Voilà un groupe qu’on aimerait voir plus souvent dans nos contrées, malheureuseument le groupe s’est (officiellement) séparé en raison du problème du piratage… De quoi se poser quelques questions quant à notre consommation (en général) de la musique. Composé au départ de 4 membres, puis trois, puis deux, Stro the 89th key le batteur, et Mr J. Medeiros le claviériste (tous deux rappent aussi bien sûr) avant la séparation finale même si les larrons continuent de travailler ensemble. Auteurs du superbe album « As iron sharpens iron », puis du très confidentiel « Up all night », sorte de jam session enregistrée en une seule nuit (par les Sound Providers), sorti d’abord au Japon avant d’arriver sans faire de bruit dans nos contrées, et enfin du très rock « 5 sparrows for 2 cents », premier projet du renouveau de Rawkus en 2006. Par la suite c’est le très militant et très croyant Mr J. Medeiros qui fera parler de lui avec son superbe premier album solo nommé « Of god and girls ». La suite se situe sur le net en téléchargement libre, il faut croire que leurs projets ne voient plus le jour en magasin, sauf en featuring sur les albums de leurs amis français Hocus Pocus… Voilà une interview qui date d’avant leur séparation, mais qui ravira les fans de leur musique.

The Procussions, pourquoi ce nom ?
On s’appelle les Procussions parce qu’on pense que les instruments de percussion sont le coeur de la musique Hip-Hop, ce sont les racines de cette musique et ce que l’on essaye de faire dans le Hip-Hop, c’est de toujours ramener les choses à nos racines, qui nous sommes, ce que l’on pense et comment on pense que notre musique devrait être….Ce que nous pensons de ce qu’est le Hip-Hop tout en restant vrais vis-à-vis de nous-mêmes. Donc, le « pro » avant le Procussions, c’est pour montrer qu’on est plus de ce coté des choses, dans la vie, tu a le pour (positif) et le contre (négatif), tout dépends de comment tu vois ta vie et comment tu la vie, nous on essaye de rester du coté « positif » de la vie, être « pro » actif et ce genre de choses.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots comment les Procussions ont commencé ?
On s’est rencontrés à Colorado Springs, Colorado, une ville situé en plein milieu des States. Et la scène Hip-Hop est vraiment petite, il n’y a pas beaucoup de choses qui se passent donc tout le monde faisait du Hip-Hop…. Si tu faisais du Hip-Hop, tu connaissais tout le monde qui faisait du Hip-Hop, donc ça n’a pas été très long avant que je rencontre Jay et DJ Vajra qui est un dj qui vient d’un peu plus haut dans le nord, à Denver, à une heure de route. Et ensemble, avec deux ou trois autres gars qui étaient dans le groupe, on a commencé à faire des shows dans les alentours de Colorado, puis ensuite dans tout l’ouest des States. On s’est installé à Los Angeles, Californie, Jay, moi et un autre gars qui était dans le groupe: Rez et on a continué à faire des shows, à rencontrer pas mal de gens, et on a enregistré notre premier album là-bas. Puis on est parti en tournée en Australie, au Japon, en Europe, plusieurs fois, Allemagne, France et les pays aux alentours. Ensuite on est rentrés à la maison et on a enregistré notre second album qui est « Five sparrows for two cents », et l’album solo de J. Medeiros aussi.

Comment expliqueriez-vous votre musique à un sourd ?
Comment on l’expliquerait à un sourd ? Il faudrait qu’on lui dessine quelque chose (rires), on lui dessinerait un gars en sueur, un gars avec une guitare, un punk, un gars qui fait du jazz, un gars en solo avec un sax, et il faudrait mettre tout ça en une seule personne. On est très rock, on est très jazzy et on est aussi très Hip-Hop donc tu mets tout ça ensemble et ça équivaut à peu près aux Procussions. On est froid et chaud, il n’ y a pas vraiment de mise en garde avec nous. On frappe vraiment dur mais avec du jazz, des choses très smooth. Il n’y a pas de juste milieu avec nous donc c’est comme ça qu’on se définirait.

Comment avez vous travaillé votre production musicale entre les instruments et les samples ?
Stro : J’ai d’abord utilisé le sampling comme source d’inspiration, dans la culture Hip-Hop, le sampling c’est comme ça que le Hip-Hop a commencé et c’est l’un des aspecst de la production Hip-Hop, donc tu ne peux pas ignorer la partie sampling des productions Hip-Hop. Je pense que souvent quand je produis je trouve un sample que j’aime pour sa tonalité, ou pour le son, pour ce qu’il me fait ressentir et je vais prendre quelques morceaux de ce sample que j’aime, mais parfois ces morceaux ne finiront pas dans la production finale parce que je les utilise comme une sorte de point de départ pour travailler mais je vais recréer ma propre musique autour. Donc le sampling est généralement le point de départ et je reconstruis tout autour et parfois les samples restent, parfois non, cela dépend de tout ce qu’il y a autour, mais c’est essentiellement les jam sessions avec les instrumentations lives et les samples qui font le truc ensemble jusqu’à ne devenir qu’un formidable morceau de musique.

