au moment ou je l’ai entendu ça s’est fait tout seul, c’était facile, j’ai écrit dans la foulée, et je ne pouvais pas écrire autre chose que « hey…cool down », le sample le dit dans le refrain « I’m cooooooling down… » (rires), j’adore ce morceau ! L’album entier de Jazz Liberatorz est vraiment très bien, et en faire partie avec plein d’autres artistes est une grande fierté, il n’y a rien à y jeter… »

thes one alright# Thes one « Alright »

« Ah yes ! Ce 12inch est bon, j’adore ! Je connais très bien Thes One depuis longtemps, avec lui j’ai eu l’occasion de faire quelques concerts et soirées dans l’underground de L.A. ; c’est un de mes meilleurs 12inch, sur la pochette on peut voir le lieu où tout le monde va faire du du rollerskate à L.A., on a mis des perruques et des fourrures et on s’est transformé en mecs avec des égos surdimensionnés, faisant croire qu’on avait des liasses alors qu’on n’a que 8 ou 9 $ en poche… »

# Dragon Fli Empire « Ride on »

« Cette chanson parle de la manière dont on s’est rencontrés avec Dragon Fli… on était en tournée, ils étaient en tournée aussi, et on s’est rencontrés à Missoula (Montana) ; on a fait 2 shows ensemble, et on a bien rigolé, on avait la même vibe, on s’est dit « on doit faire des choses ensemble, des morceaux, d’autres tournées… »

 


 

Session Freestyle

Toujours partant pour un petit freestyle, Raashan Ahmad s’est prêté à un jeu particulier lors de son passage à Lyon dans les studios de Radio Canut : freestyler uniquement sur des vieilles faces B de son groupe Crown City Rockers, ou sur des instrus de maxis sur lesquels il a déjà enregistré. Bien épaulé par Raistlin, il a parfaitement joué le jeu en ne rappant aucun de ses vieux textes, mais en prenant du plaisir à freestyler sur ses anciennes instrus ! (9 mn)

 
 
 

Pour finir, le drop de Raashan Ahmad :