Groupe majeur des années 90, The Pharcyde représente la branche cool, old school et soul de la West Coast, à une époque où règle le gangsta rap de NWA et autres Ice-Cube. Les 4 rappeurs du groupe (Slimkid, Imani, Bootie Brown et Fatlip), se sont rencontrés grâce à la danse dans le Los Angeles des années 80. Ils frappent un grand coup avec leur premier album « Bizarre Ride 2 the Pharcyde » dès 1992 et atteignent leur apogée artistique avec « Labcabincalifornia » 3 ans plus tard, avec notamment le fameux morceau « Runnin‘ », une des premières prods de feu Jay Dee (qui produit par ailleurs une grand partie de l’album avec Diamond D.). Fatlip prend la poudre d’escampette pour entamer une carrière solo, chemin que choisit aussi Tre Hardson après le troisième album « Plain Rap » en 2000. C’est donc une formation restreinte (Bootie Brown & Imani) qui sort un 4ème album sous le nom de Pharcyde en 2004, « Humboldt Beginnings« , encore plus méconnu que le précédent. Ce sont donc Bootie Brown & Imani que nous avons rencontrés pour en savoir plus sur le groupe originel.

 

Par : Whyninot ; traduction : Conor

Pourquoi « The Pharcyde » ?
On a choisi ce nom un peu par hasard, il a plu a tous. Un mélange de « Phar » comme la pharmacie ou tu vas chercher tes drogues et de « cyde » comme homicide – mais ça n’a pas de signification précise, ce n’est ni un lieu ni quelque chose de secret. The Pharcyde quoi !

Quels sont vos souvenirs des années 90’s qui vous ont marqué ?
On mangeait beaucoup de sandwiches aux oeufs avec du sel, on fumait de la méchante herbe, on dansait beaucoup. On sortait beaucoup, on ne rentrait jamais avant 2h30 du matin, on chillait, on se tapait des meufs, on grandissait – on avait entre 17 et 20 ans à cette période donc on s’éclatait comme le font tous les jeunes de cet âge.

Vous êtes de Los Angeles et vous arrivez en plein avènement du « Gangsta rap », cela a-t-il été difficile ?
Non, ca n’a pas été difficile car nous n’étions pas des gangsters. Mais les gens avaient oublié le fait qu’une ville comme L.A. était dotée d’autres types de groupes aux genres musicaux variés. Pour les gens on ne pouvait pas venir de L.A, on venait forcément d’ailleurs : de New York, Chicago, Philadelphie ou je ne sais où.

Vous avez sorti chacun de vos disques tous les 3 à 5 ans, prenez-vous autant de temps pour travailler votre musique ?
Oui, en fait, ce n’est pas que l’on travaille les albums pendant cinq ans, mais plutôt que pas mal d’évènements se produisent lors de la confection de l’album. Certains gars voyagent par exemple…
Il y a aussi le fait qu’enregistrer un album peut prendre plusieurs mois voire un an. Ensuite, une fois l’album produit, on doit le travailler : faire des tournées, des performances, tenter d’en faire la plus grande promotion possible. On ne dispose pas de la grande machine dont dispose un grand label. On n’a pas de contact chez MTV, du coup c’est nous qui nous déplacons chez les disquaires et autres sites de vente, on fait des concerts. On n’a pas le budget pour enchaîner les albums…On travaille vraiment les albums dans le sens ou on les distribue nous-même en quelque sorte. On ne sort pas d’albums pour ne rien faire pendant 5 ans… On travaille chaque album pendant 5 ans.