Donc tu joues de la batterie, tu joue de l’orgue aussi est ce que tu joues d’autres instruments ?
Stro: En réalité j’ai rencontré Jay car c’était le premier à avoir un sampler. Moi je n’en avais pas à ce moment, mais lui il en avait un, puis il vient d’une famille très musicale, son frère joue de la guitare, son père joue du synthé et de l’orgue, il joue aussi du synthé et en fait je lui ai volé sa batterie (rires)… Tu vois on est un groupe et je pense que meme si nous n’avons pas grandi ensemble, il ya beaucoup de similitudes dans les choses que l’on veut faire. On a un cercle d’amis qui sont tous musiciens donc on a toujours voulu faire la musique par nous-mêmes ; je pense queJay a grandi dans le même état d’esprit et il voulait jouer de tout et créer un morceau de musique complet avec tout ce qu’il avait parce que personne autour ne le faisait pour lui, pour moi c’était pareil. J’ai grandi dans une base militaire, tu sais, on bougeait tellement souvent que c’était dur pour moi de garder des amis, donc à chaque fois que je posais mes mains sur un instrument, j’essayais de l’apprendre du mieux possible afin de pouvoir travailler ma musique tout seul parce que personne d’autre n’allait le faire avec moi. Ouais, on est tous polyvalent, on travaille sur différents instruments et je pense que le groupe The Procussions essaye de trouver sa propre voie en exploitant les meilleures qualités de chacun. Tu vois, je m’occupe de la production dans the Procussions parce que le groupe pense que c’est ma meilleure qualité et Jay lui travaille beaucoup sur l’écriture et l’arrangement et il arrive avec pleins de bonnes idées de chansons parce que je pense que ce sont ses points forts. Moi je peux aussi rapper et écrire des chansons et Jay peut aussi faire de la musique mais les Procussions, c’est le fait de prendre et d’utiliser les meilleures qualités de chacun de nous pour les mettre en avant.

Où est le troisième ?
Stro : Rez est toujours à Los Angeles, c’est mon colocataire, en fait on vit ensemble dans un appartement à Pasadena, Altadena exactement. Il travaille toujours avec nous, il a travaillé sur l’album, il a pris beaucoup de photos, il a fait notre site internet, donc il s’est toujours occupé à la fois du coté artistique et management et mais aussi de la musique, mais le groupe est arrivé à un point où on avait besoin qu’il choisisse entre se consacrer à la musique ou si il s’occupait plus du coté artistique, et il a choisi l’artistique, ce qui est très bien, il gagne probablement plus d’argent que nous deux réunis maintenant (rires), mais c’est ce qu’il a choisi de faire, tu vois, le groupe est à un point où on veut vraiment faire les choses bien et de la façon la plus sérieuse possible concernant tous les aspects de nos shows. On a toujours pris notre rôle au sérieux  et on prend très au sérieux aussi notre façon d’enregistrer et tous les aspects business autour donc on voulait que tout le monde soit à la même page en faisant les choses avec autant de passion pour chacun et avoir dans le groupe quelqu’un qui avait deux passions, ça n’allait pas marcher si on voulait aller plus loin.

Donc j’imagine qu’entre l’album et la scène, il y a des choses qui diffèrent maintenant, certaines chansons que vous ne pouvez pas chanter sans lui ?
Jay : Pas vraiment en fait… Stro et moi on a fait la plus grosse partie de l’écriture et de la prod musicale, je veux dire on est dans la plupart des chansons et on peut faire toutes les chansons qu’on veut en live sans lui, ça fonctionne. En fait c’est la progression naturelle d’un groupe et maintenant on est capable de faire le prochain album à nous deux. Je travaille sur un album solo, Stro aussi et DJ Vajra aussi. Donc il y a  plein de musique qui arrive pour les gens qui veulent nous écouter.

Donc Mr J. Medeiros, quelle a été pour toi la difference au niveau de la musique et du message entre ton album solo et les albums des Procussions ?
Jay: Je pense que sur mon album j’ai pu me concentrer sur des choses plus personnelles, des buts que je voulais atteindre concernant la musique, je voulais écrire des chansons complètes sur ce qu’il y a dans ma tête, sur des sujets qui me touchent, des intérêts personnels qui ne sont pas forcément en phase avec la vibe des Procussions, parce que les Procussions, c’est Stro et moi ensemble et, moi tout seul, j’avais juste certaines choses dont je voulais parler, le traffic humain, l’esclavage infantile, les abus sexuels, la pauvreté, je veux dire, on parle aussi de ces choses dans les Procussions mais on a un agenda différent, avec les Procussions on veut vraiment faire des gros shows avec beaucoup d’énergie. En solo je n’ai pas la même pression pour tenter d’être énergique. Je voulais vraiment faire quelque chose de plus intime, de plus personnel, juste moi quoi, quelqu’un qui s’asseoit, qui parle, qui rappe alors qu’avec les Procussions on est plus aggressifs dans notre musique et quand on débarque on veut que ce soit genre « OK c’est le moment de produire de l’action ».

