Dignes représentants d’un Hip-Hop festif et bon enfant, inspiré des maîtres du genre De La Soul ou A Tribe Called Quest, ces 3 vilains petits canards originaires de Long Beach (berceau du gangsta-rap), ont débarqué avec un style unique, funky, frais et créatif, certainement old school dans le fond et la forme.

Bien servis par les magistrales productions du DJ Young Einstein, inspirées de old funk, bossa nova, latin et soul music, les deux rappeurs Dizzy Dustin et Andy Cooper délivrent à travers leurs textes un hommage au Hip-Hop de l’époque (c’était toujours mieux avant) et prennent à contre-pied, déjà par le choix du nom du groupe, l’évolution du rap vers un certain matérialisme guidé par la réussite au détriment de la qualité. C’est bien en cela qu’Ugly Duckling a pu rapidement se démarquer. Mais s’ils ont reçu un accueil plus que favorable à la sortie du premier album « Journey to anywhere » ainsi que du suivant « Taste the secret », cela ne semble pas avoir été le cas pour les projets suivants qui n’ont pas forcément convaincu ceux qui voyaient en eux un revival d’un Hip-Hop frais et en même temps old school, à l’instar des (également Californiens) Jurassic 5. Même s’ils semblent s’être essoufflés depuis quelques temps, ne ratez tout de même pas l’occasion de passer les voir s’ils se représentent à côté de chez vous, car leur live est réellement énergique.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
On vient de Long Beach, California, on travaillait dans un fast-food où on s’est rencontré, qui s’appelait « Milk-Shake », et on essaie de faire du Hip-Hop qui reflète un peu l’esprit de la fin des années 80, début 90. En ce qui me concerne mes groupes préférés sont les beatnuts, A Tribe Called Quest, DeLaSoul, on essaie de faire du Hip-Hop un peu à leur manière.

Etait-ce difficile d’arriver avec du Hip-Hop qui sonne old school  en pleine période Gangsta rap et G-Funk ?
Il y a deux choses : d’un côté c’est dur d’arriver avec un son différent, un look différent mais aussi ça nous rend unique, et qui fait que les gens se souviennent de nous ; c’est à double tranchant.

Pourquoi Ugly Duckling ? (nb : « Les vilains petits canards »)
On vient de Long Beach comme on disait, où est né le gangsta rap ; quand on a commencé les artistes les plus populaires à Long Beach étaient Nate Dogg, Snoop Dogg, Dogg Pound… toujours des « doggs » (ndlr : « chiens ») ; alors on a pensé que c’était marrant de rester dans ce vocabulaire animalier mais de le prendre à contre-pied en prenant le nom du célèbre conte d’Andersen.

Quel est le message que vous voulez faire passer à travers vos textes ?
Le Hip-Hop est un superbe outil artistique ; les textes ne doivent pas obligatoirement transmettre un message, tu peux l’utiliser pour raconter une histoire, exprimer un sentiment, parler de politique, en ce qui nous concerne il nous sert surtout à évoquer nos expériences personnelles tout en restant très positif contrairement à ce qu’on peut entendre dans le Hip-Hop en général où tout est très négatif. Nos lyrics, nos sons sont joyeux et positifs.

Dans cette positivité quelles sont vos influences majeures ?
Un peu tous les artistes dont je t’ai parlé avant, plus tout un tas d’artistes soul, funk, bossa nova, folk rock, rap, peu importe le style, du moment que ça groove. Les paroles doivent être plus que des paroles, elles doivent être musicales, comme un bongo ou une percussion avec un contenu positif, que les gens se rassemblent autour de la musique et se sentent bien. On est vraiment contre la violence et la stupidité ; on n’aime pas voir le Hip-Hop rabaissé à tous les clichés : flingues, racailles, putes… le Hip-Hop est au-dessus de tout ça.

Comment est la scène Hip-Hop à Long Beach ?
La scène musicale en général se porte bien, on a grandi avec d’autres musiques comme le heavy métal, on écoute même de la pop. C’est plutôt des groupes de funk qui marchent bien en ce moment. Il n’y a pas que Snoop et Nate Dogg, c’est vraiment un vivier où musicalement plein de choses se passent. La scène Hip-Hop se situe plutôt à Los Angeles avec des artistes comme les Procussions, Giant Panda, LMNO, Visionaries… C’est une super scène et je suis content de voir que le Hip-Hop positif revient sur le devant de la scène, pas seulement sur la côte ouest mais dans tous les Etats-Unis.

Vous êtes indépendant ou vous dépendez d’un label ?
On a produit le dernier album indépendamment et on est signé en licence avec différents labels, avant on était chez Pias pour l’Europe, il y a de fortes chances pour que notre dernier album soit aussi chez Pias, via Penalty records.

Quelle est la meilleure qualité d’un MC ?
Peu importe le contenu et les paroles, du moment que ça sonne bien et que ce soit musical et que ça rend l’instru meilleure. Il faut aussi que tu puisses interagir avec le public, qu’il soit en phase avec toi. Sur scène on est là pour mettre en avant les productions de Young Einstein, on met nos voix au service de sa musique.

Youg Einstein, quelle est la première qualité d’un DJ ?
Young Einstein : en ce qui concerne le scratch c’est important que ressentir ce que tu fais, et que ça reste assez simple pour que les gens comprennent ce que tu fais. Pour ma part j’aime vraiment les scratchs simples et précis.

Comment travailles-tu les productions avec les rappeurs ?
YE :  Généralement j’arrive en studio avec la base du morceau, Andy Cooper fait tous les arrangements, entre les instrus et les voix ; on peut parfois passer plus de 2 semaines sur une chanson tant que tous les petits détails ne sont pas réglés.

Quelles sont tes influences au moment de produire ?
YE : Pas mal de choses ; mais je crois que la référence pour moi en Hip-Hop c’est DJ Premier, pour tout ce qu’il a fait. Après il y a plein de trucs comme Quincy Jones, Brian Wilson, James Brown.

En-dehors de Ugly Duckling, as-tu une émission radio, joues-tu dans des clubs ou autre ?
YE : Pas vraiment, j’ai collaboré récemment avec Akil de Jurassic 5 et Lyrics Born (Quannum Projects). Sinon Ugly Duckling me prend vraiment tout mon temps.