Il vous est arrivé d’être accompagné d’un orchestre sur certaines dates : pensez-vous que les instruments soient une évolution du Hip-Hop ?
Je ne pense pas que ce soit forcément une évolution, quelque chose vers laquelle tout le monde va. Je pense que pas mal d’artistes utilisent des instruments dans leurs albums mais que de les amener en tournée coûte tout de suite beaucoup plus cher… Un groupe de musique composé de 6 personnes par exemple coûte plus que seulement trois personnes. Rien qu’au niveau des déplacements, de l’hébergement, de leur financement… Je ne pense pas que les gens aient tellement envie de déplacer des orchestres alors que l’on peut déjà se faire beaucoup d’argent avec un petit budget. Un DJ et un MC peuvent rapporter beaucoup de profit à eux seuls.
C’est plutôt une question d’envie, que veut-on apporter au public – c’est clair qu’un orchestre c’est toujours plus sympa à regarder qu’un seul mec sur scène.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album en date « Humboldt Beginnings » ?
C’est un album qui gravite autour d’un concept – il y a un thème principal duquel découle plusieurs sujets. Le thème principal c’est la bud, l’herbe et de là on parcourt les différents sujets qui lui sont liés comme l’amour, la recherche, le manque, l’envie, le deal… plein de trucs. C’est vraiment un album conceptuel sur l’herbe dans lequel on a cherché à explorer les différentes façons que la marijuana peut influencer une vie. Tout peut influencer une vie: la météo, le trafic sur la route, les endroits que l’on fréquente… la weed a énormément influencé ma vie. Que ce soit la manièe dont je pense, ce que je fais pour en avoir. J’ai fumé un blunt avec Easy E deux semaines avant qu’il ne meure, on ne sait jamais où ça peut nous mener, ce qui peut nous arriver : un nombre étonnant de gens en fument et on peut se faire coffrer juste parce qu’on en possède un peu. C’est un sujet qui vaut qu’on en discute.
Mais il faut qu’on spécifie aussi qu’on ne parle pas que de weed. Beaucoup de gens veulent rapper à propos de politique et de religion, mais la weed nous a véritablement influencés : on a déjà fumé du hashish, de l’herbe, on est allé a Amsterdam, on s’est fait arrêté, des relations se sont créées et ont été détruites grâce à cette drogue douce. Ce n’est pas pour autant qu’on ne fera dorénavant que des albums sur ce sujet, mais c’est quelque chose dont on devait discuter étant donné l’importance de la chose.

Vous avez votre propre label « Chapter One », comment ça se passe ?
Chaque chose est difficile dans la vie, avec un label qui nous appartient on sait ce qui se passe. Alors que si tu as signé chez un label, tu n’es jamais trop sûr de ce qui se passe derrière ton dos et les choses ne sont pas toujours faites comme tu les veux.
Sur un autre plan, tu as toujours mieux fait de mettre ta vie professionelle entre tes propres mains à la différence de la mettre dans les mains de quelqu’un d’autre ; ça peut être source de conflit et d’échec. En plus tu gagnes du temps, tu coupes à travers champ à t’occuper toi-même de certaines choses.

Vous avez été assez créatifs avec vos clips video…notamment avec « Running », mais surtout avec « Drop », tourné à l’envers… Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos clips ?
Mon clip préféré est celui de la chanson « Jiggaboo time » car toutes les personnes qui le regardent rigolent et on l’a fait avec un petit budget. On est simplement allé dans le désert et on a assemblé des trucs…même si le clip n’est jamais vraiment sorti au final, c’était cool !

 

 


Si vous deviez partir sur une île déserte avec seulement cinq albums…

Merde, mon Ipod !
Slum Village « Fantastic voyage »
De La Soul « Bulhoone Mindstate »
Snoop Dogg « Doggystyle »
C’est dur !
Ok je sais ! Tu dois prendre un hip-hop, un rock, un jazz, un soul…
Bon, dans le désordre, voilà ce qu’on prendrait :
Miles Davis « Kind of blue »
Stevie Wonder « Keys of Life »
Biggie « Ready to die »
Black Sabath
2pac « All eyes on me »
Dr Dre « The Chronic »
A Tribe Called Quest « Midnight Marauders »

 

Et pour le plaisir, voici le clip du morceau « Drop », à regarder jusqu’au bout !