Tu peux nous parler un peu plus de Constance Movement ?
Jay : « Constance » est une chanson que j’ai écrite à propos d’une petite fille qui s’est fait vendre pour de la pornographie infantile et du traffic d’êtres humain. C’est quelque chose qui devient épidémique dans ce monde, il y a une femme sur trois qui s’est fait violée avant d’avoir 16 ans, c’est une statistique énorme, c’est épouvantable, c’est même incroyable, tu imagines si une personne sur trois a le sida, enfin je veux dire si 1/3 de la population mondiale, le monde n’existerait plus. Et pourtant, il arrive toujours que de jeunes enfant soient battus et que des gens profitent d’eux, mais Iamconstance.org est un website à valeur non lucrative qu’on a commencé à mettre en place à propos de ces problèmes. Nous avons introduit ces problèmes au sein de la musique Hip-Hop, en essayant de ramener le Hip-Hop à une certaine responsabilité sociale et pertinente, appropriée a la communauté dont il fait partie. Je ne pense pas que tous les rappeurs doivent agir ainsi, tu as besoin de divertissement et tu as besoin de personnes qui amènent un esprit artistique mais on arrive aussi au moment où on a besoin d’autres albums, d’autres rappeurs qui font ce en quoi le Hip-Hop excellait….Des gens comme Public Enemy ou bien Dead Prez et ces gens qui disent « Ok, je vais utiliser ceci comme une plateforme pour parler pour ces gens qui n’ont pas de voix !  » Je voulais utiliser le Hip-Hop pour cette raison, parler aux filles et aux garçons du Hip-Hop de ces problèmes et utiliser cette plateforme pour soulever ces problèmes, donc Iamconstance.org est un website ou les gens ont la possibilité de poster leurs histoires et de parler de leur expérience en relation avec le traffic d’humains, l’abus sexuel sur les enfants afin de faire voir comme cela devient commun et finalement pour faire quelque chose à propos de ça.

Vos top 5 albums ?

Jay: Ok, juste comme ça sur le moment: 93 Till Infinity, Illmatic, Bizarre ride des Pharcydes, Midnight Marauders et …Fear of a black planet.
Stro: Bien sûr le gros jazz de « Miles Davis Kind Of Blue » quand j’ai vraiment commencé à me mettre au jazz. A Tribe Called Quest, si je devais en choisir un, je dirais « Midnight Marauders » parce que c’était mon favori. Tribe est le groupe qui m’a mis dans le Hip-Hop. Dr Dre « The Chronic », grosse influence, et pas seulement sur la côte ouest, je pense que ça a influencé beaucoup de producteurs parce que Dre a fait des choses qui n’ont jamais été faites auparavant. Probablement Bizarre ride des Pharcydes, je pense que les Pharcyde ont vraiment été une grosse influence pour The Procussions notamment dans la façon dont on fait un show… écouter cet album m’a vraiment donné envie de monter sur scène et de performer et de faire certaines choses que j’ai entendues dans cet album.

Top 5 bouquins ?
Jay: hum, avant, quand j’étais enfant, je lisais toujours « The lion, The witch and the Wardrobe », « Indian and the cupboard », « The politics of Jesus », ça c’est un bon bouquin, je ne sais pas, je lis beaucoup, j’aime les nouvelles, mais j’ai tellement de bouquins en tête…. J’adore « Ghandi’s suffering » genre, le bouquin sur sa vie, son journal, Martin Luther King « Testimony of hope » C’est un livre incroyable. Je ne sais pas mec, il y a tellement de bouquins, y en a trop…
Stro: Whow, Je pense que le premier que j’ai lu quand j’était gosse, j’étais un peu geek quand j’étais gamin, mais le premier que j’ai lu c’était « Des souris et des hommes ». C’était vraiment l’un des premiers bouquins qui avait comme un but, qui voulait dire quelque chose avec une sorte de morale, d’éthique. Donc, « Des souris et des hommes », sinon je lis beaucoup la bible et ensuite, le reste c’est en général des biographies de musiciens, toutes les bios de Miles Davis, une biographie d’un bassiste jazz qui s’appelait Jaco Pastorius et qui jouait avec un jazz band qui s’apellait « Weather Report ». J’ai lu ce bouquin deux trois fois et j’allais oublier, la biographie de Charles Mingus aussi.

Quelque chose dont vous aimeriez parler ?
Jay: Bien sûr ! On est les Procussions, c’est Mister J. Medeiros et Stro The 89th key et on vous aime tellement. S’il vous plaît, supportez le Hip-Hop indépendant car le peuple a une voix et le pouvoir de contrôler tous les aspects de la démocratie et des médias seulement si ils y croient. Le peuple a le pouvoir, il doit juste l’utiliser. Si vous n’aimez pas ce qui passe à la radio ou à la télé, vous avez le pouvoir de mettre les gens que vous aimez ou vous voulez qu’ils soient, et ce, simplement en les supportant, en allant à leurs shows, en achetant leurs produits, en faisant du bouche-à-oreilles. Donc c’est tout, et « on vous aime »… (en français)